Catégorie : Textes à télécharger secondaire 5 (1ère )

Jeannot et Colin (écriture)


Voici un petit travail proposé par un vieux manuel :

Lecture

Plusieurs personnes dignes de foi ont vu Jeannot et Colin à l’école dans la ville d’Issoire, en Auvergne.  Jeannot était le fils d’un marchand de mulets très renommé, et Colin devait le jour à un brave laboureur des environs.  Jeannot et Colin étaient fort jolis pour des Auvergnats ; ils s’aimaient beaucoup.

Le temps de leurs études était sur le point de finir, quand un tailleur apporta à Jeannot un habit de velours à trois couleurs, avec une veste de Lyon de fort bon goût ; le tout était accompagné d’une lettre à monsieur de La Jeannotière. Colin admira l’habit, et ne fut point jaloux ; mais Jeannot prit un air de supériorité qui affligea Colin. Dès ce moment Jeannot n’étudia plus, se regarda au miroir, et méprisa tout le monde. Quelque temps après un valet de chambre arrive en poste, et apporte une seconde lettre à monsieur le marquis de La Jeannotière : c’était un ordre de monsieur son père de faire venir monsieur son fils à Paris. Jeannot monta en chaise en tendant la main à Colin avec un sourire de protection assez noble. Colin sentit son néant, et pleura. Jeannot partit dans toute la pompe de sa gloire.

(Le père de Jeannot a fait fortune.  Mais bientôt, il se ruine et il est jeté en prison.  Le jeune marquis de la Jeannotière est méprisé par tous ses amis du beau monde)

Comme il était plongé dans l’accablement du désespoir, il vit avancer une chaise roulante à l’antique, espèce de tombereau couvert, accompagné de rideaux de cuir, suivi de quatre charrettes énormes toutes chargées. Il y avait dans la chaise un jeune homme grossièrement vêtu ; c’était un visage rond et frais qui respirait la douceur et la gaieté.

Le voyageur eut tout le temps de contempler le marquis immobile, abîmé dans sa douleur. « Eh ! mon Dieu ! s’écria-t-il, je crois que c’est Jeannot ! » À ce nom, le marquis lève les yeux, la voiture s’arrête : «C’est Jeannot lui-même, c’est Jeannot ! » Le petit homme rebondi ne fait qu’un saut, et court embrasser son ancien camarade. Jeannot reconnut Colin ; la honte et les pleurs couvrirent son visage. « Tu m’as abandonné, dit Colin ; mais tu as beau être grand seigneur, je t’aimerai toujours. » Jeannot, confus et attendri ; lui conta en sanglotant une partie de son histoire. « Viens dans l’hôtellerie où je loge me conter le reste, lui dit Colin.

Jeannot, éperdu, se sentait partagé entre la douleur et la joie, la tendresse et la honte ; et il se disait tout bas : « Tous mes amis du bel air m’ont trahi, et Colin, que j’ai méprisé, vient seul à mon secours. Quelle instruction ! »

La bonté d’âme de Colin développa dans le cœur de Jeannot le germe du bon naturel, que le monde n’avait pas encore étouffé. Il sentit qu’il ne pouvait abandonner son père et sa mère. « Nous aurons soin de ta mère, dit Colin ; et quant à ton bonhomme de père, qui est en prison, j’entends un peu les affaires ; ses créanciers, voyant qu’il n’a plus rien, s’accommoderont pour peu de chose ; je me charge de tout. » Colin fit tant qu’il tira le père de prison. Jeannot retourna dans sa patrie avec ses parents, qui reprirent leur première profession. Il épousa une sœur de Colin, laquelle, étant de même humeur que le frère, le rendit très heureux.

Voltaire, inspiré de « Jeannot et Colin»

Vieux manuel : L.Geslin «Méthode de Composition Française» IV – Le Plan.


Sujet d’écriture : (250-300 mots)

En t’inspirant du texte de Voltaire, montrez par un récit de votre invention que : Quand on est malade, tous les plaisirs vous abandonnent, excepté ceux de l’amitié.


Si cela vous intéresse

Jeannot et Colin_semaine 3


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Français (sec. 5) / cours 1-2-3


À l’automne prochain, j’accompagne quelques élèves de secondaire 5 en français.  Comme le gros du travail de ce niveau se fera en argumentation (le printemps suivant pour la préparation à l’examen du DES),  j’ai une grande liberté et plusieurs possibilités, entre temps,  pour explorer avec eux plusieurs choses.

Comme ils n’ont  jamais travaillé dans des manuels «autres» que québécois depuis toujours ; qu’ils n’ont jamais lu un roman entier ( ou presque )…  j’ai décidé de leur proposer un voyage littéraire complètement différent de ce qu’ils connaissent.  Ils auront la chance ( ou malchance haha ) de découvrir ce qu’ils n’ont jamais pu lire jusqu’à maintenant !


Cours 1

Je leur ai demandé de lire pendant l’été ( oui, oui… pendant l’été) le très court roman mais tellement beau à mes yeux : « Oscar et la dame rose ».

À la rentrée, afin de connaître le niveau de chacun, je vais leur proposer un très court questionnaire de lecture.

