La femme au parapluie (texte)


Un petit texte pour s’amuser…

 

-Tiens, drôle d’endroit pour perdre son parapluie. Il se pencha, ramassa le parapluie.

Le téléphone sonna.
-Allô.
-Bonsoir, monsieur. Vous avez trouvé mon parapluie?
-Pardon?
-Je vous demande si vous avez trouvé mon parapluie. Un parapluie noir avec…
-Oui, en effet, j’ai trouvé un parapluie, ce matin. Mais comment savez-vous, madame, que c’est moi qui l’ai trouvé?
-Mais mon cher monsieur, je l’ai perdu précisément pour que vous le trouviez! Et maintenant, je voudrais le ravoir. Vous voulez bien venir me le porter? Je vous attendrai ce soir au milieu du pont de bois, à l’est de la ville, à onze heures. Bonsoir, monsieur.

-Vous êtes en retard, je vous attends depuis dix minutes.
-Je m’excuse, j’ai été retardé… Voici votre parapluie, madame.
-Merci, monsieur.
Elle le regardait droit dans les yeux.
-Et maintenant, sautez. Votre heure est venue.
Il enjamba le garde-fou et se jeta dans la rivière.

Et elle repartit, laissant son parapluie au milieu du pont de bois, à l’est de la ville…

Michel Tremblay, «Contes pour buveurs attardés»

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Le chant des partisans (texte)


Voici un de nos textes à l’étude cette semaine.

Maurice Druon et son oncle Joseph Kessel sont deux écrivains qui s’engagèrent dans la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale.  Tous deux furent correspondants de guerre pendant l’Occupation et c’est ensemble qu’ils composèrent, en 1943 à Londres, « Le chant des partisans », qui devait devenir l’hymne de la Résistance.

Le chant des partisans

Ami, entends-tu le vol noir du corbeau sur nos plaines?
Ami, entends-tu les cris sourds du pays qu’on enchaîne?
Ohé! Partisans, ouvriers et paysans, c’est l’alarme.
Ce soir, l’ennemi connaîtra le prix du sang et des larmes.

Montez de la mine, descendez des collines, camarades!
Sortez de la paille les fusils, la mitraille, les grenades.
Ohé! Les tueurs à la balle et au couteau, tirez vite!
Ohé! Saboteur, attention à ton fardeau : dynamite!

C’est nous qui brisons les barreaux des prisons pour nos frères!
La haine à nos trousses et la faim qui nous pousse, la misère!
Il est des pays où les gens aux creux des lits font des rêves!
Ici, nous vois-tu, nous on marche et nous on tue, nous on crève.

Ici chacun sait, ce qu’il veut, ce qu’il fait, quand il passe.
Ami, si tu tombes, un ami sort de l’ombre à ta place.
Demain du sang noir sèchera au grand soleil sur les routes.
Chantez, compagnons, dans la nuit la liberté vous écoute.

Ami, entends-tu ces cris sourds du pays qu’on enchaîne?
Ami, entends-tu le vol noir des corbeaux sur nos plaines?
Oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh oh…

Paroles de Maurice Druon et Joseph Kessel (1943)

 

 

 

 

Le danseur de corde et le balancier (fable)


C’est incroyable de découvrir que certains textes, pourtant écrits au XVIIIe siècle,  sont encore actuels et tout à fait à sa place dans la vie de nos jeunes.

Cette fable, à l’étude ce matin, convient parfaitement au jeune qui doit la lire chez nous! hi hi

