La mort qui rôde (texte)


Voici l’extrait à l’étude cette semaine en secondaire 1…  c’est un peu long, effectivement.  J’aime bien l’idée de proposer quelques extraits plus longs pour pousser le niveau de lecture un peu.

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LA MORT QUI RÔDE

Maurice Leblanc
Les Confidences d’Arsène Lupin

Après avoir contourné les murs du château, Arsène Lupin revint à son point de départ. Décidément aucune brèche n’existait, et l’on ne pouvait s’introduire dans le vaste domaine de Maupertuis que par une petite porte basse et solidement verrouillée à l’intérieur, ou par la grille principale auprès de laquelle veillait le pavillon du garde.

« Soit, dit-il, nous emploierons les grands moyens. »

Pénétrant au milieu des taillis où il avait caché sa motocyclette, il détacha un paquet de corde légère enroulé sous la selle, et se dirigea vers un endroit qu’il avait noté au cours de son examen. À cet endroit, situé loin de la route, à la lisière d’un bois, de grands arbres plantés dans le parc débordaient le mur.

Lupin fixa une pierre à l’extrémité de la corde, et, l’ayant lancée, attrapa une grosse branche, qu’il lui suffit dès lors d’attirer à lui et d’enjamber. La branche, en se redressant, le souleva de terre. Il franchit le mur, glissa le long de l’arbre, et sauta doucement sur l’herbe du parc.

C’était l’hiver. Entre les rameaux dépouillés, par-dessus le vallonnement des pelouses, il aperçut au loin le petit château de Maupertuis. Craignant d’être vu, il se dissimula derrière un groupe de sapins. Là, à l’aide d’une lorgnette, il étudia la façade mélancolique et sombre du château. Toutes les fenêtres étaient closes et comme défendues par des volets hermétiques. On eût dit un logis inhabité.

« Pristi, murmura Lupin, pas gai, le manoir ! Ce n’est pas ici que je finirai mes jours. »

Mais, comme trois heures sonnaient à l’horloge, une des portes du rez-de-chaussée s’ouvrit sur la terrasse, et une silhouette de femme, très mince, enveloppée dans un manteau noir, apparut.

La femme se promena de long en large durant quelques minutes, entourée aussitôt d’oiseaux auxquels elle jetait des miettes de pain. Puis elle descendit les marches de pierre qui conduisaient à la pelouse centrale, et elle la longea en prenant l’allée de droite.

Avec sa lorgnette, Lupin la voyait distinctement venir de son côté. Elle était grande, blonde, d’une tournure gracieuse, l’air d’une toute jeune fille. Elle avançait d’un pas allègre, regardant le pâle soleil de décembre, et s’amusant à briser les petites branches mortes aux arbustes du chemin.

Elle était arrivée à peu près aux deux tiers de la distance qui la séparait de Lupin, quand des aboiements furieux éclatèrent, et un chien énorme, un danois de taille colossale, surgit d’une cabane voisine et se dressa au bout de la chaîne qui le retenait.

La jeune fille s’écarta un peu et passa, sans prêter plus d’attention à un incident qui devait se reproduire chaque jour. Le chien redoubla de colère, debout sur ses pattes, et tirant sur son collier au risque de s’étrangler.

Trente ou quarante pas plus loin, impatientée sans doute, elle se retourna et fit un geste de la main. Le danois eut un sursaut de rage, recula jusqu’au fond de sa niche, et bondit de nouveau, irrésistible. La jeune fille poussa un cri de terreur folle. Le chien franchissait l’espace, en traînant derrière lui sa chaîne brisée.

Elle se mit à courir, à courir de toutes ses forces, et elle appelait au secours désespérément. Mais, en quelques sauts, le chien la rejoignait.

Elle tomba, tout de suite épuisée, perdue. La bête était déjà sur elle, la touchait presque.

À ce moment précis, il y eut une détonation. Le chien fit une cabriole en avant, se remit d’aplomb, gratta le sol à coups de patte, puis se coucha en hurlant à diverses reprises, un hurlement rauque, essoufflé, qui s’acheva en une plainte sourde et en râles indistincts. Et ce fut tout.

« Mort, » dit Lupin, qui était accouru aussitôt, prêt à décharger son revolver une seconde fois.

La jeune fille s’était relevée, toute pâle, chancelante encore. Elle examina, très surprise, cet homme qu’elle ne connaissait pas, et qui venait de lui sauver la vie, et elle murmura :

« Merci… J’ai eu bien peur… Il était temps… Je vous remercie, Monsieur. »

Lupin ôta son chapeau.

« Permettez-moi de me présenter, Mademoiselle… Jean Daubreuil… Mais, avant toute explication, je vous demande un instant… »

Il se baissa vers le cadavre du chien, et examina la chaîne à l’endroit où l’effort de la bête l’avait brisée.

