Les étoiles (texte)


Cette semaine, avec mon fils de secondaire 2 (4e), nous travaillons un texte d’Alphonse Daudet.

Un extrait de « Les Lettres de mon moulin ».


LES ÉTOILES.

récit d’un berger provençal

Du temps que je gardais les bêtes sur le Luberon, je restais des semaines entières sans voir âme qui vive, seul dans le pâturage avec mon chien Labri et mes ouailles. De temps en temps l’ermite du Mont-de-l’Ure passait par là pour chercher des simples ou bien j’apercevais la face noire de quelque charbonnier du Piémont ; mais c’étaient des gens naïfs, silencieux à force de solitude, ayant perdu le goût de parler et ne sachant rien de ce qui se disait en bas dans les villages et les villes. Aussi, tous les quinze jours, lorsque j’entendais, sur le chemin qui monte, les sonnailles du mulet de notre ferme m’apportant les provisions de quinzaine, et que je voyais apparaître peu à peu, au-dessus de la côte, la tête éveillée du petit miarro (garçon de ferme), ou la coiffe rousse de la vieille tante Norade, j’étais vraiment bien heureux. Je me faisais raconter les nouvelles du pays d’en bas, les baptêmes, les mariages ; mais ce qui m’intéressait surtout, c’était de savoir ce que devenait la fille de mes maîtres, notre demoiselle Stéphanette, la plus jolie qu’il y eût à dix lieues à la ronde. Sans avoir l’air d’y prendre trop d’intérêt, je m’informais si elle allait beaucoup aux fêtes, aux veillées, s’il lui venait toujours de nouveaux galants ; et à ceux qui me demanderont ce que ces choses-là pouvaient me faire, à moi pauvre berger de la montagne, je répondrai que j’avais vingt ans et que cette Stéphanette était ce que j’avais vu de plus beau dans ma vie.

Or, un dimanche que j’attendais les vivres de quinzaine, il se trouva qu’ils n’arrivèrent que très tard. Le matin je me disais : « C’est la faute de la grand’messe ; » puis, vers midi, il vint un gros orage, et je pensai que la mule n’avait pas pu se mettre en route à cause du mauvais état des chemins. Enfin, sur les trois heures, le ciel étant lavé, la montagne luisante d’eau et de soleil, j’entendis parmi l’égouttement des feuilles et le débordement des ruisseaux gonflés les sonnailles de la mule, aussi gaies, aussi alertes qu’un grand carillon de cloches un jour de Pâques. Mais ce n’était pas le petit miarro, ni la vieille Norade qui la conduisait. C’était… devinez qui !… notre demoiselle, mes enfants ! notre demoiselle en personne, assise droite entre les sacs d’osier, toute rose de l’air des montagnes et du rafraîchissement de l’orage.

Le petit était malade, tante Norade en vacances chez ses enfants. La belle Stéphanette m’apprit tout ça, en descendant de sa mule, et aussi qu’elle arrivait tard parce qu’elle s’était perdue en route ; mais à la voir si bien endimanchée, avec son ruban à fleurs, sa jupe brillante et ses dentelles, elle avait plutôt l’air de s’être attardée à quelque danse que d’avoir cherché son chemin dans les buissons. Ô la mignonne créature ! Mes yeux ne pouvaient se lasser de la regarder. Il est vrai que je ne l’avais jamais vue de si près. Quelquefois l’hiver, quand les troupeaux étaient descendus dans la plaine et que je rentrais le soir à la ferme pour souper, elle traversait la salle vivement, sans guère parler aux serviteurs, toujours parée et un peu fière… Et maintenant je l’avais là devant moi, rien que pour moi ; n’était-ce pas à en perdre la tête ?

Quand elle eut tiré les provisions du panier, Stéphanette se mit à regarder curieusement autour d’elle. Relevant un peu sa belle jupe du dimanche qui aurait pu s’abîmer, elle entra dans le parc, voulut voir le coin où je couchais, la crèche de paille avec la peau de mouton, ma grande cape accrochée au mur, ma crosse, mon fusil à pierre. Tout cela l’amusait.