Le danseur de corde et le balancier

Sur la corde tendue un jeune voltigeur
Apprenait à danser ; et déjà son adresse,
Ses tours de force, de souplesse,
Faisaient venir maint spectateur.
Sur son étroit chemin on le voit qui s’avance,
Le balancier en main, l’air libre, le corps droit,
Hardi, léger autant qu’adroit ;
Il s’élève, descend, va, vient, plus haut s’élance,
Retombe, remonte en cadence,
Et, semblable à certains oiseaux
Qui rasent en volant la surface des eaux,
Son pied touche, sans qu’on le voie,
À la corde qui plie et dans l’air le renvoie.
Notre jeune danseur, tout fier de son talent,
Dit un jour : à quoi bon ce balancier pesant
Qui me fatigue et m’embarrasse ?
Si je dansais sans lui, j’aurais bien plus de grâce,
De force et de légèreté.
Aussitôt fait que dit. Le balancier jeté,
Notre étourdi chancelle, étend les bras, et tombe.
Il se cassa le nez, et tout le monde en rit.
Jeunes gens, jeunes gens, ne vous a-t-on pas dit
Que sans règle et sans frein tôt ou tard on succombe ?
La vertu, la raison, les lois, l’autorité,
Dans vos désirs fougueux vous causent quelque peine ;
C’est le balancier qui vous gêne,
Mais qui fait votre sûreté.

Jean-Pierre Claris de Florian.

 

Le silence de la mer (texte + travail)


Voici notre texte du jour en secondaire 3 (3e)


En 1941, au début de l’Occupation, un officier allemand épris de culture française est logé de force dans une famille comprenant un vieil homme et sa nièce, qui ne peuvent exprimer leur opposition et leur patriotisme que par un mutisme profond, une lutte silencieuse.

Un soir, – j’étais monté dans ma chambre pour y chercher du tabac, – j’entendis s’élever le chant de l’harmonium.  On jouait ces “VIIIe Prélude et Fugue » que travaillait ma nièce avant la débâcle.  Le cahier était resté ouvert à cette page mais, jusqu’à ce soir-là, ma nièce ne s’était pas résolue à de nouveaux exercices.  Qu’elle les eût repris souleva en moi du plaisir et de l’étonnement: quelle nécessité intérieure pouvait bien l’avoir soudain décidée?
Ce n’était pas elle. Elle n’avait pas quitté son fauteuil ni son ouvrage.  Son regard vint à la rencontre du mien, m’envoya un message que je ne déchiffrai pas.  Je considérai le long buste devant l’instrument, la nuque penchée, les mains longues, fines, nerveuses, dont les doigts se déplaçaient sur les touches comme des individus autonomes.
Il joua seulement le Prélude. Il se leva, rejoignit le feu.
– “Rien n’est plus grand que cela”, dit-il de sa voix sourde qui ne s’éleva pas beaucoup plus haut qu’un murmure.  “Grand?…ce n’est pas même le mot.  Hors de l’homme, – hors de sa chair.  Cela nous fait comprendre, non :  deviner…  non : pressentir ce qu’est la nature… la nature divine et inconnaissable… la nature… désinvestie… de l’âme humaine.  Oui : c’est une musique inhumaine.”
Il parut, dans un silence songeur, explorer sa propre pensée. Il se mordillait lentement une lèvre.
– Bach… Il ne pouvait être qu’Allemand.  Notre terre a ce caractère : ce caractère inhumain.  Je veux dire: pas à la mesure de l’homme.
Un silence, puis :
– Cette musique-là, je l’aime, je l’admire, elle me comble, elle est en moi comme la présence de Dieu mais… Mais ce n’est pas la mienne.
“Je veux faire, moi, une musique à la mesure de l’homme : cela aussi est un chemin pour atteindre la vérité.  C’est mon chemin.  Je n’en voudrais, je n’en pourrais suivre un autre.  Cela, maintenant, je le sais.  Je le sais tout à fait.  Depuis quand?  Depuis que je vis ici.
Il nous tourna le dos.  Il appuya ses mains au linteau, s’y retint par les doigts et offrit son visage à la flamme entre ses avant-bras, comme à travers les barreaux d’une grille.  Sa voix se fit plus sourde et plus bourdonnante :
– Maintenant j’ai besoin de la France.  Mais je demande beaucoup : je demande qu’elle m’accueille.  Ce n’est rien, être chez elle comme un étranger, – un voyageur ou un conquérant.  Elle ne donne rien alors, – car on ne peut rien lui prendre.  Sa richesse, sa haute richesse, on ne peut la conquérir.  Il faut la boire à son sein, il faut qu’elle vous offre son sein dans un mouvement et un sentiment maternels…  Je sais bien que cela dépend de nous…  Mais cela dépend d’elle aussi.  Il faut qu’elle accepte de comprendre notre soif, et qu’elle accepte de l’étancher… qu’elle accepte de s’unir à nous.
Il se redressa, sans cesser de nous tourner le dos, les doigts toujours accrochés à la pierre.
– Moi, dit-il un peu plus haut, il faudra que je vive ici, longtemps.  Dans une maison pareille à celle-ci.  Comme le fis d’un village pareil à ce village… Il faudra…
Il se tut.  Il se tourna vers nous.  Sa bouche souriait, mais non ses yeux qui regardaient ma nièce.
– Les obstacles seront surmontés, dit-il.  La sincérité toujours surmonte les obstacles.
“Je vous souhaite une bonne nuit.”
Extrait de : Vercors «Le silence de la mer»

