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Situation d’écriture du jour


Sujet d’écriture pour Gabriel en secondaire 2

Aimerais-tu savoir à quoi tu ressembleras dans 25 ans ?  Pourquoi?

Situation d’écriture_Dans 25 ans


Sujet d’écriture pour Raphaël en secondaire 4

Dans la nouvelle « Mammon et le petit archer » Anthony Rockwall prétend que l’argent peut absolument tout acheter, es-tu d’accord avec les propos que tient Anthony Rockwall?  Justifie ta réponse.

Situation d’écriture_Argent peut tout acheter

 


 

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L’ombre du vent (texte – un extrait)


Je me souviens encore de ce petit matin où mon père m’emmena pour la première fois visiter le Cimetière des Livres Oubliés. Nous étions aux premiers jours de l’été 1945, et nous marchions dans les rues d’une Barcelone écrasée sous un ciel de cendre et un soleil fuligineux qui se répandait sur la ville comme une coulée de cuivre liquide.
– Daniel, me prévint mon père, ce que tu vas voir aujourd’hui, tu ne dois en parler à personne. Pas même à ton ami Tomás. A personne.
– Pas même à maman ? demandai-je à mi-voix.
Mon père soupira, en se réfugiant derrière ce sourire triste qui accompagnait toute sa vie comme une ombre.
– Si, bien sûr, répondit-il en baissant la tête. Pour elle, nous n’avons pas de secrets. Elle, on peut tout lui dire.
Peu après la fin de la guerre civile, ma mère avait été emportée par un début de choléra. Nous l’avions enterrée à Montjuïc le jour de mon quatrième anniversaire. Je me rappelle seulement qu’il avait plu toute la journée et toute la nuit, et que, lorsque j’avais demandé à mon père si le ciel pleurait, la voix lui avait manqué pour me répondre. Six ans après, l’absence de ma mère était toujours pour moi un mirage, un silence hurlant que je n’avais pas encore appris à faire taire à coups de mots. Nous vivions, mon père et moi, dans un petit appartement de la rue Santa Ana, près de la place de l’église. L’appartement était situé juste au-dessus de la boutique de livres rares et d’occasion héritée de mon grand-père, un bazar enchanté que mon père comptait bien me transmettre un jour. J’ai grandi entre les livres, en me faisant des amis invisibles dans les pages qui tombaient en poussière et dont je porte encore l’odeur sur les mains. J’ai appris à m’endormir en expliquant à ma mère, dans l’ombre de ma chambre, les événements de la journée, ce que j’avais fait au collège, ce que j’avais appris ce jour-là… Je ne pouvais entendre sa voix ni sentir son contact, mais sa lumière et sa chaleur rayonnaient dans chaque recoin de notre logis, et moi, avec la confiance d’un enfant qui peut encore compter ses années sur les doigts, je croyais qu’il me suffisait de fermer les yeux et de lui parler pour qu’elle m’écoute, d’où qu’elle fût. Parfois, mon père m’entendait de la salle à manger et pleurait en silence.
Je me souviens qu’en cette aube de juin je m’étais réveillé en criant. Mon cœur battait dans ma poitrine comme si mon âme voulait s’y frayer un chemin et dévaler l’escalier. Mon père effrayé était accouru dans ma chambre et m’avait pris dans ses bras pour me calmer.
– Je n’arrive pas à me rappeler son visage. Je n’arrive pas à me rappeler le visage de maman, murmurais-je, le souffle coupé.
Mon père me serrait avec force.
– Ne t’inquiète pas, Daniel. Je me rappellerai pour deux.
Nous nous regardions dans la pénombre, cherchant des mots qui n’existaient pas. Pour la première fois, je me rendais compte que mon père vieillissait et que ses yeux, des yeux de brume et d’absence, regardaient toujours en arrière. Il s’était relevé et avait tiré les rideaux pour laisser entrer la douce lumière de l’aube.
– Debout, Daniel, habille-toi. Je veux te montrer quelque chose.
– Maintenant, à cinq heures du matin ?
– Il y a des choses que l’on ne peut voir que dans le noir, avait soufflé mon père en arborant un sourire énigmatique qu’il avait probablement emprunté à un roman d’Alexandre Dumas.
Quand nous avions passé le porche, les rues sommeillaient encore dans la brume et la rosée nocturne. Les réverbères des Ramblas dessinaient en tremblotant une avenue noyée de buée, le temps que la ville s’éveille et quitte son masque d’aquarelle. En arrivant dans la rue Arco del Teatro, nous nous aventurâmes dans la direction du Raval, sous l’arcade qui précédait une voûte de brouillard bleu. Je suivis mon père sur ce chemin étroit, plus cicatrice que rue, jusqu’à ce que le rayonnement des Ramblas disparaisse derrière nous. La clarté du petit jour s’infiltrait entre les balcons et les corniches en touches délicates de lumière oblique, sans parvenir jusqu’au sol. Mon père s’arrêta devant un portail en bois sculpté, noirci par le temps et l’humidité. Devant nous se dressait ce qui me parut être le squelette abandonné d’un hôtel particulier, ou d’un musée d’échos et d’ombres.