— Alors c’est ici que tu vis, mon pauvre berger ? Comme tu dois t’ennuyer d’être toujours seul ! Qu’est-ce que tu fais ? À quoi penses-tu ?…

J’avais envie de répondre : « À vous, maîtresse, » et je n’aurais pas menti ; mais mon trouble était si grand que je ne pouvais pas seulement trouver une parole. Je crois bien qu’elle s’en apercevait, et que la méchante prenait plaisir à redoubler mon embarras avec ses malices :

— Et ta bonne amie, berger, est-ce qu’elle monte te voir quelquefois ?… Ça doit être bien sûr la chèvre d’or, ou cette fée Estérelle qui ne court qu’à la pointe des montagnes…

Et elle-même, en me parlant, avait bien l’air de la fée Estérelle, avec le joli rire de sa tête renversée et sa hâte de s’en aller qui faisait de sa visite une apparition.

— Adieu, berger.

— Salut, maîtresse.

Et la voilà partie, emportant ses corbeilles vides.

Lorsqu’elle disparut dans le sentier en pente, il me semblait que les cailloux, roulant sous les sabots de la mule, me tombaient un à un sur le cœur. Je les entendis longtemps, longtemps ; et jusqu’à la fin du jour je restai comme ensommeillé, n’osant bouger, de peur de faire en aller mon rêve. Vers le soir, comme le fond des vallées commençait à devenir bleu et que les bêtes se serraient en bêlant l’une contre l’autre pour rentrer au parc, j’entendis qu’on m’appelait dans la descente, et je vis paraître notre demoiselle, non plus rieuse ainsi que tout à l’heure, mais tremblante de froid, de peur, de mouillure. Il paraît qu’au bas de la côte elle avait trouvé la Sorgue grossie par la pluie d’orage, et qu’en voulant passer à toute force elle avait risqué de se noyer. Le terrible, c’est qu’à cette heure de nuit il ne fallait plus songer à retourner à la ferme ; car le chemin par la traverse, notre demoiselle n’aurait jamais su s’y retrouver toute seule, et moi je ne pouvais pas quitter le troupeau. Cette idée de passer la nuit sur la montagne la tourmentait beaucoup, surtout à cause de l’inquiétude des siens. Moi, je la rassurais de mon mieux :

— En juillet, les nuits sont courtes, maîtresse… Ce n’est qu’un mauvais moment.

Et j’allumai vite un grand feu pour sécher ses pieds et sa robe toute trempée de l’eau de la Sorgue. Ensuite j’apportai devant elle du lait, des fromageons ; mais la pauvre petite ne songeait ni à se chauffer, ni à manger, et de voir les grosses larmes qui montaient dans ses yeux, j’avais envie de pleurer, moi aussi.

Cependant la nuit était venue tout à fait. Il ne restait plus sur la crête des montagnes qu’une poussière de soleil, une vapeur de lumière du côté du couchant. Je voulus que notre demoiselle entrât se reposer dans le parc. Ayant étendu sur la paille fraîche une belle peau toute neuve, je lui souhaitai la bonne nuit, et j’allai m’asseoir dehors devant la porte… Dieu m’est témoin que, malgré le feu d’amour qui me brûlait le sang, aucune mauvaise pensée ne me vint ; rien qu’une grande fierté de songer que dans un coin du parc, tout près du troupeau curieux qui la regardait dormir, la fille de mes maîtres, — comme une brebis plus précieuse et plus blanche que toutes les autres, — reposait, confiée à ma garde. Jamais le ciel ne m’avait paru si profond, les étoiles si brillantes… Tout à coup, la claire-voie du parc s’ouvrit et la belle Stéphanette parut. Elle ne pouvait pas dormir. Les bêtes faisaient crier la paille en remuant, ou bêlaient dans leurs rêves. Elle aimait mieux venir près du feu. Voyant cela, je lui jetai ma peau de bique sur les épaules, j’activai la flamme, et nous restâmes assis l’un près de l’autre sans parler. Si vous avez jamais passé la nuit à la belle étoile, vous savez qu’à l’heure où nous dormons, un monde mystérieux s’éveille dans la solitude et le silence. Alors les sources chantent bien plus clair, les étangs allument des petites flammes. Tous les esprits de la montagne vont et viennent librement ; et il y a dans l’air des frôlements, des bruits imperceptibles, comme si l’on entendait les branches grandir, l’herbe pousser. Le jour, c’est la vie des êtres ; mais la nuit, c’est la vie des choses. Quand on n’en a pas l’habitude, ça fait peur… Aussi notre demoiselle était toute frissonnante et se serrait contre moi au moindre bruit. Une fois, un cri long, mélancolique, parti de l’étang qui luisait plus bas, monta vers nous en ondulant. Au même instant une belle étoile filante glissa par-dessus nos têtes dans la même direction, comme si cette plainte que nous venions d’entendre portait une lumière avec elle.