Après l’analyse du texte, on revient sur l’écriture d’un résumé.

 Écrire…
Je lui demande de me résumer l’extrait en 100 mots maximums.
À partir de ce niveau, je propose souvent des exercices avec un nombre de mots précis afin de l’habituer à des examens futurs où, par souci d’uniformité de l’évaluation, on comptabilise le nombre de mots, identique pour tous.
Comme le résumé doit se faire en peu de mots, il forcera Raphaël à rechercher le chemin le plus juste dans un nombre limité de
mots.

La littérature aux brevets des capacités (vieux manuel)


Un livre de lecture pour des élèves du secondaire, 6e et plus… même si plusieurs textes pourraient être lus bien avant, le travail de rédaction demandé est assez difficile pour des élèves plus jeunes. Les sujets de composition ne sont pas toujours simples et demandent une bonne maîtrise de l’écrit.

Un exemple? 

Canevas : En vous inspirant d’une histoire de France assez développée, faites un court parallèle entre Charlemagne et Napoléon 1er, étudiant le caractère de chacun : 1- dans la guerre; 2- dans la gloire.

Je l’ai utilisé à l’occasion pour mon fils-2 en secondaire 2 et 3 (4e -3e)

 

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Congrégation de Notre-Dame.  La littérature aux brevets des capacités.

La littérature au brevet des capacités supérieur

Source : BANQ

***Si ce vieux manuel vous intéresse, écrivez-moi en privé.

 

Tempête de neige ( texte )


J’adore ces extraits puisés ici et là sur un sujet donné…  ils sont tellement bien racontés.  

 

Une bise aigre sifflait, collant leurs minces capes sur le corps des comédiens, et leur souffletant le visage de ses doigts rouges.

Aux tourbillons du vent se mêlèrent bientôt des flocons de neige, montant, descendant, se croisant sans pouvoir toucher la terre ou s’accrocher quelque part, tant la rafale était forte. Ils devinrent si pressés, qu’ils formaient comme une obscurité blanche à quelques pas des piétons aveuglés. A travers ce fourmillement argenté, les objets les plus voisins perdaient leur apparence réelle et ne se distinguaient plus.

(…)

La tempête augmentait. Chassée par le vent, la neige courait en blanches fumées rasant le sol, et ne s’arrêtant que lorsqu’elle était retenue par quelque obstacle, revers de tertre, mur de pierrailles, clôture de haie, talus de fossé. Là, elle s’entassait avec une prodigieuse vitesse, débordant en cascade de l’autre côté de la digue temporaire. D’autres lois elle s’engouffrait dans le tournant d’une trombe et remontait au ciel en tourbillons pour en retomber par masses, que l’orage dispersait aussitôt.

(…)

Ahuri par les flagellations de la neige et du vent, le cheval n’avançait plus qu’à grand-peine. Il soufflait, ses flancs battaient, et ses sabots glissaient à chaque pas.