Je ne me suis pas cassée la tête, j’ai choisi de prendre un questionnaire sur le net.

quiz de lecture

Cours 2

Un texte pas si simple à lire lorsqu’on ne lit que des textes dans un manuel scolaire québécois (d’aujourd’hui).  Le choix des mots, le style,…  c’est un premier pas pour vérifier le niveau de compréhension, et surtout, s’ils ont le réflexe de chercher dans un dictionnaire lorsqu’ils ne comprennent pas un mot !!!!

Ce sera un texte à lire individuellement et à haute voix avec moi.  Cette lecture sera suivie par une courte situation d’écriture afin de les observer à l’écrit.


Le premier jardin

Raphaël, un jeune étudiant passionné d’histoire, raconte à une comédienne, Flora Fontanges, l’arrivée des filles du Roi en Nouvelle-France, trois siècles plus tôt. 

Raphaël parle d’une époque révolue, bien avant la conquête anglaise, au tout début du monde, lorsque chaque pas que l’on faisait sur la terre nue était arraché à la broussaille et à la forêt.

Ils sont tous là sur le rivage, en attente des bateaux venant de France. Gouverneur, intendant et gentilshommes endimanchés, empanachés, emplumés et pleins de fanfreluches, malgré la chaleur et les maringouins.  Quelques religieuses résistent au vent du mieux qu’elles le peuvent dans un grand remuement de voiles, de guimpes, de scapulaires, de cornettes et de barbettes. Des soldats fraîchement licencié, rasés de frais, selon les ordres reçus, vêtus de chemises propres, écarquillent les yeux jusqu’à voir rouge dans le soleil, en attente de la promesse, en marche vers eux sur le fleuve immense qui miroite au soleil.

En bas, en haut du cap, l’ébauche de la ville plantée dans la sauvagerie de la terre, tout contre le souffle de la forêt, pleine de cris d’oiseaux et de rumeurs sourdes dans la touffeur de juillet.

Cette fois-ci, il ne s’agit pas seulement de farine et de sucre, de lapins, de coqs et de poules, de vaches et de chevaux, de pichets d’étain et de couteaux à manche de corne, de pièces de drap et d’ étamine, d’outils et de coton à fromage, c’est d’une cargaison de filles à marier, aptes à la génération dont il est bel et bien question.

La Nouvelle-France a mauvaise réputation en métropole.  On parle d’un lieu d’horreur et des faubourgs de l’enfer.  Les paysannes se font tirer l’oreille.  Il a bien fallu avoir recours à La Salpêtrière pour peupler la colonie.

Les voici qui se pressent sur le pont, les unes contre les autres, comme un bouquet qu’on a ficelé trop serré.  Les ailes de leurs coiffes battent dans le vent, et elles agitent des mouchoirs au- dessus de leurs têtes.  Les hommes, en rang sur le rivage, les dévisagent en silence. La décence de leurs costumes a tout de suite été remarquée avec satisfaction par le Gouverneur et l’Intendant.  Il s’agit de savoir, avant même d’avoir pu distinguer leurs visages, si elles sont modestes et bien soignées de leur personne. Le reste de l’examen minutieux et précis se fera, en temps et lieu, petit à petit, à mesure qu’elles viendront vers nous avec leurs jeunes corps voués sans réserve à l’homme, au travail et à la maternité.

À défaut de paysannes, il faut bien se contenter pour aujourd’hui de ce menu fretin, venu de Paris, et doté par le Roi de cinquante livres par tête.  Si elles savent déjà coudre, tricoter et faire de la dentelle (on le leur a appris dans leur refuge de La Salpêtrière, aussi infamant que la Bastille), on verra bien leur figure lorsqu’il faudra faire vêler la vache et changer sa litière.

On distingue très bien maintenant leurs traits dans la lumière, encadrés de toile blanche et de quelques petits cheveux fous dans le vent.  Il y en a de rouges et de tannées par le soleil et l’air marin, d’autres exsangues et squelettiques minées par le mal de mer et la peur.

Ils sont là sur le rivage, dans le grand beau temps qu’il fait, comme devant une aurore boréale.  Des cris s’échappent par moments de leurs poitrines haletantes.

  • Ah ! La belle rousse ! La belle bleue ! La petite frisée !

Quand on a été privés de femmes pendant si longtemps, sauf quelques sauvagesses, c’est quand même plaisant de voir venir vers nous tout ce bel assemblage de jupons et de toile froissée. Il a été entendu, entre M. le Gouverneur, M. l’Intendant et nous, garçons à marier, qu’on les prendrait comme elles sont, ces filles du Roi, fraîches et jeunes, sans passé, purifiées par la mer, au cours d’une longue et rude traversée sur un voilier. Trente passagers sont morts en cours de route, et il a fallu les jeter à la mer comme des pierres.  Les survivantes encore longtemps seront hantées par le roulis et le tangage tant il est vrai que ce grand brassement de l’océan habite toujours leurs corps, de la racine des cheveux à la pointe des orteils. C’est comme une procession de filles ivres qui commence à avancer vers nous sur la passerelle.  Leurs belles épaules tendues sous les fichus croisés sur la poitrine ont le mouvement chaloupé des marins en bordée.