— Qu’est-ce que c’est ? me demanda Stéphanette à voix basse.

— Une âme qui entre en paradis, maîtresse ; et je fis le signe de la croix.

Elle se signa aussi, et resta un moment la tête en l’air, très recueillie. Puis elle me dit :

— C’est donc vrai, berger, que vous êtes sorciers, vous autres ?

— Nullement, notre demoiselle. Mais ici nous vivons plus près des étoiles, et nous savons ce qui s’y passe mieux que des gens de la plaine.

Elle regardait toujours en haut, la tête appuyée dans la main, entourée de la peau de mouton comme un petit pâtre céleste :

— Qu’il y en a ! Que c’est beau ! Jamais je n’en avais tant vu… Est-ce que tu sais leurs noms, berger ?

— Mais oui, maîtresse… Tenez ! juste au-dessus de nous, voilà le Chemin de saint Jacques (la voie lactée). Il va de France droit sur l’Espagne. C’est saint Jacques de Galice qui l’a tracé pour montrer sa route au brave Charlemagne lorsqu’il faisait la guerre aux Sarrasins. Plus loin, vous avez le Char des âmes (la grande Ourse) avec ses quatre essieux resplendissants. Les trois étoiles qui vont devant sont les Trois bêtes, et cette toute petite contre la troisième c’est le Charretier. Voyez-vous tout autour cette pluie d’étoiles qui tombent ? ce sont les âmes dont le bon Dieu ne veut pas chez lui… Un peu plus bas, voici le Râteau ou les Trois rois (Orion). C’est ce qui nous sert d’horloge, à nous autres. Rien qu’en les regardant, je sais maintenant qu’il est minuit passé. Un peu plus bas, toujours vers le midi, brille Jean de Milan, le flambeau des astres (Sirius). Sur cette étoile-là, voici ce que les bergers racontent. Il paraît qu’une nuit Jean de Milan, avec les Trois rois et la Poussinière (la Pléiade), furent invités à la noce d’une étoile de leurs amies. La Poussinière, plus pressée, partit, dit-on, la première, et prit le chemin haut. Regardez-la, là-haut, tout au fond du ciel. Les Trois rois coupèrent plus bas et la rattrapèrent ; mais ce paresseux de Jean de Milan, qui avait dormi trop tard, resta tout à fait derrière, et furieux, pour les arrêter, leur jeta son bâton. C’est pourquoi les Trois rois s’appellent aussi le Bâton de Jean de Milan… Mais la plus belle de toutes les étoiles, maîtresse, c’est la nôtre, c’est l’Étoile du berger, qui nous éclaire à l’aube quand nous sortons le troupeau, et aussi le soir quand nous le rentrons. Nous la nommons encore Maguelonne, la belle Maguelonne qui court après Pierre de Provence (Saturne) et se marie avec lui tous les sept ans.

— Comment ! berger, il y a donc des mariages d’étoiles ?

— Mais oui, maîtresse.

Et comme j’essayais de lui expliquer ce que c’était que ces mariages, je sentis quelque chose de frais et de fin peser légèrement sur mon épaule. C’était sa tête alourdie de sommeil qui s’appuyait contre moi avec un joli froissement de rubans, de dentelles et de cheveux ondés. Elle resta ainsi sans bouger jusqu’au moment où les astres du ciel pâlirent, effacés par le jour qui montait. Moi, je la regardais dormir, un peu troublé au fond de mon être, mais saintement protégé par cette claire nuit qui ne m’a jamais donné que de belles pensées. Autour de nous, les étoiles continuaient leur marche silencieuse, dociles comme un grand troupeau ; et par moments je me figurais qu’une de ces étoiles, la plus fine, la plus brillante, ayant perdu sa route, était venue se poser sur mon épaule pour dormir…

Alphonse Daudet, Lettres de mon moulin


 

Pour celles qui voudraient le lire ou le proposer en classe :

daudet_livre

le texte débute à la page 33


Notre travail sur le texte :

  • Le vocabulaire ( et un peu de géographie! ) pas si simple pour un jeune du Canada qui ne connaît pas ce coin de pays (la Sorgue, la Galice, le midi, etc…)
  • Schéma du récit
  • Analyse des personnages
  • Le sens du récit
  • L’intérêt du texte
  • L’auteur et le narrateur
  • Le point de vue
  • La chronologie du texte
  • Qu’est-ce que le texte nous rapporte sur la vie en Provence au XIXe siècle et sur les relations entre les hommes et les femmes de l’époque?
  • L’évolution de la situation de Stéphanette et du berger.