« C’est bien ça ! fit-il entre ses dents… c’est bien ce que je supposais. Bigre ! les événements se précipitent… J’aurais dû arriver plus tôt. »

Revenant à la jeune fille, il lui dit vivement :

« Mademoiselle, nous n’avons pas une minute à perdre. Ma présence dans ce parc est tout à fait insolite. Je ne veux pas qu’on m’y surprenne, et cela, pour des raisons qui vous concernent uniquement. Pensez-vous qu’on ait pu, du château, entendre la détonation ? »

La jeune fille semblait remise déjà de son émotion, et elle répondit avec une assurance où se révélait toute sa nature courageuse :

« Je ne le pense pas.

— Monsieur votre père est au château, aujourd’hui ?

— Mon père est souffrant, couché depuis des mois. En outre, sa chambre donne sur l’autre façade.

— Et les domestiques ?

— Ils habitent également, et travaillent de l’autre côté. Personne ne vient jamais par ici. Moi seule m’y promène.

— Il est donc probable qu’on ne m’a pas vu non plus, d’autant que ces arbres nous cachent.

— C’est probable.

— Alors, je puis vous parler librement ?

— Certes, mais je ne m’explique pas…

— Vous allez comprendre. »

Il s’approcha d’elle un peu plus et lui dit :

— Permettez-moi d’être bref. Voici. Il y a quatre jours, Mlle Jeanne Darcieux…

— C’est moi, dit-elle en souriant.

— Mlle Jeanne Darcieux, continua Lupin, écrivait une lettre à l’une de ses amies du nom de Marceline, laquelle habite Versailles…

— Comment savez-vous tout cela ? dit la jeune fille stupéfaite, j’ai déchiré la lettre avant de l’achever.

— Et vous avez jeté les morceaux sur le bord de la route qui va du château à Vendôme.

— En effet… je me promenais…

— Ces morceaux furent recueillis, et j’en eus communication le lendemain même.

— Alors… vous avez lu… fit Jeanne Darcieux avec une certaine irritation.

— Oui, j’ai commis cette indiscrétion, et je ne le regrette pas, puisque je puis vous sauver.

— Me sauver… de quoi ?

— De la mort. »

Lupin prononça cette petite phrase d’une voix très nette. La jeune fille eut un frisson.

« Je ne suis pas menacée de mort.

— Si, mademoiselle. Vers la fin d’octobre, comme vous lisiez sur un banc de la terrasse où vous aviez coutume de vous asseoir chaque jour, à la même heure, un moellon de la corniche s’est détaché, et il s’en est fallu de quelques centimètres que vous ne fussiez écrasée.

— Un hasard…

— Par une belle soirée de novembre, vous traversiez le potager, au clair de la lune. Un coup de feu fut tiré, la balle siffla à vos oreilles.

— Du moins… je l’ai cru…

— Enfin, la semaine dernière, le petit pont de bois qui enjambe la rivière du parc, à deux mètres de la chute d’eau, s’écroula au moment où vous passiez. C’est par miracle que vous avez pu vous accrocher à une racine. »

Jeanne Darcieux essaya de sourire.

« Soit, mais il n’y a là, ainsi que je l’écrivais à Marceline, qu’une série de coïncidences, de hasards…

— Non, Mademoiselle, non. Un hasard de cette sorte est admissible… Deux le sont également… et encore !… Mais on n’a pas le droit de supposer que, trois fois, le hasard s’amuse et parvienne à répéter le même acte, dans des circonstances aussi extraordinaires. C’est pourquoi je me suis cru permis de venir à votre secours. Et, comme mon intervention ne peut être efficace que si elle demeure secrète, je n’ai pas hésité à m’introduire ici autrement que par la porte. Il était temps, ainsi que vous le disiez. L’ennemi vous attaquait une fois de plus.

— Comment !… Est-ce que vous pensez ?… Non, ce n’est pas possible… Je ne veux pas croire… »

Lupin ramassa la chaîne et, la montrant :

« Regardez le dernier anneau. Il est hors de doute qu’il a été limé. Sans quoi, une chaîne de cette force n’eût pas cédé. D’ailleurs la marque de la lime est visible. »

Jeanne avait pâli, et l’effroi contractait son joli visage.

« Mais qui donc m’en veut ainsi ? balbutia-t-elle. C’est terrible… Je n’ai fait de mal à personne… Et pourtant il est certain que vous avez raison… Bien plus… »

Elle acheva plus bas :

« Bien plus, je me demande si le même danger ne menace pas mon père.

— On l’a attaqué, lui aussi ?