M. l’Intendant est formel. Tous les soldats licenciés, quelques-uns faisant métier de bandit, seront privés de la traite et de la chasse et des honneurs de l’Église et des communautés si, quinze jours après l’arrivée des filles du Roi, ils ne se marient pas.

Les plus grasses ont été choisies les premières, au cours de brèves fréquentations dans la maison prêtée à cet effet par Mme de la Pelterie.  C’est mieux qu’elles soient bien en chair pour résister aux rigueurs du climat, disent-ils, et puis, quand on a déjà mangé de la misère par tous les pores de sa peau, durant des années, aux armées du Roi, c’est plus réconfortant d’avoir un bon gros morceau à se mettre sous la dent, pour le temps que Dieu voudra bien nous laisser sur cette terre en friche depuis le commencement du monde.  En réalité, il n’y a que la chasse et la pêche qui soient possibles ici.  L’état de coureur de bois nous conviendrait assez bien, quoique le bon vouloir du Roi soit de nous enchaîner sur une terre en bois debout avec une femme qui n’en finit pas de nous ouvrir le cœur, sous prétexte que c’est là, entre nos côtes, qu’elle est déjà sortie pour prendre son souffle au paradis terrestre.  Allez donc répondre à cette attente, à ce désir d’amour absolu qui les tourmente presque toutes?  Il n’y a que la suite des jours et des nuits qui aura raison de leur belle ardeur.  C’est qu’on s’use et se lasse à la longue, sous le feu de l’été, sous le feu de l’hiver, et c’est la même brûlure intolérable, avec pour tout refuge une cabane de bois de quinze pieds carrés, couverte de paille.  C’est dans l’unique lit de l’habitation qu’on se prend et qu’on se reprend, qu’on accouche et qu’on empile ses petits, qu’on agonise et qu’on meurt.  Cela ressemble parfois à une soue, et les larmes se mêlent au sperme et à la sueur, tandis que passent les générations et que la vie se reforme à mesure comme l’air que l’on respire.

[ … ]

Un jour, notre mère Ève s’est embarquée sur un grand voilier, traversant l’océan, durant de longs mois, pour venir vers nous qui n’existions pas encore, pour nous sortir du néant et de l’odeur de la terre en friche.  Tour à tour blonde, brune ou rousse, riant et pleurant à la fois, c’est elle, notre mère, enfantant à cœur de vie, mélangée avec les saisons, avec la terre et le fumier, avec la neige et le gel, la peur et le courage, ses mains rêches nous passent sur la face, nous râpent les joues, et nous sommes ses enfants.

Anne Hébert. Le premier Jardin. Seuil. 1988.


Cours 3

Période d’écriture en lien avec la lecture « le premier jardin»


Écrivez un texte d’environ 150-250 mots.  Choisissez :

  1. Représentez-vous les filles du Roi sur le navire. Imaginez que vous êtes l’une d’elles.  Décrivez le décor et l’aspect physique de votre personnage en respectant le contexte évoqué dans l’extrait.  Quelles sont vos impressions lorsque vous voyez ce pays pour la première fois ?  Que ressentez-vous ?
  2. Représentez-vous les soldats sur le rivage. Imaginez que vous êtes l’un d’eux.  Décrivez le décor et l’aspect physique de votre personnage en respectant le contexte évoqué dans l’extrait.  Quelles sont vos impressions lorsque vous voyez le bateau arriver ?  Que ressentez-vous ?

Source : «En toutes lettres 5e» Graficor

L’arroseur arrosé (extrait)


Mon fils de secondaire 5 a terminé son programme de français l’an dernier.  Comme je ne veux pas qu’il abandonne ses bonnes habitudes 😉  Je continue à lui proposer du travail.

Voici l’extrait qu’il travaille ce matin :

Maître Pathelin, avocat sans cause, achète à crédit de l’étoffe chez le drapier Guillaume.  Lorsque celui-­‐ci vient se faire payer, l’avocat se fait passer pour mourant et possédé par le diable,  si bien que Guillaume s’en va sans être payé.  À
quelques temps de là, le berger Thibault l’Agnelet demande à Pathelin de le  défendre dans un procès où il est accusé d’avoir mangé les brebis de son maître.  Mais, au tribunal, le maître, qui n’est autre que le drapier, découvre que Pathelin est plus vivant que jamais.  Dans un quiproquo irrésistible, aux questions posées par le juge concernant l’affaire des brebis, il répond en évoquant son étoffe impayée. Quant à Thibault, pour toute réponse au juge, il bêle, comme lui avait recommandé son avocat. Ce dernier gagne le procès, mais dès qu’il réclame ses honoraires, le berger continue de bêler en guise de paiement.

Extrait : Scène 10, devant le tribunal :

L’arroseur arrosé

PATHELIN. – Dis donc, Agnelet?

AGNELET. – Bée.

PATHELIN. – Viens ici, viens.  Est-ce que j’ai bien réglé ton affaire ?

AGNELET. – Bée.

PATHELIN. – Ta partie s’en est allée tu n’as plus besoin de dire «bée».  Est-­ce que je te l’ai bien entortillée ?  Et mes conseils, ils étaient bons ?