On pourrait le travailler sous plusieurs angles!!!

Commentaires désagréables…


Je reçois encore des commentaires totalement inutiles et désagréables.

Le fameux commentaire :

je suis enseignante…en voyant vos fiches de compréhension, cela me rassure un peu…On ne peut pas s’improviser enseignant! les questions ne sont pas pertinentes et il y a beaucoup de fautes d’orthographe! Il vaut mieux aller voir des sites faits par de bons enseignants et non par des parents qui jouent à la maîtresse !

Dorénavant, je vais les laisser apparaître dans la file des commentaires…  histoire de me rappeler à quel point certaines personnes n’ont rien à faire.  Je n’ai tellement pas besoin qu’une personne vienne passer ses commentaires déplaisants…  Je ne prends la place de personne !

La méchanceté n’apporte rien de positif…  C’est une des raisons qui me poussait à vouloir fermer définitivement ce blogue.  Soupirs…

J’imagine que c’est le prix à payer pour tenir un blogue comme le mien.  Mais..  Mais…  je suis tellement fatiguée de ça!

Journal quotidien


Comme on accompagne nos enfants quotidiennement pendant des années, on remarque trop facilement les différences.  On a beau se répéter qu’il ne faut pas comparer un enfant avec un autre, je trouve toujours difficile de ne pas le faire…  soupirs…  Ils sont tellement différents sur certains points.

Dans mon cas, même si ma rigueur de travail quotidien reste la même, je remarque des différences entre mes deux derniers et mes deux premiers.  En fait, ils ne travaillent pas de la même façon et ne retiennent pas la matière de la même façon non plus.

J’ai parfois l’impression qu’ils ne réussissent pas aussi bienJ’ai bien dit «l’impression» puisqu’en fait, ils ne travaillent pas moins que les deux autres et n’ont pas plus de difficultés que mes deux premiers à l’époque.  Au contraire, mais comme ils ne sont plus que deux auprès de moi en classe, j’ai seulement plus de temps pour remarquer leurs lacunes! ha!

J’ai l’impression, par moment, que les enfants s’ennuient devant les apprentissages.

Avez-vous remarqué que les programmes scolaires sont conçus pour que l’élève n’en retienne que peu de choses à la fin de sa scolarité ?  On a l’impression de travailler très fort pour qu’il ne reste que très peu d’informations utiles et «usuelles»pour la vie adulte ensuite.  On apprend tellement de choses inutilement…  On pourrait apprendre tellement plus!

C’est décourageant et décevant.

Le problème, à mon avis, c’est que lire un manuel scolaire est insipide…  l’élève ne réalise même plus le génie derrière une invention puisqu’on lui étale ça platement en lui demandant de répondre à 20 questions autour du sujet au lieu de lui faire réaliser à quel point cette invention a changé le quotidien de milliers de personnes à l’époque !  Ce n’est que de la matière qu’on ingurgite.  Le fleuve St-Laurent ? Bof…  de l’eau.  Pourtant, c’est tellement plus !  Jacques Cartier?  Bof…  c’était il y a tellement longtemps.

Pourtant, c’est tellement plus que ça.

J’ai l’impression de ne pas être en mesure de leur donner le goût d’en savoir plus.  C’est un triste constat.  Il m’arrive, par moment, de rêver qu’un passionné d’histoire enseigne à mes enfants, un passionné de sciences, un passionné de ceci ou cela…  Imaginez à quel point ils apprendraient et «retiendraient» la matière !

Mais…  pour le moment…  ce n’est que moi.

J’ai beau aimé, vraiment aimé ce que j’enseigne, je «sais» que je ne transpire pas suffisamment de passion pour rendre les matières assez vivantes pour les retenir à long terme.  J’exagère un brin puisqu’ils retiendront plusieurs choses mais j’aimerais qu’ils retiennent tellement plus.  Je n’ai malheureusement que peu l’occasion de les voir s’interroger ou s’allumer suffisamment pour pousser l’apprentissage plus loin et désirer en apprendre plus sur un sujet.  Oui, ça arrive…  mais si peu souvent à mon goût.

Je cherche donc des moyens présentement pour «allumer» mes deux derniers…   Je vais peut-être trouver une idée de génie dans les prochaines semaines! ha!