— Non, car il ne bouge pas de sa chambre. Mais sa maladie est si mystérieuse !… Il n’a plus de forces… il ne peut plus marcher… En outre, il est sujet à des étouffements, comme si son cœur s’arrêtait. Ah ! quelle horreur ! »

Lupin sentit toute l’autorité qu’il pouvait prendre sur elle en un pareil moment, et il lui dit :

« Ne craignez rien, Mademoiselle. Si vous m’obéissez aveuglément, je ne doute pas du succès.

— Oui… oui… je veux bien… mais tout cela est si affreux…

— Ayez confiance, je vous en prie. Et veuillez m’écouter. J’aurais besoin de quelques renseignements. »

Coup sur coup, il lui posa des questions, auxquelles Jeanne Darcieux répondit hâtivement.

« Cette bête n’était jamais détachée, n’est-ce pas ?

— Jamais.

— Qui la nourrissait ?

— Le garde. À la tombée du jour il lui apportait sa pâtée.

— Il pouvait, par conséquent, s’approcher d’elle sans être mordu ?

— Oui, et lui seul, car elle était féroce.

— Vous ne soupçonnez pas cet homme ?

— Oh ! non… Baptiste !… Jamais…

— Et vous ne voyez personne ?

— Personne. Nos domestiques nous sont très dévoués. Ils m’aiment beaucoup.

— Vous n’avez pas d’amis au château ?

— Non.

— Pas de frère ?

— Non.

— Votre père est donc seul à vous protéger ?

— Oui, et je vous ai dit dans quel état il se trouvait.

— Vous lui avez raconté les diverses tentatives ?…

— Oui, et j’ai eu tort. Notre médecin, le vieux docteur Guéroult, m’a défendu de lui donner la moindre émotion.

— Votre mère ?…

— Je ne me souviens pas d’elle. Elle est morte, il y a seize ans… il y a juste seize ans.

— Vous aviez ?…

— Un peu moins de cinq ans.

— Et vous habitiez ici ?

— Nous habitions Paris. C’est l’année suivante seulement que mon père a acheté ce château. »

Lupin demeura quelques instants silencieux, puis il conclut :

« C’est bien, Mademoiselle, je vous remercie. Pour le moment, ces renseignements me suffisent. D’ailleurs, il ne serait pas prudent de rester plus longtemps ensemble.

— Mais, dit-elle, le garde, tout à l’heure, trouvera ce chien… Qui l’aura tué ?

— Vous, Mademoiselle, vous, pour vous défendre contre une attaque.

— Je ne porte jamais d’arme.

— Il faut croire que si, dit Lupin en souriant, puisque vous avez tué cette bête, et que vous seule pouvez l’avoir tuée. Et puis on croira ce qu’on voudra. L’essentiel est que, moi, je ne sois pas suspect, quand je viendrai au château.

— Au château ? Vous avez l’intention ?…

— Je ne sais pas encore comment… mais je viendrai. Et dès ce soir… Ainsi donc, je vous le répète, soyez tranquille, je réponds de tout. »

Jeanne le regarda et, dominée par lui, conquise par son air d’assurance et de bonne foi, elle dit simplement :

« Je suis tranquille.

— Alors, tout ira pour le mieux. À ce soir, Mademoiselle.

— À ce soir. »

Elle s’éloigna, et Lupin, qui la suivit des yeux, jusqu’au moment où elle disparut à l’angle du château, murmura :

« Jolie créature ! il serait dommage qu’il lui arrivât malheur. Heureusement, ce brave Arsène veille au grain. »

(…)

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Dans notre cas, nous lirons le chapitre 6 en entier : CLIQUER ICI

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Notre travail sur le texte

  • Identité du héros
  • Ordre des actions
  • Caractéristiques des personnages
  • Raisons d’agir d’Arsène Lupin
  • Liens qui unissent les personnages
  • Énigmes
  • Le champ lexical : colère, grandeur, bruit
  • Les qualités de Lupin et les sentiments qu’elles inspirent
  • Compréhension des événements

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Dieu crée la mère (texte de Paulo Coelho)


Pour offrir une lecture un peu différente à mon dernier, (et, je l’avoue, je trouvais adorable ce court texte) voici le texte que je lui propose pour terminer la semaine :

Dieu crée la mère

de

Paulo Coehlo

Dieu appela son ange le plus cher et lui présentant un modèle de mère.  L’ange n’aima pas ce qu’il vit.

  • Vous avez trop travaillé, Seigneur, vous ne savez plus ce que vous faites, dit l’ange. Regardez !  Baiser spécial qui guérit toutes les maladies, six paires de mains pour cuisiner, laver, repasser, caresser, tenir, nettoyer.  Cela ne marchera pas !