(…)

Cette tempête neigeuse, loin de s’apaiser, faisait de plus en plus rage, et se roulait avec furie dans les amas de flocons blancs qu’elle agitait en mille remous comme l’écume des vagues.

Capitaine Fracasse, Théophile Gauthier.

Que ce soit pour une lecture, pour un travail sur le mouvement dans une description, comment l’auteur fait agir la tempête comme une personne…  ou simplement une dictée.  Ce genre d’extrait est toujours plaisant à découvrir.

Vous ne trouvez pas?

Français 3e pour la semaine 19


Ce n’est pas toujours simple de bien cerner la meilleure place pour lui en français…  il pourrait très bien faire l’évaluation de secondaire 4 à la fin de l’année s’il le voulait, mais il tient à se retrouver en secondaire 4 dans toutes les matières l’an prochain en classe régulière.  Il ne veut pas avoir des cours en secondaire 4 et d’autres en 5.

Pour les prochaines 18 semaines, je vais donc lui proposer des textes de 3e (français) et quelques textes de secondaire 3 (Québec) pour le préparer « à ma façon » à l’évaluation de fin d’année en secondaire 3. Je vais me promener entre des programmes québécois, européens et manuels anciens jusqu’à la fin de l’année!

Cette semaine :

Travail sur le texte :

Manuel québécois « FORUM secondaire 3 » on débute le module 4 : L’article explicatif : une séquence en Pourquoi…?  Parce que…

  • texte 1 : Pourquoi le virus de la grippe réapparait-il en hiver plutôt qu’à une autre saison?
  • texte 2 : Le mystère du chatouillement.
  • texte 3 : Les jeux vidéo fabriquent des myopes

À travers les trois textes, on cerne la phase de questionnement ( Pourquoi? ) et la phase explicative ( parce que…)

***  Inutile de vous dire que ce sera…  hum…  assez ridiculement simple!

J’ajoute donc…

Feux d’artifice de la publicité

Pendant la journée, le soleil les réduit à l’impuissance.  Mais la nuit leur appartient.  Ils se sont partagé le royaume de l’ombre.  Ils s’éveillent, de-ci, de-là, dès le crépuscule.  Avec une obstination, une sérénité parfaitement mécaniques, ils se remettent à leur besogne d’endoctrinement et d’intimidation.

C’est un hourvari de lumière, une émeute, une mêlée.  Le triomphe de la discordance et du désordre.  La discipline est au ras du sol, tout juste bonne pour la multitude rampante.  Dans l’espace ténébreux, seule règne la loi du plus fort.  La brousse, avec toutes ses sauvageries.

Voici les éléphants et les hippopotames, les grands pachydermes de la publicité, qui dominent, sans conteste, par leur masse.  Voici les brutes vigoureuses : lions et tigres. Voici les renards de la fable, les maigres et les fourbes. Les singes enfin, ceux qui ne savent quelle acrobatie inventer pour attirer sur eux l’œil effaré du passant.

Ceux qui, tel un bonneteur ses cartes, étalent tout leur jeu, lettre à lettre, et le raflent d’un revers de main.  Ceux qui jonglent avec des mots, les rattrapent, les relancent et ne se trompent jamais : inhumaine monotonie.  Ceux qui, de deux en deux minutes, donnent les dernière nouvelles politiques, le résultat des courses, l’heure exacte, ou quelque autre renseignement qu’on ne leur demandait point.  Ceux qui cherchent à nous séduire, à nous braver, à nous lasser, à nous irriter, à nous surprendre, à nous vaincre, à nous convaincre de quelque façon que ce soit.  Tous ceux qui jaillissent, retombent, naissent, meurent, tournent, serpentent, bondissent, se roidissent, se brisent, éclatent, germent, bourgeonnent, se décomposent, se recomposent, changent de couleur, de rythme, de démarche, de vitesse, clignent de l’œil, battent de l’aile, frappent du pied, tremblent de la bedaine, respirent, chantent, crient, pètent, avec des grimaces, des tics nerveux, des contradictions, des spasmes, des inventions d’épileptiques, d’hystériques, d’ivrognes ou d’aliénée.