AGNELET. – Bée.

PATHELIN. – Sapristi ! Personne ne t’entendra. Parle sans crainte. N’aie pas peur.

AGNELET. – Bée.

PATHELIN. – Il est l’heure que je m’en aille. Paie-moi.

AGNELET. – Bée.

PATHELIN. ‐ À vrai dire, tu as très bien tenu ton rôle, tu t’es bien comporté. Ce qui l’a fait tomber dans le panneau, c’est que tu t’es retenu de rire.

ect…

Farce de maître Pathelin, vers 1464

 

Je n’ai pas le temps de tout mettre l’extrait…  mais je vous propose de le lire sur ce document :  CLIQUER ICI

 

Je ne lui demande que deux choses :

  1. Explique le comique de situation et le comique de mot mis en oeuvre dans cette farce.
  2. Explique le sens du titre : L’arroseur arrosé

Français – secondaire 5


Voici l’extrait qui accompagne mon fils-1 ce matin :

Balzac…

On aime… ou non…  mais certaines descriptions sont magnifiques :

Claude Monet, Étang aux nymphéas

Je descendis, l’âme émue, au fond de cette corbeille, et vis bientôt un village que la poésie qui surabondait en moi me fit trouver sans pareil.   Figurez-vous trois moulins posés parmi des îles gracieusement découpées, couronnées de quelques bouquets d’arbres au milieu d’une prairie d’eau ; quel autre nom donner à ces végétations aquatiques, si vivaces, si bien colorées, qui tapissent la rivière, surgissent au-dessus, ondulent avec elle, se laissent aller à ses caprices et se plient aux tempêtes de la rivière fouettée par la roue des moulins !  Cà et là, s’élèvent des masses de gravier sur lesquelles l’eau se brise en y formant des franges où reluit le soleil.  Les amaryllis, le nénuphar, le lys d’eau, les joncs, les flox décorent les rives de leurs magnifiques tapisseries.  Un pont tremblant composé de poutrelles pourries, dont les piles sont couvertes de fleurs, dont les garde-fous plantés d’herbes vivaces et de mousses veloutées se penchent sur la rivière et ne tombent point ; des barques usées, des filets de pécheurs, le chant monotone d’un berger, les canards qui voguaient entre les îles ou s’épluchaient sur le jard, nom du gros sable que charrie la Loire : des garçons meuniers, le bonnet sur l’oreille, occupés à charger leurs mulets ; chacun de ces détails rendait cette scène d’une naïveté surprenante.  Imaginez au delà du pont deux ou trois fermes, un colombier, des tourterelles, une trentaine de masures séparées par des jardins, par des haies de chèvrefeuilles, de jasmins et de clématites ; puis du fumier fleuri devant toutes les portes, des poules et des coqs par les chemins ? voilà le village du Pont-de-Ruan, joli village surmonté d’une vieille église pleine de caractère, une église du temps des croisades, et comme les peintres en cherchent pour leurs tableaux.  Encadrez le tout de noyers antiques, de jeunes peupliers aux feuilles d’or pâle, mettez de gracieuses fabriques au milieu des longues prairies où l’oeil se perd sous un ciel chaud et vaporeux, vous aurez une idée d’un des mille points de vue de ce beau pays.  Je suivis le chemin de Saché sur la gauche de la rivière, en observant les détails des collines qui meublent la rive opposée.  Puis enfin j’atteignis un parc orné d’arbres centenaires qui m’indiqua le château de Frapesle.  J’arrivai précisément à l’heure où la cloche annonçait le déjeuner.

Le lys dans la vallée, Honoré de Balzac

J’adore…

Nous revisitons le réalisme en littérature et l’insertion d’une description dans un texte.

La folie des hommes ( extrait de La Bruyère )


Voici le texte qui accompagnera mon plus vieux cette semaine…  je l’ai choisi pour travailler la folie des hommes…

Petits hommes, hauts de six pieds, tout au plus de sept, qui vous enfermez aux foires comme géants ; et comme des pièces rares dont il faut acheter la vue, dès que vous allez jusques à huit pieds ; qui vous donnez sans pudeur de la hautesse et de l’éminence, qui est tout ce que l’on pourrait accorder à ces montagnes voisines du ciel, et qui voient les nuages se former au-dessous d’elles ; espèce d’animaux glorieux et superbes, qui méprisez toute autre espèce, qui ne faites pas même comparaison avec l’éléphant et la baleine ; approchez, hommes, répondez un peu à Démocrite.

Ne dites-vous pas en commun proverbe : des loups ravissants, des lions furieux, malicieux comme un singe ? Et vous autres ; qui êtes-vous ? J’entends corner sans cesse à mes oreilles : L’homme est un animal raisonnable ; qui vous a passé cette définition ? Sont-ce les loups, les singes et les lions, ou si vous vous l’êtes accordée à vous-mêmes ? C’est déjà une chose plaisante que vous donniez aux animaux, vos confrères, ce qu’il y a de pire, pour prendre pour vous ce qu’il y a de meilleur, laissez-les un peu se définir eux-mêmes, et vous verrez comme ils s’oublieront, et comme vous serez traités.