  • Le problème, ce ne sont pas les mains, rétorqua Dieu. Ce sont les trois paires d’yeux que j’ai dû mettre : une pour voir son enfant à travers les portes fermées et le protéger des fenêtres ouvertes, une autre pour montrer sa sévérité quand il faudra lui donner une éducation solide, et la troisième pour lui témoigner une tendresse et un amour constants, malgré tout le travail qu’elle aura !

L’ange examina le modèle de mère plus attentivement.

  • Et ça ?  qu’est-ce c’est ?
  • Un dispositif d’autoguérison. Elle n’aura pas le temps d’être malade, elle devra s’occuper de son mari, des enfants, de la maison.

  • Je pense qu’il vaut mieux vous reposer un peu, Seigneur, dit l’ange. Et revenir au modèle standard, avec deux bras, deux yeux, etc.

Dieu donna raison à l’ange.  Après qu’il se fut reposé, il transforma la mère en une femme normale.  Mais il avertir l’ange :

  • J’ai dû lui donner une volonté si forte qu’elle aura l’impression d’avoir six bras, trois paires d’yeux et un système d’autoguérison. Sinon elle ne sera pas capable de s’acquitter de sa tâche.

L’ange l’examina de près.  Cette fois, à son avis, Dieu avait réussi.  Mais soudain, il nota une faille :

  • Elle se vide. Je pense, Seigneur, que de nouveau vous avez mis trop de choses dans ce modèle.
  • Elle ne se vide pas. Cela s’appelle une larme.

  • À quoi cela sert-il ?

  • À exprimer la joie, la tristesse, la déception, la douleur, l’orgueil, l’enthousiasme.

Seigneur, vous êtes un génie ! s’exclama l’ange. C’était justement ce qui manquait pour compléter le modèle.

Dieu, d’un air sombre, répliqua :

  • Ce n’est pas moi qui l’y ai mise. Lorsque j’ai assemblé les morceaux, la larme est apparue toute seule.

L’ange félicita tout de même le Tout-Puissant, et les mères furent créées.

 

<

p style= »text-align:right; »>Paulo Coelho, « Dieu créa la mère», dans Sol en si, histoires d’enfance, 1998

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Si cela vous intéresse, voici le texte ainsi que le travail que je lui propose.

Dieu créa la mère

Source : Texto 1re sec.  Érasme

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Déjà le navire… (extrait)


Pendant que plusieurs sont à la fête, je suis confortablement installée devant mon ordinateur et je planifie notre prochaine semaine de travail ( on reprend mardi).

Je débute ma planification par mon plus jeune.

Voici notre premier texte de la semaine :

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« Déjà le navire, désemparé, cédait à la fureur des vagues qui se jouaient de lui, le soulevant vers le ciel pour le faire sombrer d’autant mieux au fond des abîmes.  Un cri terrifiant, semblable au fracas d’un coup de tonnerre, remplit alors tout l’espace et nous fit sombrer dans l’épouvante, nous réduisant par avance à l’état de cadavres tant notre perte alors nous parut certaine : un poisson gigantesque fondait sur notre bateau, telle une vivante montagne ! Notre frayeur était indescriptible : nous allions rendre l’âme d’un instant à l’autre et récitions déjà entre nous la prière des morts. Et pourtant, dans le même temps, ce poisson nous fascinait, émerveillés que nous étions devant une si glorieuse créature du Dieu Très Haut ! Mais déjà un second poisson, plus monstrueux encore que le premier, s’approchait ! Nous nous fîmes un dernier adieu, pleurant sur notre vie perdue, quand soudain, un troisième poisson, plus formidable encore que les deux autres, se fraya à nouveau un chemin jusqu’à nous parmi les flots, bien décidé, semblait-il, à troubler le festin de ses congénères. Nous perdîmes à cet instant toute notion des choses; toute idée raisonnable semblait avoir fui notre esprit.  L’intensité de notre épouvante paralysait nos intelligences. Les trois monstres tournoyaient autour du navire ; mais comme le dernier venu d’entre eux se tournait à la fin contre nous, apparemment  résolu à avaler d’un coup tout le bateau avec ce qui se trouvait à bord, une saute de vent d’une brutalité inouïe nous arracha à lui : notre nef, soulevée avec violence, alla bientôt se fracasser sur une barre de rochers à fleur d’eau où elle se déchira en cent morceaux.  Pièces de charpente, ballots de marchandises, bagages, passagers, équipage : tout fut en un instant précipité à la mer.