– Daniel, ce que tu vas voir aujourd’hui, tu ne dois en parler à personne. Pas même à ton ami Tomás. A personne.
Un petit homme au visage d’oiseau de proie et aux cheveux argentés ouvrit le portail. Son regard d’aigle se posa sur moi, impénétrable.
– Bonjour, Isaac. Voici mon fils Daniel, annonça mon père. Il va sur ses onze ans et prendra un jour ma succession à la librairie. Il a l’âge de connaître ce lieu.
Le nommé Isaac eut un léger geste d’assentiment pour nous inviter à entrer. Une pénombre bleutée régnait à l’intérieur, laissant tout juste entrevoir les formes d’un escalier de marbre et d’une galerie ornée de fresques représentant des anges et des créatures fantastiques. Nous suivîmes le gardien dans le couloir du palais et débouchâmes dans une grande salle circulaire où une véritable basilique de ténèbres s’étendait sous une coupole percée de rais de lumière qui descendaient des hauteurs. Un labyrinthe de corridors et d’étagères pleines de livres montait de la base au faîte, en dessinant une succession compliquée de tunnels, d’escaliers, de plates-formes et de passerelles qui laissaient deviner la géométrie impossible d’une gigantesque bibliothèque. Je regardai mon père, interloqué. Il me sourit en clignant de l’œil.
– Bienvenue, Daniel, dans le Cimetière des Livres Oubliés.
Çà et là, le long des passages et sur les plates-formes de la bibliothèque, se profilaient une douzaine de silhouettes. Quelques-unes se retournèrent pour nous saluer de loin, et je reconnus les visages de plusieurs collègues de mon père dans la confrérie des libraires d’ancien. A mes yeux de dix ans, ces personnages se présentaient comme une société secrète d’alchimistes conspirant à l’insu du monde. Mon père s’agenouilla près de moi et, me regardant dans les yeux, me parla de cette voix douce des promesses et des confidences.
– Ce lieu est un mystère, Daniel, un sanctuaire. Chaque livre, chaque volume que tu vois, a une âme. L’âme de celui qui l’a écrit, et l’âme de ceux qui l’ont lu, ont vécu et rêvé avec lui. Chaque fois qu’un livre change de mains, que quelqu’un promène son regard sur ses pages, son esprit grandit et devient plus fort. Quand mon père m’a amené ici pour la première fois, il y a de cela bien des années, ce lieu existait déjà depuis longtemps. Aussi longtemps, peut-être, que la ville elle-même. Personne ne sait exactement depuis quand il existe, ou qui l’a créé. Je te répéterai ce que mon père m’a dit. Quand une bibliothèque disparaît, quand un livre se perd dans l’oubli, nous qui connaissons cet endroit et en sommes les gardiens, nous faisons en sorte qu’il arrive ici. Dans ce lieu, les livres dont personne ne se souvient, qui se sont évanouis avec le temps, continuent de vivre en attendant de parvenir un jour entre les mains d’un nouveau lecteur, d’atteindre un nouvel esprit. Dans la boutique, nous vendons et achetons les livres, mais en réalité ils n’ont pas de maîtres. Chaque ouvrage que tu vois ici a été le meilleur ami de quelqu’un. Aujourd’hui, ils n’ont plus que nous, Daniel. Tu crois que tu vas pouvoir garder ce secret ?
Mon regard balaya l’immensité du lieu, sa lumière enchantée. J’acquiesçai et mon père sourit.
– Et tu sais le meilleur ? demanda-t-il.
Silencieusement, je fis signe que non.
– La coutume veut que la personne qui vient ici pour la première fois choisisse un livre, celui qu’elle préfère, et l’adopte, pour faire en sorte qu’il ne disparaisse jamais, qu’il reste toujours vivant. C’est un serment très important. Pour la vie. Aujourd’hui, c’est ton tour.
Durant presque une demi-heure, je déambulai dans les mystères de ce labyrinthe qui sentait le vieux papier, la poussière et la magie. Je laissai ma main frôler les rangées de reliures exposées, en essayant d’en choisir une. J’hésitai parmi les titres à demi effacés par le temps, les mots dans des langues que je reconnaissais et des dizaines d’autres que j’étais incapable de cataloguer. Je parcourus des corridors et des galeries en spirale, peuplés de milliers de volumes qui semblaient en savoir davantage sur moi que je n’en savais sur eux. Bientôt, l’idée s’empara de moi qu’un univers infini à explorer s’ouvrait derrière chaque couverture tandis qu’au-delà de ces murs le monde laissait s’écouler la vie en après-midi de football et en feuilletons de radio, satisfait de n’avoir pas à regarder beaucoup plus loin que son nombril. Est-ce à cause de cette pensée, ou bien du hasard ou de son proche parent qui se pavane sous le nom de destin, toujours est-il que, tout d’un coup, je sus que j’avais déjà choisi le livre que je devais adopter. Ou peut-être devrais-je dire le livre qui m’avait adopté. Il se tenait timidement à l’extrémité d’un rayon, relié en cuir lie-de-vin, chuchotant son titre en caractères dorés qui luisaient à la lumière distillée du haut de la coupole. Je m’approchai de lui et caressai les mots du bout des doigts, en lisant en silence : L’Ombre du vent  Julian Carax