Je ne parle point, ô hommes, de vos légèretés, de vos folies et de vos caprices qui vous mettent au-dessous de la taupe et de la tortue, qui vont sagement leur petit train, et qui suivent, sans varier, l’instinct de la nature ; mais écoutez-moi un moment. Vous dites d’un tiercelet de faucon qui est fort léger, et qui fait une belle descente sur la perdrix : «Voilà un bon oiseau» ; et d’un lévrier qui prend un lièvre corps à corps : «C’est un bon lévrier». Je consens aussi que vous disiez d’un homme qui court le sanglier, qui le met aux abois, qui l’atteint et qui le perce : «Voilà un brave homme.»

Mais si vous voyez deux chiens qui s’aboient, qui s’affrontent, qui se mordent et se déchirent, vous dites «Voilà de sots animaux», et vous prenez un bâton pour les séparer. Que si l’on vous disait que tous les chats d’un grand pays se sont assemblés par milliers dans une plaine, et qu’après avoir miaulé tout leur soûl, ils se sont jetés avec fureur les uns sur les autres, et ont joué ensemble de la dent et de la griffe ; que de cette mêlée il est demeuré de part et d’autre neuf à dix mille chats sur la place, qui ont infecté l’air à dix lieues de là par leur puanteur, ne diriez-vous pas : « Voilà le plus abominable sabbat dont on ait jamais ouï parler ?» Et si les loups en faisaient de même : « Quels hurlements, quelle boucherie ! » Et si les uns ou les autres vous disaient qu’ils aiment la gloire, concluriez-vous de ce discours qu’ils la mettent à se trouver à ce beau rendez-vous à détruire ainsi, et à anéantir leur propre espèce ; ou près l’avoir conclu ne ririez-vous pas de tout votre coeur de l’ingénuité de ces pauvres bêtes ?

Vous avez déjà, en animaux raisonnables, et pour vous distinguer de ceux qui ne se servent que de leurs dents et de leurs ongles ; imaginé les lances ; les piques, les dards, les sabres et les cimeterres, et à mon gré fort judicieusement ; car avec vos seules mains que pouviez-vous vous faire les uns aux autres, que vous arracher les cheveux, vous égratigner au visage, ou tout au plus vous arracher les yeux de la tête ? au lieu que vous voilà munis d’instruments commodes, qui vous servent à vous faire réciproquement de larges plaies, d’où peut couler votre sang jusqu’à la dernière goutte, sans que vous puissiez craindre d’en échapper. Mais, comme vous devenez d’année à autre plus raisonnables, vous avez bien enchéri  sur cette vieille manière de vous exterminer : vous  avez de petits globes qui vous tuent tout d’un coup, s’ils peuvent seulement vous atteindre à la tête ou à la poitrine ; vous en avez d’autres plus pesants et plus massifs, qui vous coupent en deux parts ou qui vous éventrent, sans compter ceux qui, tombant sur vos toits, enfoncent les planchers, vont du grenier à la cave, en enlevant les voûtes, et font sauter en l’air, avec vos femmes, l’enfant et la nourrice ; et c’est là encore où gît la gloire ; elle aime le remue-ménage, et elle est personne d’un grand fracas.[ … ]

LA BRUYERE (1645-1696)

Extrait de « Des Jugements » (Les Caractères XII – 1688)

Étude du texte :

  • Montre que l’idée principale de ce texte est la suivante : les hommes sont les plus prétentieux et les plus fous des animaux.
  • Montre que la suite des idées secondaires forme un véritable raisonnement.
  • Étudie l’expression de la raillerie dans les quatre premières paragraphes.
  • Étudie l’expression de l’ironie dans les deux derniers paragraphes.

Exercice d’imitation :

Rédige un texte qui se moquera ( au choix ) :

  • la folie des hommes qui font servir toutes leurs inventions à la guerre.
  • La folie des hommes qui font servir le langage à se disputer, s’injurier, se haïr au lieu de le faire servir à se comprendre
  • La folie des hommes qui sacrifient leur vie à l’avenir, au lieu de s’assurer le présent.
  • ou…  la folie des hommes qui…  au choix!

Voici ma fiche de travail :

La folie des hommes

Un sauvetage miraculeux ( texte )


Voici l’extrait que je propose de travailler demain avec mon plus vieux ( secondaire 5- 1re ).   Il a lu le texte en entier, mais j’ai choisi cet extrait pour travailler un peu plus.

 

Quand la barque, conduite par la miraculeuse adresse du pilote, arriva presque en vue d’Ostende, à cinquante pas du rivage, elle en fut repoussée par une convulsion de la tempête, et chavira soudain.

L’étranger au lumineux visage dit alors à ce petit monde de douleur :

– Ceux qui ont la foi seront sauvés ; qu’ils me suivent !

Cet homme se leva, marcha d’un pas ferme sur les flots. Aussitôt la jeune mère prit son enfant dans ses bras et marcha près de lui sur la mer.

Le soldat se dressa soudain en disant dans son langage de naïveté :

– Ah ! nom d’une pipe ! je te suivrais au diable.

Puis, sans paraître étonné, il marcha sur la mer.

La vieille pécheresse, croyant à la toute-puissance de Dieu, suivit l’homme et marcha sur la mer.