Georges Duhamel, Scènes de la vie future.

Pour télécharger mon petit travail :

Feux d’artifices

Étude de la langue:

À la québécoise jusqu’à la fin de l’année pour en connaitre le fameux jargon!!!

  • La conjugaison : les modes et les temps
  • L’harmonisation des temps verbaux dans le récit au passé
  • Les marqueurs de relation
  • La ponctuation

La petite fille aux allumettes


Voici un magnifique conte rempli de tristesse que mon fils-2 étudiera cette semaine.

Pourquoi ce choix???

Premièrement pour faire remarquer à mon grand qu’il y a des gens plus malheureux que lui dans notre monde, et surtout pour démontrer, qu’un conte n’est pas toujours joyeux et peut se terminer mal.

Voici le résumé :

Une petite fille très pauvre vend des allumettes. En cette veille du jour de l’an, il fait tellement froid qu’elle ose brûler ses allumettes une à une pour se réchauffer. À chaque fois, des visions réconfortantes et rassurantes lui viennent à l’esprit. Elles ne durent que le temps de l’allumette qui brûle. La dernière vision fait apparaître sa grand-mère disparue et elle achève de brûler tout son paquet d’allumettes afin que sa grand-mère ne disparaisse pas. Au petit matin, cette petite fille est retrouvée morte près d’un tas d’allumettes brûlées. A-t-elle rejoint sa grand-mère ?

Pour lire ou écouter le conte :

Pour travailler le texte :

Estula ( fabliau)


Il y avait jadis deux frères qui n’avaient plus ni père ni mère pour les conseiller, ni aucun parent. L’amie qui était le plus souvent avec eux, c’était la pauvreté, hélas, et il n’est pire compagnie que celle-là, pire tourment que sa présence obsédante. On ne cesse pas d’avoir faim quand on a faim.

Les deux frères vivaient ensemble. Un soir, ils furent vraiment comme poussés hors d’eux-mêmes par cette faim en leur ventre, par la soif dans leur gorge, par le froid dans leur corps et dans leur cœur. Ces trois maux-là, on les ressent souvent quand la pauvreté les enchaîne !… Ils résolurent de se défendre contre elle, et ils cherchèrent comment y parvenir.

Tout près de chez eux habite un homme qu’on sait très riche. Eux sont pauvres, le riche est sot. Il a des choux dans son jardin et des brebis dans son étable. C’est de ce côté-là qu’il leur faut aller. Pauvreté fait perdre la tête à plus d’un.

L’un prend un sac, l’autre un couteau. En route ! Le premier, aussitôt dans le jardin, arrache les choux. Le second tracasse si bien la porte de la bergerie qu’il finit par l’ouvrir ; déjà il tâte les moutons pour choisir le plus gras.

Mais dans la maison les gens ne sont pas encore tout à fait couchés. Ils entendent la porte qui grince, et le fermier dit à son fils :

« Dis, fils, va donc voir s’il n’y a rien d’anormal, et appelle le chien. »

Ils avaient nommé leur chien « Estula » : c’est une idée comme une autre ! Heureusement pour les deux apprentis larrons, le chien, ce soir-là, était allé à ses affaires… Le fils ouvre la porte qui donne sur la cour, il regarde, il écoute, puis il crie :

« Estula ! Estula ! »

Une voix lui répond aussitôt, du côté des moutons :

« Oui, oui, je suis là ! »

La nuit est noire comme la suie et le fils a peur. La voix est drôle, il s’imagine que c’est le chien qui vient de répondre. Ah ! il n’attend guère, il tourne le dos, il court, il tremble, il rentre dans la grand-salle, bouleversé :

« Qu’as-tu donc, fils ?

– Estula m’a parlé, Estula…

– Qui ? Notre chien ?

– Oui, notre chien.

– Tu es fou. !

– Si. C’est vrai. Je vous le jure par la foi que je dois à ma mère.