Carlos Riuz Zafon, l’ombre du vent, 2004

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Si cet extrait vous intéresse :

L’ombre du vent de Carlos Ruiz Zafón

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La mort en chambre close ( nouvelle )


Pour accompagner notre séquence de travail sur le récit policier, voici un texte qui accompagnera mon fils-4 à la semaine 2.

Voici le texte : cliquer ici

Dans notre cas nous travaillerons ce texte par section et plus particulièrement le schéma narratif de la nouvelle.

À la fin de la semaine, il doit me faire un court résumé du début de l’histoire en y insérant une phrase qui piquera la curiosité de ses lecteurs ou lectrices pour les inciter à lire cette nouvelle en entier.

Si cela vous intéresse, voici notre fiche de travail :

La mort en chambre close_situation d’écriture

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La perle noire (texte + travail)


Mon fils de secondaire 2 débute sa prochaine année scolaire par une séquence de travail sur le roman policier.  Nous débutons par ce premier texte :

———————————-  La perle noire  ———————————- 

Adella Landell s’épongeait les yeux avec un de ses précieux mouchoirs réduit au misérable état de boulette.

-Jamais je ne me consolerai, commandant. Enfin, vous savez mieux que moi tout ce que représente cette perle, quels souvenirs historiques s’attachent à elle.

Un invraisemblable accent achevait de faire de la vieille et caricaturale Américaine un personnage de vaudeville. Mais le commandant Berteret ne songeait guère à sourire. Immobile au milieu de la luxueuse cabine, les traits affaissés, il regardait sans la voir la mer calme et grise, indifférente. Il fit, banalement :

-Croyez, miss, que je suis absolument navré.

Adella Landell eu une poussée de colère.