Les deux paysans se dirent :

– Puisqu’ils marchent sur l’eau, pourquoi ne ferions-nous pas comme eux ? Ils se levèrent et coururent après eux en marchant sur la mer.

Thomas voulut les imiter ; mais sa foi chancelant, il tomba plusieurs fois dans la mer, se releva ; puis, après trois épreuves, il marcha sur la mer.

L’audacieux pilote s’était attaché comme un rémora sur le plancher de sa barque.

L’avare avait eu la foi et s’était levé ; mais il voulut emporter son or, et son or l’emporta au fond de la mer.

Se moquant du charlatan et des imbéciles qui l’écoutaient, au moment où il vit l’inconnu proposant aux passagers de marcher sur la mer, le savant se prit à rire et fut englouti par l’océan.

La jeune fille fut entraînée dans l’abîme par son amant. L’évêque et la vieille dame allèrent au fond, lourds de crimes, peut-être, mais plus lourds encore d’incrédulité, de confiance en de fausses images, lourds de dévotion, légers d’aumônes et de vraie religion.

La troupe fidèle qui foulait d’un pied ferme et sec la plaine des eaux courroucées entendait autour d’elle les horribles sifflements de la tempête. D’énormes lames venaient se briser sur son chemin. Une force invincible coupait l’océan.

À travers le brouillard, ces fidèles apercevaient dans le lointain, sur le rivage, une petite lumière faible qui tremblotait par la fenêtre d’une cabane de pêcheurs. Chacun, en marchant courageusement vers cette lueur, croyait entendre son voisin criant à travers les mugissements de la mer :

– Courage ! Et cependant, attentif à son danger, personne ne disait mot. Ils atteignirent ainsi le bord de la mer. Quand ils furent tous assis au foyer du pêcheur, ils cherchèrent en vain leur guide lumineux.

Honoré de Balzac, Jésus-Christ en Flandre

Si vous avez envie de lire le texte en entier…

Vous pouvez télécharger le texte: Jésus-Christ en Flandre : cliquer ici

Étude du texte :

Étudiez comment les circonstance de l’histoire de cette narration donnent toutes une impression de mystère :

  • le lieu
  • les personnages
  • l’action
  • le dénouement

Exercice d’imitation :

Raconte dans un style aussi simple que possible :  ( au choix )

  • La parabole de l’enfant prodigue
  • L’apaisement de la tempête par Jésus, dans la barque où il s’était endormi au milieu de ses disciples épouvantés par la fureur de la mer
  • La pêche miraculeuse
  • L’arrivée de Jésus marchant sur les flots, la nuit, dans la barque d’où ses disciples le prennent d’abord pour un fantôme.

***  Je sais…   Je suis probablement la seule à présenter ce genre de textes à mon fils de secondaire 5! ha!  J’ignore si cela pourra être utile à quelqu’un…  mais je persiste à dire que ce genre de textes est différent certes, mais il apporte une vision tellement différente de la littérature!!!

J’adore!  oui… J’adore vraiment!

L’hiver chez les esquimaux ( texte )


Voici l’extrait de texte que j’ai proposé à mon fils-1 ce matin :

Nous arrivâmes à une contrée où le soleil ne se couchait plus. Pâle et élargi, cet astre tournait tristement autour d’un ciel glacé ; de rares animaux erraient sur des montagnes inconnues. D’un côté s’étendaient des champs de glace contre lesquels se brisait une mer décolorée ; de l’autre s’élevait une terre hâve et nue qui n’offrait qu’une morne succession de baies solitaires et de caps décharnés. Nous cherchions quelquefois un asile dans des trous de rocher, d’où les aigles marins s’envolaient avec de grands cris. J’écoutais alors le bruit des vents répétés par les échos de la caverne et le gémissement des glaces qui se fondaient sur la rive.

Et cependant, mon jeune ami, il est quelquefois un charme à ces régions désolées. Rien ne te peut donner une idée du moment où le soleil, touchant la terre, semblait rester immobile, et remontait ensuite dans le ciel, au lieu de descendre sous l’horizon. Les monts revêtus de neige, les vallées tapissées de la mousse blanche que broutent les rennes, les mers couvertes de baleines et semées de glaces flottantes, toute cette scène, éclairée comme à la fois par les feux du couchant et par la lumière de l’aurore, brillait des plus tendres et des plus riches couleurs : on ne savait si on assistait à la création ou à la fin du monde. Un petit oiseau, semblable à celui qui chante la nuit dans tes bois, faisait entendre un ramage plaintif. L’amour amenait alors le sauvage Esquimau sur le rocher où l’attendait sa compagne : ces noces de l’homme aux dernières bornes de la terre n’étaient ni sans pompe ni sans félicité.

Mais bientôt à une clarté perpétuelle succéda une nuit sans fin. Un soir le soleil se coucha, et ne se leva plus. Une aurore stérile, qui n’enfanta point l’astre du jour, parut dans le septentrion. Nous marchions à la lueur du météore dont les flammes mouvantes et livides s’attachaient à la voûte du ciel comme à une surface onctueuse.