Notre journal d’écriture


Bonsoir tout le monde!

J’ai reçu plusieurs courriels au sujet de notre nouveau journal d’écriture de la semaine.  Je vous propose le prochain :

Journal de classe du 20-25 mars

et pour répondre à la question suivante :

« Tu proposes la même chose pour les deux niveaux ? »

Oui, pour le moment en tout cas, puisque la différence entre mes deux derniers n’est pas si grande.  Ils répondent d’une façon très différente puisqu’ils sont très différents l’un et l’autre.

Éventuellement, je pense ne proposer que des encadrés et les laisser donner leur avis ou opinion sur des sujets de leurs choix.  Je veux, par contre, qu’ils parlent d’eux, qu’ils me donnent leur opinion sur différents sujets, etc.

Apprendre à s’exprimer clairement sur différents sujets, voilà le but que je me fixe pour le moment.

Je réponds / littérature jeunesse


«Que penses-tu d’utiliser la littérature jeunesse pour travailler au lieu des cahiers d’école normaux?»


Je l’avoue…  J’y ai rêvé souvent et il m’arrive d’y rêver encore mais, dans le quotidien, c’est trop difficile pour moi de n’utiliser que ça surtout au niveau de mes enfants maintenant.

Travailler à partir de la littérature jeunesse «tout le temps» serait un rêve merveilleux pour plusieurs d’entre nous j’en suis certaine.

Par contre, dans la réalité, c’est difficile à mettre en place sans y mettre beaucoup de temps.

Avec les petits j’ai beaucoup travaillé, avec bonheur d’ailleurs, avec les albums mais avec les plus grands c’est nettement plus problématique de faire un programme entier en n’utilisant que des romans comme support.

Dans un premier temps, il faut réellement bien connaître les attentes du niveau.  Ce n’est pas tout de lire un roman et le résumer…  il faut travailler beaucoup plus que ça!  L’étude des personnages, l’incipit, le type de narrateur, la description, le schéma narratif, organiser le dialogue et j’en passe des tonnes! Oui, il y a des séquences publiées par plusieurs maisons d’éditions (Gallimard ou Folio jeunesse, Hatier, Hachette éducation, etc) mais, malheureusement, on travaille trop souvent les mêmes choses alors qu’en réalité, dans un programme réel,  l’élève doit travailler plusieurs autres choses qu’on ne parle jamais dans ces séquences de travail.  Oui, on peut les faire…  soupirs… mais ça prend tellement de temps.

Dans un deuxième temps, il faut aussi penser à varier le type de romans puisque les jeunes ont souvent tendance à apprécier un genre en particulier.  Par exemple, mon plus jeune ne lirait que des romans d’aventure présentement alors que mon troisième, ne lirait que des romans policiers!  De plus, avouons-le, il est facile de délaisser certaines catégories…  surtout celles que nous n’aimons pas particulièrement.

Pour finir, il faut aussi penser à travailler l’étude de la langue en parallèle et ce n’est pas toujours simple.  Par exemple, lorsqu’on utilise un roman pour travailler «lire et comprendre un récit» quelle partie de l’étude de la langue devrait-on travailler ?  la narration, description, dialogue, distinguer narrateur, auteur et personnages, le cadre spatio-temporel, chronologie dans le récit (ellipse, rétrospection, anticipation), le point de vue, le temps dans le récit,… Il y a tellement de choses qu’on pourrait travailler en parallèle qu’on peut facilement en oublier, ou encore, travailler trop souvent les mêmes choses.

Ensuite vient la partie «écriture» qu’il est intéressant de faire en parallèle.  On aimerait bien proposer des situations d’écriture en lien avec la lecture.  Que peut-on proposer qui dirige l’élève vers un but à atteindre?  Ce n’est pas toujours si simple, pour les grands en tout cas, de trouver de bonnes idées «intéressantes» qui les poussent toujours plus loin!

Un autre point à ne pas négliger, c’est que travailler un roman entier prend du temps et certains enfants n’aiment pas travailler plusieurs semaines sur un même roman, surtout sur un roman imposé qu’ils n’aimes pas particulièrement.

Bref…  j’en rêve encore.  Cependant, le travail à faire pour «créer» un programme entier basé sur la littérature jeunesse est trop lourd à faire lorsqu’on a plus d’un enfant en classe.  Il faut se rappeler aussi que les romans deviennent de plus en plus longs lorsque les enfants deviennent grands…  Créer une belle séquence pédagogique sur un gros roman demande beaucoup de temps que sur un tout petit album jeunesse!!!!!