-Sur un cargo, passe encore. Mais imaginer une pareille chose à bord du Picardie!

-Que n’avez-vous déposé la perle noire dans nos coffres, en embarquant ?  D’autant plus que la presse avait donné une telle publicité à l’achat de ce bijou, comme à votre voyage que nul ne pouvait ignorer…

-Je n’ai aucune confiance dans les coffres. Quand on sait l’habileté des voleurs aujourd’hui…

L’officier écarta les bras en une expressive mimique qui se pouvait traduire par l’apostrophe familière : « Vous êtes bien avancée maintenant ! »

Patrice, le détective du bord, allait, lui, de droite et de gauche à travers les bagages jonchant le sol, courbé en deux, évoquant irrésistiblement l’image d’un chien de chasse.

-Inutile de vous demander si vous êtes bien certaine de l’endroit où …

-Cette question ! Je vous répète que la perle noire était dans cette malle, sous mes combinaisons. Je l’avais glissé dans un bas.

-Très ingénieux. Et qui connaissait la cachette ?

-Personne, vous pensez bien ! Enfin, quand je dis personne… Ma femme de chambre, Alice, et ma soeur, Mrs Hanagan, étaient au courant. Mais vous n’allez pas soupçonner…

Patrice faisait jouer la serrure de la malle. Il se redressa lentement.

-Cette Alice est depuis combien de temps à votre service ?

-Combien de temps ? Attendez…Oui, c’est cela, dix-sept ans. Je l’ai engagée juste à mon retour du Tibet.

-Dix-sept ans ! C’est, en effet, une référence.

-Yes, référence… Si Alice avait dû me voler un jour, elle n’aurait pas attendu dix-sept ans.

C’était là l’évidence et le détective s’inclina.

-Vous avez également nommé votre soeur, reprit-il après un instant, et non sans gêne.

Cette fois, la vieille demoiselle éclata d’un rire nerveux.

-Oui, ma soeur, Mrs Hanagan.  Peut-être ignorez-vous qu’elle vient d’épouser le roi du papier peint. Sa fortune doit se chiffrer par deux zéros de plus que la mienne.

-Mais je ne soupçonne personne, miss. Je cherche seulement à m’expliquer comment votre voleur a si facilement découvert…

Adella l’interrompit :

-Enfin, en ce qui me concerne, je vous précise que je n’ai pas encore assuré la perle noire… Pas eu le temps, d’abord. Il y a à peine huit jours que j’en suis possesseur… Et puis, ce n’est pas la petite fortune que représente ce bijou qui compte pour moi. C’est… C’est…

Sa voix s’étrangla et elle se remit à s’essuyer les yeux. Un silence régna, que l’impatient Patrice ne laissa pas se prolonger.

-Vous êtes demeurée combien de temps absente de votre cabine ?

-Une demi-heure au plus, j’étais au bar, avec ma soeur.

-Et où était Alice, pendant ce temps ?

-À la lingerie.

Le détective hocha la tête.

-Évidemment, notre inconnu a eu tout le loisir… Mais comment savait-il ?  Comment?  Comment ?

Il désigna d’un geste circulaire les bagages épars autour de lui.

-Car ne vous y trompez pas, mon commandant. Ce n’est pas là le désordre laissé par quelqu’un qui cherche, mais grossière mise en scène destinée à donner le change.  Je parierai que le voleur est allé droit au but… et qu’il avait déjà la perle noire en poche lorsqu’il s’est amusé à fracturer – et avec quelle maladresse – toutes les autres malles.

-Maladresse ou non!…

Lorsque, une heure plus tard, les deux hommes se retirèrent, après avoir longuement interrogé la soeur, puis la domestique de la victime, leur enquête en était au même point. Tout de suite, ils purent se convaincre que la nouvelle du vol s’était déjà répandue de la proue à la poupe6 du navire. Partout, sur leur passage, le silence se faisait dans les groupes, et ils devinaient les regards curieux et inquiets attachés à leurs dos.

À pas rapides, ils gagnèrent le bureau du commandant, où ils se laissèrent lourdement tomber dans des fauteuils.