J’avais pour ma part eu tout juste le temps de me dévêtir, ne gardant sur moi qu’un mince bout d’étoffe, afin de nager plus à mon aise. J’eus ainsi la chance de me saisir d’une grosse pièce de bois à laquelle je m’accrochai tant bien que mal ; après bien des
efforts, je réussis à grimper dessus et parvins même à m’y installer à califourchon. (…)

Je ne cessai dès lors de supplier Dieu Très Haut de vouloir bien me délivrer de ce péril.   Puis, me revinrent à l’esprit tous les moments de bonheur passés : ah !  comme il était loin le calme serein de ces instants où j’avais pu me livrer à mille plaisantes distractions, dans un état de si douce tranquillité !  Deux jours passèrent ainsi, à l’issue desquels je finis par aborder dans une île. Cette terre devait être for vaste.   Je me trouvai d’abord au débouché d’une large vallée des mieux ombragées, toute livrée au murmure des fraîches sources jaillissantes.  Je pus alors me nourrir des fruits qui poussaient là en grand nombre et me désaltérer de cette eau limpide. Mes forces furent bientôt restaurées…. »

René R. Kwawam, «Les Aventures de Sindbad le marin»

Vocabulaire :
Rendre l’âme = mourir
Un congénère = personne semblable à une autre ou qui est du même genre
Une saute de vent = changement brusque de direction du vent
Une nef = un grand navire
La félicité = le grand bonheur

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Le travail qui s’y rattache :  quelques questions de compréhension, un peu de vocabulaire et une situation d’écriture.

Si cela vous intéresse : Déjà le navire p.82-83

Source : manuel Texto 1re des éditions Érasme p.82-83 (en partie)

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Le Chien de Baskerville (extrait)


Le Chien des Baskerville de Sir Arthur Conan Doyle

 Chapitre 1

Monsieur Sherlock Holmes

M. SHERLOCK HOLMES se levait habituellement fort tard, sauf lorsqu’il ne dormait pas de la nuit, ce qui lui arrivait parfois.Ce matin là, pendant qu’il était assis devant son petit déjeuner,je ramassais la canne que notre visiteur avait oubliée, la veille au soir. C’était un beau morceau de bois, solide, terminé en pommeau. Juste au-dessous de ce pommeau, une bague d’argent qui n’avait pas moins de deux centimètres de haut portait cette inscription datant de 1884 : « À James Mortimer, M.R.C.S., ses amis du C.C.H. ». Une belle canne ; canne idéale pour un médecin à l’ancienne mode :digne, rassurante…

 « Eh bien, Watson, que vous suggère cette canne ? »

Holmes me tournait le dos, et je n’avais rien fait qui pût le renseigner sur mon occupation du moment.

« Comment savez-vous que je l’examine ? Vous devez avoir des yeux derrière la tête !

– Non, mais j’ai en face de moi une cafetière en argent bien astiquée. Dites, Watson, que pensez-vous de la canne de notre visiteur ? Nous avons eu de la malchance de le manquer, nous ignorons le but de sa démarche : ce petit prend donc de l’importance. Allons, Watson, reconstituez l’homme d’après la canne ! Je vous écoute. »

Je me mis en devoir de me conformer de mon mieux aux méthodes de mon ami.

 « Selon moi, dis-je, ce docteur Mortimer est un médecin d’un certain âge, à mœurs patriarcales, aisé, apprécié, comme en témoigne le geste de ceux qui lui ont offert cette canne.

– Bon ! Excellent !

– Je pense qu’il y a de fortes chances pour que le docteur Mortimer soit un médecin de campagne qui visite à pied la plupart de ses malades.

– Pourquoi, s’il vous plaît ?

– Parce que cette canne, qui à l’origine était très élégante, se trouve aujourd’hui dans un tel état que j’ai du mal à me la représenter entre les mains d’un médecin de ville. Le gros embout de fer est complètement usé ; il me paraît donc évident que son propriétaire est un grand marcheur.

– Très juste !

– D’autre part, je lis : « ses amis du C.C.H. ». Je parierais qu’il s’agit d’une société locale de chasse dont il a soigné les membres et qui lui a offert un petit cadeau pour le remercier.

– En vérité, Watson, vous vous surpassez ! s’exclama Holmes en repoussant sa chaise et en allumant une cigarette. Je suis obligé de dire que dans tous les récits que vous avez bienvoulu consacrer à mes modestes exploits, vous avez constamment sous-estimé vos propres capacités. Vous n’êtes peut-être pas une lumière par vous-même, mais vous êtes un conducteur de lumière.Certaines personnes dépourvues de génie personnel sont quelquefois douées du pouvoir de le stimuler. Mon cher ami, je vous dois beaucoup ! »

Jamais il ne m’en avait tant dit ! Je conviens que ce langage me causa un vif plaisir. Souvent en effet j’avais éprouvé une sorte d’amertume devant l’indifférence qu’il manifestait à l’égard de mon admiration et de mes efforts pour vulgariser ses méthodes. Par ailleurs je n’étais pas peu fier de me dire que je possédais suffisamment à fond son système pour l’appliquer d’une manière qui avait mérité son approbation. Il me prit la canne des mains et l’observa quelques instants à l’œil nu. Tout à coup,intéressé par un détail, il posa sa cigarette, s’empara d’une loupe, et se rapprocha de la fenêtre.