Je pense que la meilleure idée est de proposer un peu des deux : un travail avec un manuel et quelques romans au fil de l’année scolaire.

En tout cas, chez nous ça fonctionne très bien ainsi.  Le manuel me permet de travailler en profondeur certains points alors que le roman me permet d’aborder un texte entier.  C’est une grande différence et l’un devrait bien vivre à côté de l’autre!

Je sais que plusieurs ne travaillent qu’avec des romans alors c’est tout à fait possible de le faire!

Journal quotidien


Bonjour tout le monde!  Je suis toujours là…  malgré de longs silences.


Notre classe poursuit sa route dans le dernier trimestre de l’année scolaire.  Il n’est pas si loin le temps de fermer les cahiers!  Je prévois terminer en mai alors on travaille fort présentement pour que ma prévision s’avère exacte!

Je tente un nouvel outil dans ma classe cette semaine : un journal créatif.  En fait, il s’agit simplement de faire écrire davantage les enfants.

Je leur propose plusieurs petites choses à écrire dans la semaine afin de garder «vivant» ce que l’on travaille assidûment autrement.  Par ailleurs, j’essaie d’améliorer leur capacité à réfléchir et à donner leur opinion sur une tonne de sujet : exprimer clairement ce que l’on pense, ce que l’on croit, ce que l’on vit, etc.

Dans les prochains, j’en profiterai pour aiguiser leur sens de l’observation, améliorer le regard qu’ils portent sur les choses ou les personnes, faire des liens, se questionner sur certains sujets, etc.  De plus, en donnant la possibilité de l’illustrer, il deviendra un journal «beau» à regarder et à relire éventuellement.  Il permettra à mes gars de relire tout ça plus tard!

Bon, c’est encore une idée qui s’installe dans notre quotidien.  On verra après quelques semaines si cet outil à sa place en classe.  Pour le moment, il me plaît bien puisque les enfants aiment beaucoup l’idée.  Il offre la possibilité d’écrire toujours un peu plus!


Voici donc le journal de cette semaine :

Journal de la semaine 13-17 mars


J’en profite pour vous proposer la lecture de ce petit roman qui accompagnera mon fils de secondaire 2 dans les prochaines journées puisqu’on le travaillera en classe la semaine prochaine.

Une belle découverte !

Le Garçon en pyjama rayé - JOHN BOYNE

Résumé :

Bruno et sa sœur, Gretel, doivent quitter Berlin, où ils ont une vie très agréable, pour«Hoche-Vite» où leur père a été nommé.  Bruno a du mal à se faire à cette nouvelle vie.  Sa seule distraction est de regarder par la fenêtre de sa chambre d’où il aperçoit un drôle de paysage : des rouleaux de fil de fer barbelé, des baraquements, des gens en pyjama rayé et des soldats…

Un jour, il décide de partir en exploration.  Il fait alors la connaissance d’un garçon de son âge.  Très rapidement, malgré le grillage qui les sépare, une amitié s’ instaure entre eux…


Oui, c’est un roman sur un sujet un peu lourd : guerre, camp de concentration, injustice, amitié,…  C’est tellement bouleversant de découvrir l’horreur des camps de concentration dans le regard naïf d’un jeune enfant de 9 ans.

C’est un petit roman qui ne vous laissera pas indifférent!!!


J’opte pour le travail proposé par «Gallimard», il permet de faire le tour de plusieurs choses que je me proposais de revoir.

Garcon_pyjama_raye


Je réponds / grammaire – dictée


«(…) Peux-tu mettre un exemple vraiment clair du travail que tu fais avec ta dictée ? On dirait que je ne sais pas où tu veux en venir mais je trouve ton idée bonne. »


Comme je l’ai expliqué plusieurs fois, je me sers de ma dictée du jour (les quelques phrases que je donne chaque matin) pour revoir les notions étudiées en grammaire, orthographe, vocabulaire ou conjugaison.

En fait, pour être plus précise, je cible ce que je veux travailler au départ, puis je sélectionne ma dictée en fonction de ce travail à faire.  On s’entend, la dictée que je donne ne travaille jamais uniquement une seule et unique notion puisqu’à chaque fois, on révise l’orthographe de différents mots, l’accord dans le groupe du nom, l’accord de l’adjectif, les homophones, la conjugaison d’un temps en particulier, les participes passés, ect.  Elle permet de mobiliser ses connaissances antérieures sur une tonne de choses!