-Enfin, Patrice, vous êtes de mon avis. C’est… invraisemblable, cette histoire-là.

-Invraisemblable est le mot exact. Car, enfin, il ne peut y avoir que trois coupables.

-…et tous trois sont, de tout évidence, innocents.  La fortune de Mrs Hanagan la met au-dessus de tout soupçon.  Alice est la fidélité même.  Quant à miss Landell…

-Elle n’est pas assurée. Par conséquent…

-Vous repoussez, naturellement, l’hypothèse d’une parole imprudente lâchée par une des trois intéressées ?

Patrice haussa les épaules.

-Vous les avez entendues comme moi. Mrs Hanagan et Alice sont suffisamment douées de bon sens pour ne pas s’être laissées aller à une telle confidence.  Aussi bien, nous l’eussent-elles avoué. Quant à miss Landell, qui vivait dans les transes depuis qu’elle a acquis ce maudit bijou, elle était la dernière à aller raconter où elle l’avait caché.

-Autrement dit, nous en revenons toujours à notre conclusion : trois personnes seulement… et toutes trois incapables…

[…]

-Savez-vous à quoi notre affaire me fait penser ? … À ces exaspérants problèmes policiers, en apparence insolubles, que posent certains magazines, et dont la dernière page apporte, en une ligne, au lecteur confus, la solution enfantine.

-Je donnerais gros pour avoir cette dernière page, soupira comiquement Patrice.

-Adella Andell se tenait assise au milieu de ses malles, ses yeux étaient secs depuis longtemps, aussi était-ce d’un mouvement purement machinal que, pour la dernière fois, elle y porta son mouchoir réduit en boule. Après quoi, elle déplia avec précaution la fine étoffe et laissa couler dans sa paume un petit objet ayant la forme et la grosseur d’une noisette et la couleur du charbon.

Amoureusement, la vieille demoiselle contempla la perle, la porta à ses lèvres, murmura :

-Maintenant, ma beauté noire, les voleurs te chercheront partout, excepté ici. Enfin, je vais dormir en paix !

Boileau-Nercejac, «Quarante ans de suspense»

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Feuille de route

  1. Première lecture (seul) la veille.
  2. Reconnaître un roman policier et ses caractéristiques.
  3. Deuxième lecture du texte avec le jeune.  Je tiens à cette deuxième lecture puisque c’est dans celle-ci que je vérifie la compréhension «réelle» de l’enfant.  On en profite pour ajouter des informations qui pourraient être pertinentes et utiles à la compréhension du texte : vocabulaire, histoire, contexte, etc.
  4. Discerner les éléments qu’on s’attend à trouver dans un récit policier (un crime, une enquête, des suspects et une résolution)  (voir mon document de travail)

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 Si cela vous intéresse :

La perle noire

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La mort qui rôde (texte)


Voici l’extrait à l’étude cette semaine en secondaire 1…  c’est un peu long, effectivement.  J’aime bien l’idée de proposer quelques extraits plus longs pour pousser le niveau de lecture un peu.

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LA MORT QUI RÔDE

Maurice Leblanc
Les Confidences d’Arsène Lupin

Après avoir contourné les murs du château, Arsène Lupin revint à son point de départ. Décidément aucune brèche n’existait, et l’on ne pouvait s’introduire dans le vaste domaine de Maupertuis que par une petite porte basse et solidement verrouillée à l’intérieur, ou par la grille principale auprès de laquelle veillait le pavillon du garde.

« Soit, dit-il, nous emploierons les grands moyens. »

Pénétrant au milieu des taillis où il avait caché sa motocyclette, il détacha un paquet de corde légère enroulé sous la selle, et se dirigea vers un endroit qu’il avait noté au cours de son examen. À cet endroit, situé loin de la route, à la lisière d’un bois, de grands arbres plantés dans le parc débordaient le mur.

Lupin fixa une pierre à l’extrémité de la corde, et, l’ayant lancée, attrapa une grosse branche, qu’il lui suffit dès lors d’attirer à lui et d’enjamber. La branche, en se redressant, le souleva de terre. Il franchit le mur, glissa le long de l’arbre, et sauta doucement sur l’herbe du parc.