« Curieux, mais élémentaire ! fit-il en revenant s’asseoir sur le canapé qu’il affectionnait. Voyez-vous, Watson,sur cette canne je remarque un ou deux indices : assez pour nous fournir le point de départ de plusieurs déductions.

– Une petite chose m’aurait-elle échappée ?demandai-je avec quelque suffisance. J’espère n’avoir rien négligé d’important ?

– J’ai peur, mon cher Watson, que la plupart de vos conclusions ne soient erronées. Quand je disais que vous me stimuliez, j’entendais par là, pour être tout à fait franc, qu’en relevant vos erreurs j’étais fréquemment guidé vers la vérité. Non pas que vous vous soyez trompé du tout au tout dans ce cas précis.Il s’agit certainement d’un médecin de campagne. Et d’un grand marcheur.

– Donc j’avais raison.

– Jusque-là, oui.

– Mais il n’y a rien d’autre…

– Si, si, mon cher Watson ! Il y a autre chose.D’autres choses. J’inclinerais volontiers à penser, par exemple,qu’un cadeau fait à un médecin provient plutôt d’un hôpital que d’une société de chasse ; quand les initiales« C.C. » sont placées devant le « H » de Hospital, les mots « Charing-Cross » me viennent naturellement en tête.

– C’est une hypothèse.

– Je n’ai probablement pas tort. Si nous prenons cette hypothèse pour base, nous allons procéder à une reconstitution très différente de notre visiteur inconnu.

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Le texte à télécharger ainsi que le travail qui accompagne ce texte suivra dans une prochaine publication.

 

Le roi tisserand (conte algérien)


Dans les temps anciens, il y avait un puissant sultan du nom de Haroun El-Rachid. Il était le calife de Baghdâd. Ce monarque avait une femme de grande intelligence et de bon conseil. Un jour, elle insista auprès de lui : « Monseigneur, le pouvoir est capricieux et la vie pleine de surprises ! Apprends un métier manuel. Les mains, on les emporte toujours avec soi. Un jour ou l’autre l’apprentissage d’un métier révèlera son utilité ! ».

Le Calife accepta et choisit l’art du tissage et de la broderie. Il fit venir un grand maître tisserand-brodeur et commença son apprentissage. Plus que le tissage des tapis, il affectionnait la broderie au fil d’or. Par amour du cheval, il inclinait au travail minutieux sur le cuir destiné aux selleries. Mais son érudition le poussait à la calligraphie pour orner les couvertures des manuscrits. Durant sept longues années, il partagea son temps entre ses responsabilités et sa nouvelle passion pour la broderie fine.

Mais Haroun El-Rachid était réputé pour son sens aigu de la justice et du bien public. Accompagné de son vizir, il avait l’habitude de se déguiser en simple marchand et de se glisser au milieu de la foule pour s’enquérir de la vie de ses sujets. Un soir, pour une raison inconnue, il s’en fut seul à travers de sombres ruelles. Il marchait quand, soudain, il tomba au fond d’un trou. C’était un piège préparé par des bandits détrousseurs qui devinrent furieux de le trouver sans bourse et les poches vides. Il n’eut la vie sauve qu’en leur faisant une juteuse promesse: « Je suis tisserand et jamais vous ne trouverez une personne qui sache tisser et broder mieux que moi ».

C’est ainsi qu’il se retrouva esclave parmi les esclaves. De l’aube au crépuscule, il tissait des tapis et exécutait de magnifiques broderies que le maître revendait à prix d’or.

Tandis que sa police le recherchait inlassablement dans tout le royaume, le roi mûrissait un projet pour recouvrer sa liberté. Il attendait patiemment le moment propice car l’infinie cupidité de son geôlier était un atout. Un jour, alors que ce dernier lui exprimait sa satisfaction en soupesant les pièces d’or dans ses mains, le calife lui proposa : « Apporte-moi une étoffe en velours noir et du fil d’or de belle facture ! Je te façonnerai une somptueuse broderie, jamais vue de mémoire de commerçant. L’épouse du Calife t’en donnera une fortune ». Aussitôt, on fit remettre à l’esclave le tissu et une bobine de fil d’or. Il ne fallait pas perdre un instant. Le roi tisserand, maître de son art, tissa à l’aiguille une broderie en relief représentant un oiseau posé sur un délicat épi de blé. Un véritable chef d’œuvre !

Le maître des esclaves se précipita au palais avec sa précieuse étoffe sous le bras. Il demanda audience et fut reçu. Il déroula la magnifique pièce devant la sultane qui poussa un murmure de ravissement : « Ho ! Cela ferait un somptueux vêtement de cérémonie ! ».