Par contre, elle devient, pour moi, un outil précieux d’un travail de révision sur des notions que je vois de toute façon lors des périodes de travail en étude de la langue.

Un exemple concret ?  Mon fils de 6e année cette semaine.

J’ai choisi de réviser le verbe dans une proposition :

  • infinitif, groupe, temps et personne
  • verbes d’action et verbes d’état
  • temps simple et temps composé
  • verbes avoir et être que l’on utilise «seul» ou comme «auxiliaire
  • le temps et le mode du verbe.
  • l’accord sujet-verbe

Ma courte dictée me permettra de revoir tout ça!


Étape 1 : on révise

Je rappelle à mon fils le but de notre dictée de la semaine : réviser ce qu’il connaît du verbe.

  • Qu’est-ce qu’un verbe?
  • Qu’est-ce qu’un verbe d’action ?  un verbe d’état?
  • Quels sont les verbes d’état ?
  • Analyse d’un verbe : infinitif, groupe, mode, temps, personne, nombre,…
  • La différence entre un temps simple et un temps composé…  un exemple ?
  • Que peux-tu me dire de l’auxiliaire?
  • Comment accorde-t-on le verbe?

Étape 2 : Dictée de la semaine ( je donne 1-2 phrases chaque jour)

Dans la clairière, le pied dans les mousses, la tête sous les feuilles, l’esprit dans le mystère, il rêve, il regarde, il écoute, il scrute le nid d’oiseau, il observe le brin d’herbe, il épie le trou de la taupe, il entend les langages inconnus du renard, du loup, de la belette, de la fourmi, du moucheron. (lundi)

Il n’existe plus pour lui-même; il n’a plus conscience de son être à lui, son moi s’efface. Un nuage passe, il ne le voit pas, une pluie tombe, il ne le sent pas. (mardi)

Ses pieds ont pris racine parmi les racines de la forêt ; la grande sève universelle les traverse et lui monte au cerveau, et presque à son insu y devient pensée comme elle devient gland dans le chêne et mûre dans la ronce. (mercredi)

Il la sent monter ; il entre en communication avec la nature. Et que fait-il ? Il fait sa fleur et son fruit étrange, fable et moralité. » (jeudi)

Victor HUGO.


Étape 3 : on travaille!

  • Souligne tous les verbes en rouge.
  • S’agit-il de verbes d’action ou d’état ?  Comment le sais-tu ?
  • Donne l’infinitif de chacun des verbes.  À quel groupe appartiennent-ils ?
  • À quel temps sont-ils conjugués ?  À quelle personne ?
  • Est-ce des verbes au temps simple ou composé ?  Quel est l’indice pour les reconnaître ?
  • Retrouve le sujet de chacun des verbes.  Donne la nature, la personne et le nombre de chacun.

Étape 4 : on corrige la dictée.

Pendant la dictée et lors du travail sur la notion, j’insiste sur quelques petits points à particulièrement observer dans la dictée.  Je ne donne pas l’orthographe des mots, naturellement, mais j’insiste fortement sur la nécessité de surveiller certaines choses que nous avons déjà vues antérieurement : un homophone en particulier, un participe passé, un mot de la même famille, etc.  Cette démarche est essentielle, à mon avis, pour améliorer le travail au fil des semaines.

Lors de la correction, comme nous avons travaillé la notion à travers cette dictée, la dictée est généralement assez bonne puisque plusieurs choses sont apparues plus claires pour lui pendant le travail.  J’y retrouve très peu de fautes en général souvent même aucune!

Je ne donne JAMAIS de «notes» à une dictée puisque ce n’est absolument pas une évaluation quelconque mais un simple exercice pour travailler une notion en étude de la langue.

La dictée n’est pas là pour démontrer à l’enfant qu’il éprouve de la difficulté mais que son travail quotidien lui donne les outils et la possibilité de mieux écrire en tout temps!!!!


Étape 5 : on utilise la notion

À la fin de la semaine, lors de la situation d’écriture du vendredi, je lui demande de tenir compte de ce travail sur la notion de la semaine dans son texte.  J’y tiens.  C’est souvent lors de ce travail que je «vois» ce qu’il a retenu du travail de la semaine.


Étape 6 : on retravaille s’il le faut.