C’était l’hiver. Entre les rameaux dépouillés, par-dessus le vallonnement des pelouses, il aperçut au loin le petit château de Maupertuis. Craignant d’être vu, il se dissimula derrière un groupe de sapins. Là, à l’aide d’une lorgnette, il étudia la façade mélancolique et sombre du château. Toutes les fenêtres étaient closes et comme défendues par des volets hermétiques. On eût dit un logis inhabité.

« Pristi, murmura Lupin, pas gai, le manoir ! Ce n’est pas ici que je finirai mes jours. »

Mais, comme trois heures sonnaient à l’horloge, une des portes du rez-de-chaussée s’ouvrit sur la terrasse, et une silhouette de femme, très mince, enveloppée dans un manteau noir, apparut.

La femme se promena de long en large durant quelques minutes, entourée aussitôt d’oiseaux auxquels elle jetait des miettes de pain. Puis elle descendit les marches de pierre qui conduisaient à la pelouse centrale, et elle la longea en prenant l’allée de droite.

Avec sa lorgnette, Lupin la voyait distinctement venir de son côté. Elle était grande, blonde, d’une tournure gracieuse, l’air d’une toute jeune fille. Elle avançait d’un pas allègre, regardant le pâle soleil de décembre, et s’amusant à briser les petites branches mortes aux arbustes du chemin.

Elle était arrivée à peu près aux deux tiers de la distance qui la séparait de Lupin, quand des aboiements furieux éclatèrent, et un chien énorme, un danois de taille colossale, surgit d’une cabane voisine et se dressa au bout de la chaîne qui le retenait.

La jeune fille s’écarta un peu et passa, sans prêter plus d’attention à un incident qui devait se reproduire chaque jour. Le chien redoubla de colère, debout sur ses pattes, et tirant sur son collier au risque de s’étrangler.

Trente ou quarante pas plus loin, impatientée sans doute, elle se retourna et fit un geste de la main. Le danois eut un sursaut de rage, recula jusqu’au fond de sa niche, et bondit de nouveau, irrésistible. La jeune fille poussa un cri de terreur folle. Le chien franchissait l’espace, en traînant derrière lui sa chaîne brisée.

Elle se mit à courir, à courir de toutes ses forces, et elle appelait au secours désespérément. Mais, en quelques sauts, le chien la rejoignait.

Elle tomba, tout de suite épuisée, perdue. La bête était déjà sur elle, la touchait presque.

À ce moment précis, il y eut une détonation. Le chien fit une cabriole en avant, se remit d’aplomb, gratta le sol à coups de patte, puis se coucha en hurlant à diverses reprises, un hurlement rauque, essoufflé, qui s’acheva en une plainte sourde et en râles indistincts. Et ce fut tout.

« Mort, » dit Lupin, qui était accouru aussitôt, prêt à décharger son revolver une seconde fois.

La jeune fille s’était relevée, toute pâle, chancelante encore. Elle examina, très surprise, cet homme qu’elle ne connaissait pas, et qui venait de lui sauver la vie, et elle murmura :

« Merci… J’ai eu bien peur… Il était temps… Je vous remercie, Monsieur. »

Lupin ôta son chapeau.

« Permettez-moi de me présenter, Mademoiselle… Jean Daubreuil… Mais, avant toute explication, je vous demande un instant… »

Il se baissa vers le cadavre du chien, et examina la chaîne à l’endroit où l’effort de la bête l’avait brisée.

« C’est bien ça ! fit-il entre ses dents… c’est bien ce que je supposais. Bigre ! les événements se précipitent… J’aurais dû arriver plus tôt. »

Revenant à la jeune fille, il lui dit vivement :

« Mademoiselle, nous n’avons pas une minute à perdre. Ma présence dans ce parc est tout à fait insolite. Je ne veux pas qu’on m’y surprenne, et cela, pour des raisons qui vous concernent uniquement. Pensez-vous qu’on ait pu, du château, entendre la détonation ? »

La jeune fille semblait remise déjà de son émotion, et elle répondit avec une assurance où se révélait toute sa nature courageuse :

« Je ne le pense pas.