Mais à l’observation, un détail attira son attention. En effet, l’épi de blé sur lequel l’oiseau était posé demeurait bien droit. Or le poids de l’oiseau aurait dû le faire pencher. Intriguée, elle regarda de plus près. Elle sentit soudain son cœur bondir dans sa poitrine. Elle venait de reconnaître la dextérité de l’aiguille de son mari. Ne laissant rien paraître de son émotion, elle poursuivit attentivement l’observation des motifs. Méthodiquement. Jusqu’à y déceler le message secret calligraphié qu’elle avait pressenti. Le roi indiquait l’endroit précis où il était détenu. Sur le champ, elle fit arrêter le maître des esclaves et fit libérer le sultan.

C’est depuis cette époque que l’ont dit : « L’apprentissage d’un métier révèle toujours un jour ou l’autre son utilité ! »

Il est disponible sur le net : CLIQUER ICI

Lyra Belacqua (texte)


Cette semaine, on fait un petit détour dans un roman que j’adore : « Les royaumes du Nord» de Philip Pullman.

Image associée

Lyra n’hésita pas un instant. Pantalaimon bondit vers la porte ; elle s’élança à sa suite et s’enfuit à toutes jambes, courant plus vite qu’elle n’avait jamais couru de sa vie.
— L’alarme d’incendie ! s’écria Pantalaimon, qui volait devant elle.
Apercevant un boîtier rouge à l’entrée du couloir suivant, elle brisa la glace d’un coup de poing et se remit à courir en direction des dortoirs. Elle déclencha une deuxième alarme, puis une troisième ; les gens commençaient à sortir dans les couloirs, cherchant à apercevoir les flammes.
Alors que Lyra arrivait près des cuisines, Pantalaimon lui souffla une idée.  Elle se précipita. En quelques secondes, elle avait ouvert tous les robinets de gaz et jeté une allumette enflammée près du brûleur le plus proche.  Après quoi, elle tendit le bras
pour attraper un sac de farine sur une étagère et le lança de toutes ses forces sur le coin de la table pour le faire éclater et remplir l’air de poudre blanche, car elle avait entendu dire que la farine explose quand on l’approche d’une flamme.
Puis elle ressortit à toute vitesse et fonça vers son dortoir. Les couloirs étaient maintenant envahis d’enfants courant dans tous les sens, au comble de l’excitation, car le mot «évasion » s’était répandu. Les plus âgés se dirigeaient vers les débarras où étaient rangés les vêtements, guidant les plus jeunes. Les adultes essayaient de contrôler les opérations, mais aucun d’entre eux ne savait ce qui se passait. Dans tous les coins, ce n’était que cris, pleurs, rires et bousculades.
Au milieu de ce chaos, Lyra et Pantalaimon continuaient à foncer vers le dortoir en se faufilant comme des anguilles, et juste au moment où ils atteignaient leur but, une explosion sourde ébranla tout le bâtiment.  Le dortoir était désert. Lyra traîna le placard métallique dans le coin, l’escalada, récupéra les fourrures derrière le faux plafond, et palpa l’épaisseur de son parka. L’aléthiomètre était toujours là. Elle s’habilla en hâte, en prenant soin de rabattre sa capuche sur sa tête. Pantalaimon qui
faisait le guet à la porte, trans formé en moineau, lui lança :
— C’est bon !
Lyra se précipita hors du dortoir. Par chance, un groupe d’enfants qui avaient déjà récupéré des vêtements chauds fonçaient dans le couloir en direction de la porte principale, et elle se joignit à eux, en nage , le cœur battant à tout rompre, et sachant qu’elle n’avait pas le choix : c’était fuir ou mourir.
Hélas, la voie était bloquée. Le feu dans les cuisines s’était rapidement propagé, et quelque chose avait provoqué l’effondrement d’une partie du toit. Certaines personnes escaladaient les poutres et les étançons pour accéder à l’air glacial et mordant. L’odeur de gaz s’était accentuée. Une seconde explosion se produisit, plus forte que la précédente, plus proche aussi. La détonation projeta à terre plusieurs
enfants ; les cris de terreur et de douleur envahirent tout l’espace.
Lyra lutta pour escalader les décombres et, grâce à Pantalaimon qui lui criait : « Par ici ! » ou : « Par là ! », au milieu des cris et des battements d’ailes des autres daemons, elle parvint à se hisser jusqu’au toit béant.  L’air qu’elle respirait était gelé, et elle espérait que tous les enfants avaient réussi à récupérer leurs vêtements chauds, car à quoi bon s’enfuir de la Station si c’était pour mourir de froid ensuite ?