Allez voir si vous ne me croyez pas. Appelez-le, vous l’entendrez !… »

Le fermier y va, il entre dans la cour, il appelle son chien :

« Estula ! Estula ! »

Et naturellement le voleur, qui ne se doute toujours de rien, répond encore une fois :

« Oui, oui, bien sûr ! »

Le fermier n’en croit pas ses oreilles :

« Par tous les saints et par toutes les saintes, j’ai déjà entendu parler de bien des choses étranges, mais comme celle-là alors, jamais ! Va trouver tout de suite le curé et dis-lui ce qu’il y a. Ramène-le, hein ! Fais lui prendre son étole… L’eau bénite aussi, n’oublie pas. »

Le fils court aussitôt à la maison du curé. Il court, il court ; il a peur… Il arrive vite, et là non plus il n’attend guère ; il ne reste pas à la porte, il entre tout de suite :

« On a besoin de vous, Messire. Il faut que vous veniez… Si, il faut… Vous entendrez… Vous entendrez… Je ne peux pas vous dire… Jamais je n’ai entendu parler comme ça. Prenez votre étole. »

Le curé répond :

« Non et non ! Il n’y a pas de lune… Je n’irai pas dehors à cette heure-ci !… Je suis nu-pieds ! Je n’y vais pas !

–       Si, si, il faut venir. C’est votre affaire. Je vais vous porter. »

Le curé a pris l’étole, il monte sur le dos du fils, et les voilà partis. Arrivés près de la ferme, pour aller plus vite, ils coupent tout droit par le petit chemin qu’ont pris les deux affamés. Celui qui s’occupait des choux était encore dans le jardin. Il voit la forme blanche du prêtre, et il croit que son frère lui apporte un mouton ou une brebis. Il demande tout joyeux :

« Alors, tu l’as avec toi ?

– Oui, oui, répond le jeune homme, croyant que c’est son père qui a parlé.

– Vite alors, fait l’autre, flanque-le par terre. Mon couteau est bien aiguisé, je l’ai passé hier à la meule. On l’aura bientôt égorgé. »

Le curé l’entend, il croit qu’il est trahi ; il saute sur ses pieds nus, mais il court vite quand même, il file ! Son surplis s’accroche à un pieu, mais il le laisse ; il ne perd pas son temps à le décrocher… et le coupeur de choux dans le jardin est aussi ébahi que le curé qui détale dans le sentier. Tout de même il va prendre la chose blanche qu’il voit autour du pieu, il s’aperçoit que c’est un surplis. Il n’y comprend plus rien du tout.

À ce moment son frère sort de la bergerie avec un mouton sur le dos. Il va tout de suite le rejoindre, son sac rempli de choux. Ils ont tous les deux les épaules lourdes !… Ils ne restent pas sur place, comme vous pensez, ils s’en retournent chez eux. Lorsqu’ils y sont, celui qui a le surplis montre ce qu’il a trouvé. Tous deux rient et plaisantent de bon cœur. Car la gaieté maintenant leur est rendue, qu’ils ne connaissaient plus depuis des mois.

En peu de temps Dieu travaille ! Tel rit le matin qui pleure le soir, tel est furieux le soir qui sera joyeux le lendemain matin.

Auteur anonyme, « Estula » (première moitié du XIIIe siècle), Traduit de l’ancien français et adapté par P.Gaillard et F. Rachmuhl

Pistes de lecture :

  • De quoi les deux frères se munissent-ils pour aller voler?
  • Pourquoi le bourgeois veut-il aller chercher le curé?  Pourquoi fait-il porter ce dernier?
  • De qui  parle le frère quand il dit : je vais lui couper la gorge ?
  • Pourquoi les deux frères peuvent-ils à nouveau rire?  Le narrateur les condamne-t-il?  Justifiez votre réponse.

Si vous désirez télécharger ce texte : 

Estula

 

En français cette semaine ( semaine 10 )


Une autre semaine débute pour nous demain…  une 10e semaine !