— Monsieur votre père est au château, aujourd’hui ?

— Mon père est souffrant, couché depuis des mois. En outre, sa chambre donne sur l’autre façade.

— Et les domestiques ?

— Ils habitent également, et travaillent de l’autre côté. Personne ne vient jamais par ici. Moi seule m’y promène.

— Il est donc probable qu’on ne m’a pas vu non plus, d’autant que ces arbres nous cachent.

— C’est probable.

— Alors, je puis vous parler librement ?

— Certes, mais je ne m’explique pas…

— Vous allez comprendre. »

Il s’approcha d’elle un peu plus et lui dit :

— Permettez-moi d’être bref. Voici. Il y a quatre jours, Mlle Jeanne Darcieux…

— C’est moi, dit-elle en souriant.

— Mlle Jeanne Darcieux, continua Lupin, écrivait une lettre à l’une de ses amies du nom de Marceline, laquelle habite Versailles…

— Comment savez-vous tout cela ? dit la jeune fille stupéfaite, j’ai déchiré la lettre avant de l’achever.

— Et vous avez jeté les morceaux sur le bord de la route qui va du château à Vendôme.

— En effet… je me promenais…

— Ces morceaux furent recueillis, et j’en eus communication le lendemain même.

— Alors… vous avez lu… fit Jeanne Darcieux avec une certaine irritation.

— Oui, j’ai commis cette indiscrétion, et je ne le regrette pas, puisque je puis vous sauver.

— Me sauver… de quoi ?

— De la mort. »

Lupin prononça cette petite phrase d’une voix très nette. La jeune fille eut un frisson.

« Je ne suis pas menacée de mort.

— Si, mademoiselle. Vers la fin d’octobre, comme vous lisiez sur un banc de la terrasse où vous aviez coutume de vous asseoir chaque jour, à la même heure, un moellon de la corniche s’est détaché, et il s’en est fallu de quelques centimètres que vous ne fussiez écrasée.

— Un hasard…

— Par une belle soirée de novembre, vous traversiez le potager, au clair de la lune. Un coup de feu fut tiré, la balle siffla à vos oreilles.

— Du moins… je l’ai cru…

— Enfin, la semaine dernière, le petit pont de bois qui enjambe la rivière du parc, à deux mètres de la chute d’eau, s’écroula au moment où vous passiez. C’est par miracle que vous avez pu vous accrocher à une racine. »

Jeanne Darcieux essaya de sourire.

« Soit, mais il n’y a là, ainsi que je l’écrivais à Marceline, qu’une série de coïncidences, de hasards…

— Non, Mademoiselle, non. Un hasard de cette sorte est admissible… Deux le sont également… et encore !… Mais on n’a pas le droit de supposer que, trois fois, le hasard s’amuse et parvienne à répéter le même acte, dans des circonstances aussi extraordinaires. C’est pourquoi je me suis cru permis de venir à votre secours. Et, comme mon intervention ne peut être efficace que si elle demeure secrète, je n’ai pas hésité à m’introduire ici autrement que par la porte. Il était temps, ainsi que vous le disiez. L’ennemi vous attaquait une fois de plus.

— Comment !… Est-ce que vous pensez ?… Non, ce n’est pas possible… Je ne veux pas croire… »

Lupin ramassa la chaîne et, la montrant :

« Regardez le dernier anneau. Il est hors de doute qu’il a été limé. Sans quoi, une chaîne de cette force n’eût pas cédé. D’ailleurs la marque de la lime est visible. »

Jeanne avait pâli, et l’effroi contractait son joli visage.

« Mais qui donc m’en veut ainsi ? balbutia-t-elle. C’est terrible… Je n’ai fait de mal à personne… Et pourtant il est certain que vous avez raison… Bien plus… »

Elle acheva plus bas :

« Bien plus, je me demande si le même danger ne menace pas mon père.