Pour certaines notions, je propose quelques exercices à faire dans la semaine.  Ce n’est pas toujours aussi simple que de trouver des verbes! hihihi


J’espère que cela vous aidera un peu!!!

En français cette semaine…


Raphaël – secondaire 2

Après deux bonnes semaines à travailler principalement en science avec mon fils de secondaire 2, nous approfondirons…  pour une dernière fois cette année, le texte narratif.

Nous travaillerons principalement 3 textes :

  1. La bicyclette du petit Chinois de Thierry Gandillot
  2. Les étoiles ( un extrait de «Les Lettres de mon moulin» d’Alphonse Daudet)
  3. Quand Angèle dut seule (Pascal Mérigeau, 1983)

Ce sont trois lectures très différentes qui représentent un bon défi pour un secondaire 2.  Son objectif final sera d’écrire une nouvelle ( la semaine prochaine?)

Notre programme «annuel» est pratiquement terminé pour lui.  Je suis même surprise du travail accompli jusqu’à maintenant.

Je réalise toujours, en mars, que nous sommes TOUJOURS en avance sur le programme que je m’étais fixé pour l’année.

Comme ce n’est jamais totalement fini puisqu’on approfondit continuellement, je ne peux pas affirmer que mon programme est réellement terminé, mais il est suffisamment avancé en tout cas pour que je puisse me concentrer sur autre chose.  Le travail sur le texte se passe vraiment bien alors je vais insister surtout sur l’étude de la langue et l’écrit pour les semaines qui resteront avant la fin de l’année.  Comme je termine habituellement à la fin mai, le temps file…  l’année sera derrière nous bientôt!


Gabriel – 6e année

Pour mon fils de 6e année, je me concentre sur des objectifs «québécois» dans les deux prochaines semaines puisque j’ai négligé quelques aspects importants du programme que ma Commission scolaire aime particulièrement voir dans le portfolio.

Cette semaine, j’insiste sur les inférences en lecture (les informations que ne sont pas écrites dans le texte que l’on doit déduire à partir d’indices)  J’ai choisi d’utiliser un travail proposé dans «Lecture à l’épreuve de CEC» puisque le travail porte exactement sur les inférences.  Je suis donc certaine de travailler exactement ce qu’on attend à ce niveau.

Par la suite, je me sers de ce petit roman pour travailler sur le roman d’aventures.

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Nous travaillerons le rôle des personnages dans l’avancement du récit.

Pour lui, nous avons largement dépassé le programme que j’avais prévu.  Je vais, comme pour mon fils-3, travailler principalement en étude de la langue et en expression écrite dès la semaine prochaine.  Je vais proposer l’étude d’un texte de temps en temps, histoire de maintenir les acquis!


Présentement les enfants lisent… (lectures obligatoires)

Gabriel – 6e année

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Raphaël – secondaire 2

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et en science…

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Je réponds / Étude de la langue


«Je me souviens que tu utilisais le BERTHOU au primaire en grammaire mais qu’utilises-tu pour ton fils en secondaire 2?»


J’utilise une grammaire européenne (vieux manuel de 1962) que j’affectionne particulièrement.

Je n’ai pas le manuel de 4e seulement (secondaire 2) mais celui qui regroupe le 4e et le 3e (secondaire 2 et 3).

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Il n’a rien d’exceptionnel ce programme de grammaire mais c’est exactement la rigueur que j’affectionne.  Je vais vous le dire, c’est un gros programme…  même sur deux ans, il demande «beaucoup» de travail.  Par contre, en prenant son temps, c’est un programme plus que complet!

La structure est toujours la même :

  1. Un court extrait d’un texte d’auteur.
  2. Observons et réfléchissons sur ce court extrait.
  3. La leçon.
  4. Le résumé de la leçon.
  5. De très nombreux exercices variés pour les deux niveaux.  Il y a même quelques exercices de révision des notions précédentes!!!!
  6. Dictée + questions sur cette dictée.
  7. Composition française.

Aucune comparaison avec une grammaire québécoise.  On ne retrouve donc pas le jargon québécois comme dans les manuels scolaires (Réforme).  On se trouve ici en face d’un bon VIEUX manuel de grammaire à l’ancienne!

Vous savez? Un manuel qui travaille pour «vrai»! ha!


Vous pouvez découvrir plusieurs manuels de la collection, dont celui de secondaire 1 et 2 sur le fabuleux site MANUELS ANCIENS, site qui regorge de plusieurs trésors à découvrir.