Le temps file rapidement…

Travail sur le texte

FILS 2 :

Prenant pour acquis que mon fils prendra la route de l’école régulière l’an prochain et qu’il ne veut pas avoir des cours sur plusieurs niveaux, nous avons pris la décision que nous nous concentrons sur les notions de « secondaire 3 » partout.  Comme nous n’avons travaillé qu’avec des manuels européens…  alors…  nous devons nous mettre à jour dans le jargon de la grammaire québécoise!

Texte 1 : le petit chaperon rouge ( version Perrault )

Version Perrault : cliquer ici

Texte 2 : Le petit chaperon rouge  (  version Jacques Ferron )

Version Jacques Ferron : cliquer ici

*** on travaille la morale du conte, la comparaison des deux contes, l’univers narratif et le schéma actanciel 

FILS 3 :

Texte 1 : Un texte explicatif : la coloration automnale

Si cela vous intéresse, voici le texte que je propose : CLIQUER ICI  ou celui-ci : CLIQUER ICI

Texte 2 : Bas les masques! de Stanley Péan  ( la dernière histoire de son petit roman « l’emprise de la nuit»)

***  on travaille sur le schéma narratif et sur les éléments mystérieux d’un texte.

FILS 4 :

Texte 1 : L’arbre qui n’avait pas d’amis

***  On travaille le résumé

Le reste de la semaine, il est en situation d’écriture : il doit écrire le début d’un conte ( situation initiale et élément déclencheur )

 

Travail en étude de la langue

FILS 2 :

  • Les énonciateurs
  • la phrase de base ( groupe sujet, groupe prédicat, groupe compléments de phrase…   ouf…  un jargon québécois bien différent! )
  • Les types et les formes de phrases
  • Les manipulations syntaxiques
  • La jonction de phrases
  • La conjugaison des temps simples et composés

FILS 3 :

  • Grammaire : Le féminin des adjectifs
  • Conjugaison : le pronom personnel
  • Conjugaison : plusieurs verbes au présent/imparfait/futur simple/conditionnel présent ( marcher, choisir, agir, savoir, offrir, prendre, perdre, mordre et mettre )

FILS 4:

Une semaine de révision :

  • le nom
  • le déterminant
  • l’adjectif
  • le verbe à l’infinitif
  • les règles générales de formation du féminin et du pluriel
  • le dictionnaire
  • le groupe du nom
  • le radical et la terminaison
  • les accords dans le groupe du nom
  • le sens des mots
  • le verbe
  • le présent des verbes du 1er et 2e groupe

Dictées de la semaine

FILS 2 :

Tous les élèves sont venus à la rencontre de parents.  Gilles s’est fait expliquer certains exercices par son professeur de mathématiques, mais il n’a pas compris tous ses devoirs.  Il se dit que toutes les semaines, c’est la même routine. « regarde toutes les feuilles que j’ai à remplir » , dit-il à son frère!  Pendant qu’il s’échine, tous les garçons de son entourage jouent au hockey dans le parc.  en plus, il est souvent dérangé par sa jeune soeur, qui de sa voix aiguë, pousse de petits cris.  il suffit quelquefois de quelques consignes ambiguës pour décourager ce garçon patient.

***  L’accord de « tout » employé comme adjectif et l’accord des adjectifs se terminant par « gu »

FILS 3 :

Jour 1 : La qualité et la variété des aliments contribuent à une bonne santé.
Jour 2 : Cette célébrité souffre de nervosité et de timidité.
Jour 3 : La malpropreté n’est absolument pas une qualité très appréciée.
Jour 4 : La réalité, c’est que l’activité proposée n’est pas appropriée pour son âge.

***les noms féminins qui se terminent pas té et tié.

FILS 4 :

Jour 1 : je fais le ménage dans le garage pour déloger la saleté.
Jour 2 : J’aime manger du fromage sur ma tige de céleri.
Jour 3 : Dans mon potager j’ai une grosse courge.
Jour 4 : Il dessine un singe sur un gros nuage dans le ciel.

***On emploie la graphie « g » dans les mots qui se terminent par les sons « ge  et ger »