— On l’a attaqué, lui aussi ?

— Non, car il ne bouge pas de sa chambre. Mais sa maladie est si mystérieuse !… Il n’a plus de forces… il ne peut plus marcher… En outre, il est sujet à des étouffements, comme si son cœur s’arrêtait. Ah ! quelle horreur ! »

Lupin sentit toute l’autorité qu’il pouvait prendre sur elle en un pareil moment, et il lui dit :

« Ne craignez rien, Mademoiselle. Si vous m’obéissez aveuglément, je ne doute pas du succès.

— Oui… oui… je veux bien… mais tout cela est si affreux…

— Ayez confiance, je vous en prie. Et veuillez m’écouter. J’aurais besoin de quelques renseignements. »

Coup sur coup, il lui posa des questions, auxquelles Jeanne Darcieux répondit hâtivement.

« Cette bête n’était jamais détachée, n’est-ce pas ?

— Jamais.

— Qui la nourrissait ?

— Le garde. À la tombée du jour il lui apportait sa pâtée.

— Il pouvait, par conséquent, s’approcher d’elle sans être mordu ?

— Oui, et lui seul, car elle était féroce.

— Vous ne soupçonnez pas cet homme ?

— Oh ! non… Baptiste !… Jamais…

— Et vous ne voyez personne ?

— Personne. Nos domestiques nous sont très dévoués. Ils m’aiment beaucoup.

— Vous n’avez pas d’amis au château ?

— Non.

— Pas de frère ?

— Non.

— Votre père est donc seul à vous protéger ?

— Oui, et je vous ai dit dans quel état il se trouvait.

— Vous lui avez raconté les diverses tentatives ?…

— Oui, et j’ai eu tort. Notre médecin, le vieux docteur Guéroult, m’a défendu de lui donner la moindre émotion.

— Votre mère ?…

— Je ne me souviens pas d’elle. Elle est morte, il y a seize ans… il y a juste seize ans.

— Vous aviez ?…

— Un peu moins de cinq ans.

— Et vous habitiez ici ?

— Nous habitions Paris. C’est l’année suivante seulement que mon père a acheté ce château. »

Lupin demeura quelques instants silencieux, puis il conclut :

« C’est bien, Mademoiselle, je vous remercie. Pour le moment, ces renseignements me suffisent. D’ailleurs, il ne serait pas prudent de rester plus longtemps ensemble.

— Mais, dit-elle, le garde, tout à l’heure, trouvera ce chien… Qui l’aura tué ?

— Vous, Mademoiselle, vous, pour vous défendre contre une attaque.

— Je ne porte jamais d’arme.

— Il faut croire que si, dit Lupin en souriant, puisque vous avez tué cette bête, et que vous seule pouvez l’avoir tuée. Et puis on croira ce qu’on voudra. L’essentiel est que, moi, je ne sois pas suspect, quand je viendrai au château.

— Au château ? Vous avez l’intention ?…

— Je ne sais pas encore comment… mais je viendrai. Et dès ce soir… Ainsi donc, je vous le répète, soyez tranquille, je réponds de tout. »

Jeanne le regarda et, dominée par lui, conquise par son air d’assurance et de bonne foi, elle dit simplement :

« Je suis tranquille.

— Alors, tout ira pour le mieux. À ce soir, Mademoiselle.

— À ce soir. »

Elle s’éloigna, et Lupin, qui la suivit des yeux, jusqu’au moment où elle disparut à l’angle du château, murmura :

« Jolie créature ! il serait dommage qu’il lui arrivât malheur. Heureusement, ce brave Arsène veille au grain. »

(…)

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Dans notre cas, nous lirons le chapitre 6 en entier : CLIQUER ICI

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Notre travail sur le texte

  • Identité du héros
  • Ordre des actions
  • Caractéristiques des personnages
  • Raisons d’agir d’Arsène Lupin
  • Liens qui unissent les personnages
  • Énigmes
  • Le champ lexical : colère, grandeur, bruit
  • Les qualités de Lupin et les sentiments qu’elles inspirent
  • Compréhension des événements

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