Les neiges descendirent ; les daims, les caribous, les oiseaux mêmes disparurent : on voyait tous ces animaux passer et retourner vers le midi : rien n’était triste comme cette migration qui laissait l’homme seul. Quelques coups de foudre qui se prolongeaient dans des solitudes où aucun être animé ne les pouvait entendre semblèrent séparer les deux scènes de la vie et de la mort.

La mer fixa ses flots; tout mouvement cessa, et, au bruit des glaces brisées, succéda un silence universal.

Chateaubriand

Étude du texte :

Étudier l’expression de la lumière, le son, la tristesse et le mouvement.

Situation d’écriture :

Sujets d’invention :  En s’inspirant du texte, faire le tableau :

  • D’un jour d’hiver brumeux.
  • D’un paysage de neige à la campagne.
  • De la ville sous la neige.
  • D’une journée de solitude, en hiver, à la maison.
  • D’une nuit froide en hiver.
  • D’un matin de Noël.

*** Venez me dire, après la lecture d’un texte comme celui-ci, que la littérature n’est pas belle…  les descriptions sont magnifiques!

Français… secondaire 5


Mon fils travaille très rapidement…  Ouf…  Je n’ai presque pas le temps de tout lire!!!! ha!  Heureusement que j’ai déjà lu ce que je lui propose!!!

Nous entrons dans une nouvelle période, le XVIIe siècle avec le triomphe de la raison.

Notre premier arrêt fut  pour quelques poésies…

  • La solitude de Théophile de Viau : cliquer ici
  • Le corbeau devant moi croasse ( le monde à l’envers )  de Théophile de Viau : cliquer ici
  • Consolation à Monsieur du Périer de Malherbe : cliquer ici

Et maintenant…

Notre prochain arrêt est la pièce de théâtre : Le Cid de Corneille.

Résumé :

Rodrigue (le « Cid » = « Seigneur ») est le fils de don Diègue et l’amant de Chimène, elle-même fille du comte de Gormas, lequel a giflé don Diègue suite à une querelle qui les opposait sur la fonction de gouverneur du prince. Du fait de son grand âge, don Diègue ne peut se venger et demande à son fils de retrouver un honneur perdu…

Pour télécharger le texte :

Vous pouvez lire le texte intégral : cliquer ici

Pour mieux travailler le texte…

  • Bordas propose un dossier pédagogique : cliquer ici
  • Pour ceux qui ont la chance de posséder un accès…  Gallimard propose aussi un dossier pour la 4e : cliquer ici

Pour nous…  un sujet de dissertation ( au choix ):

  • Pourquoi, selon toi, la pièce « le Cid de Corneille »  a toujours autant de succès à notre époque?
  • Le Cid est-t-il un drame romantique?
  • Le Cid de Corneille : quelle dimension prend le mot honneur dans cette pièce ? À votre avis est-ce la même chose aujourd’hui ? Pourquoi peut on dire que Chimène et Rodrigue sont des héros ? ( sujet pris  ici )
  • Pourquoi le Cid est une tragicomédie? ( sujet pris ici )
  • Démontrez en quoi Don Rodrigue est un personnage tragique. ( sujet pris ici )
  •  Le Cid de corneille est elle une pièce violente ?

Pour la suite?

Don Quichotte de Cervantès!

***  N’est-ce pas un parcours extraordinaire pour terminer son parcours de classe-maison en français cette année!

Un magnifique parcours dans la littérature française…  nous prendrons le temps de découvrir quelques oeuvres du Québec très bientôt!

Français… secondaire 5


Et oui…  je prépare déjà la suite…

Après Gargantua, nous explorons quelques extraits d’un essai de Montaigne.  Nous terminerons ainsi le parcours des textes pour le XVIe siècle.

Michel Eyquem de Montaigne

Voici l’extrait analysé :

Pour tout ceci , je ne veux pas qu’on emprisonne ce garçon, je ne veux pas qu’on l’abandonne à la
colère et humeur mélancolique d’un furieux maître d’école ; je ne veux pas corrompre son esprit à le
tenir à la gêne et au travail, à la mode des autres, quatorze ou quinze heures par jour, comme un
portefaix; ni ne trouverais bon, quand, par quelque complexion solitaire et mélancolique, on le verrait adonné d’une application trop indiscrète à l’étude des livres, qu’on la lui nourrît ; cela les rend ineptes à la conversation civile, et les détourne de meilleures occupations. Et combien ai-je vu do mon temps d’hommes abêtis par téméraire avidité de science ? Carnéade s’en trouva si affolé, qu’il n’eut plus le loisir de se faire le poil et les ongles. Ni ne veux gâter ses mœurs généreuses par l’incivilité et barbarie d’autrui. La sagesse française a été anciennement en proverbe, pour une sagesse qui prenait de bonne heure et n’avait guères de tenue. A la vérité, nous voyons encore qu’il n’est rien si gentil que les petits enfants en France ; mais ordinairement ils trompent l’espérance qu’on a conçue ; et, hommes faits, on n’y voit aucune excellence. J’ai ouï tenir à gens d’entendement que ces collèges où on les envoie, de quoi ils ont foison, les abrutissent ainsi.

Au nôtre, un cabinet, un jardin, la table et le lit, la solitude, la compagnie, le matin et le vêpre, toutes
heures lui seront une, toutes places lui seront étude ; car la philosophie, qui, comme formatrice des
jugements et des mœurs, sera sa principale leçon, a ce privilége de se mêler partout. Isocrate l’orateur, étant prié en un festin de parler de son art, chacun trouve qu’il eut raison de répondre : « Il n’est pas maintenant temps de ce que je sais faire ; et ce de quoi il est maintenant temps, je ne le sais pas faire; » car de présenter des harangues ou des disputes de rhétorique à une compagnie assemblée pour rire et faire bonne chère, ce serait un mélange de trop mauvais accord ; et autant en pourrait-on dire de toutes les autres sciences. Mais, quant à la philosophie, en la partie où elle traite de l’homme et de ses devoirs et offices, c’a été le jugement commun de tous les sages, que, pour la douceur de sa conversation, elle ne devait être refusée ni aux festins ni aux jeux ; et Platon , l’ayant invitée à son convive, nous voyons comme elle entretient l’assistance, d’une façon molle et accommodée au temps et au lieu, quoique ce soit de ses plus hauts discours et plus salutaires. (…)

(…)

Ce n’est pas une âme, ce n’est pas un corps qu’on dresse, c’est un homme ; Il n’en faut pas faire à deux. Et, comme dit Platon, il ne faut pas les dresser l’un sans l’autre, mais les conduire également, comme une couple de chevaux attelés à même timon. Et à l’ouïr, semble-t-il pas prêter plus de temps et plus de sollicitude aux exercices du corps, et estimer que, l’esprit s’en exerce quant à quant, et non au rebours.

Au demeurant cette institution se doit conduire par une sévère douceur, non comme il se fait. Au lieu de convier les enfants aux lettres, on ne leur présente, à la vérité, que horreur et cruauté. Otez-moi la violence et la force ; il n’est rien à mon avis qui abâtardisse et étourdisse si fort une nature bien née. Si vous avez envie qu’il craigne la honte et le châtiment ne l’y endurcissez pas. Endurcissez-le à la sueur et au froid, au vent, au soleil et aux hasards qu’il lui faut mépriser ; ôtez-lui toute mollesse et délicatesse au vêtir et coucher, au manger et au boire ; accoutumez-le à tout. Que ce ne soit pas un beau garçon et dameret, mais un garçon vert et vigoureux. Enfant, homme, vieil, j’ai toujours cru et jugé de même. Mais, entre autres choses, cette police de la plupart de nos collèges m’a toujours déplu.
On eût failli à l’aventure moins dommageablement, s’inclinant vers l’indulgence. C’est une vraie geôle de jeunesse captive. On la rend débauchée, l’en punissant avant qu’elle le soit. Arrivez-y sur le point de leur office : vous n’oyez que cris et d’enfants suppliciés, et de maîtres enivrés en leur colère. Quelle manière pour éveiller l’appétit envers leur leçon, à ces tendres âmes et craintives, de les y guider d’une trogne effroyable, les mains armées de fouets ? Inique et pernicieuse forme. Joint ce que Quintilien en a très bien remarqués, que cette impérieuse autorité tire des suites périlleuses, et nommément à notre façon de châtiment.
Combien leurs classes seraient plus décemment jonchées de fileurs et de feuilles que de tronçons d’osier sanglants. J’y ferais pour traire la joie, l’allégresse, et Flora et les Grâces, comme fit en son école le philosophe Speusippes, Où est leur profit, que ce fût aussi leur ébat. On doit ensucrer les viandes salubres à l’enfant, et enfieller celles qui lui sont nuisibles.

Michel Eyquem de Montaigne, Essais

Je lui propose de répondre uniquement à la question suivante :

  • À quoi s’oppose Montaigne concernant l’éducation des enfants et que prône-t-il justement comme éducation?

Français… secondaire 5


Nous poursuivons notre périple dans la littérature française…  Après le roman de Renart, nous avons lu quelques poèmes de Pierre de Ronsard ( 1524-1585 ).

Ce matin, il découvre François Rabelais…  grand médecin du royaume, moine, professeur d’anatomie, voyageur et écrivain,…  on le reconnait comme un des premiers à avoir écrit un « roman moderne ».  On connait surtout plusieurs des expressions que nous utilisons encore aujourd’hui :

  • Ignorance est mère de tous les maux
  • Revenons à nos moutons
  • L’habit ne fait pas le moine
  • L’appétit vient en mangeant, la soif s’en va en buvant

Mon fils découvre un texte que tout le monde connait j’imagine :  Gargantua

Si vous voulez télécharger le texte :

  • Il est possible de lire le texte en entier sur le net : cliquer ici

Pour exploiter le roman :

  • Roman humaniste : séquence en première : cliquer ici
  • Livre de poche jeunesse propose une séquence pour la 5e : cliquer ici
  • Étude d’oeuvre intégrale proposée par Kristina Olivier : cliquer ici

Sujet de dissertation :

  • Dans quelle mesure peut-on considérer le roman Gargantua comme une oeuvre humaniste?

***  par la suite, on poursuivra notre route avec  Montaigne