Un véritable incendie avait commencé à se propager. En prenant pied sur le toit, sous le ciel noir et étoile, Lyra vit les flammes lécher les bords d’un immense trou sur le côté du bâtiment. Des enfants et des adultes étaient massés près de l’entrée principale, mais les adultes paraissaient maintenant plus nerveux et les enfants plus effrayés.
—Roger ! Roger ! Où es-tu ? hurla Lyra, et Pantalaimon, le regard perçant comme une chouette, lui cria qu’il venait de le voir.
Quelques secondes plus tard, ils se retrouvaient.
—Dis à tous les enfants de venir avec moi ! cria Lyra dans l’oreille de Roger.
—Impossible… ils sont trop paniqués.
—Explique-leur ce qu’ils font aux enfants qui disparaissent ! Ils leur arrachent leur daemon avec un grand couteau ! Raconte-leur ce que tu as vu cet après-midi, tous les daemons qu’on a libérés ! Explique-leur ce qui va leur arriver s’ils ne s’enfuient pas !
Roger demeura bouche bée, horrifié, mais il se ressaisit rapidement et se précipita vers le groupe d’enfants le plus proche. Lyra se chargea d’un autre groupe, et à mesure que le message circulait, des enfants éclataient en sanglots en serrant leur daemon contre eux.
— Venez tous avec moi ! leur cria Lyra. Les secours vont arriver ! Nous devons partir d’ici ! Faites vite !
Les enfants s’élancèrent dans le plus grand désordre en direction de l’avenue de lumières ; leurs bottes faisaient crisser la neige dure.  (…)
Philip Pullman «Les royaumes du Nord»
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Un extrait.  Lyra Belacqua (Philip Pullman)

Un extrait du roman «Les royaumes du Nord» p.350-352

Lyra Belacqua_Philip Pullman

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Travail sur le texte

On relève dans le texte des phrases qui montrent que :

  • Lyra est courageuse et pleine de ressources.
  • Lyra prend des décisions rapidement.
  • L’altruisme de Lyra

Champ lexical du feu, du froid.

En fait, on relève les qualité ou les caractéristiques qui font de Lyra une héroïne.

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L’anniversaire d’antan (texte)


Gabriel s’ennuie du temps où je leur proposais des textes sur des thèmes qui ponctuaient le temps qui passe.  La rentrée, les pommes, l’automne, Halloween,…  J’ai donc sélectionné ce premier texte pour débuter la semaine.


L’anniversaire d’antan

Le texte suivant rapporte un fait vécu. Le héros de cette histoire affirme que les événements racontés ici se sont vraiment produits. Est-ce possible? Ce qu’il rapporte est tellement étrange!…

Ce jour là, un jeune homme emmenait sa petite amie pour une promenade en voiture au clair de lune, sur une route de campagne de l’ouest du Massachusetts, quand il tomba en panne d’essence. Il laissa la jeune fille dans la voiture et partit chercher du secours. Un bon kilomètre plus loin, il aperçut une lumière dans le lointain. Il se mit à courir dans cette direction.

Il trouva vite une ferme reliée à la route par un chemin de terre battue. Il était passé devant en voiture mais n’avait pas vu de lumière à ce moment-là. En fait, les amoureux avaient trouvé que la vieille maison avait l’air si triste avec ses vitres cassées, ses volets arrachés et son seuil effondré. Le jeune homme n’était pas sûr qu’il s’agissait de la même maison. En tout cas, celle-ci lui ressemblait.

Il monta le sentier pour la regarder de plus près. Maintenant, il était sûr que c’était bien la même, mais quelle différence! Des lumières brillaient dans toutes les pièces. La vaste pelouse était entretenue. Des éclats de rire et de la musique arrivaient jusqu’à lui. Comme il restait figé devant le spectacle, il entendit soudain des bruits de sabots. Lorsqu’il jeta un coup d’œil dans la grande cour latérale, il découvrit une vingtaine de voitures dont les chevaux étaient attachés à des poteaux.

Cela non plus, ce n’était pas normal, car il y avait bien un demi-siècle que ce genre d’attelage n’était plus utilisé. Peut-être, se dit le jeune homme, s’agissait-il d’une réunion de collectionneurs de véhicules de ce type. Quoi qu’il en soit, il trouverait bien un peu d’essence quelque part. Il se dirigea donc vers une porte latérale. Avant d’atteindre le porche, il jeta un coup d’œil par une des fenêtres. Dans la salle, il vit une cinquantaine de personnes habillées selon la mode du début du siècle*, qui mangeaient, buvaient ou dansaient. Il regarda sa montre. Il était exactement minuit mois le quart. C’est à ce moment qu’il entendit un cri perçant venant de l’intérieur, un cri aigü poussé par une femme. Les lumières s’éteignirent. Cloué sur place, le jeune homme était terrorisé.

Quelques secondes plus tard, lorsque ses yeux furent accoutumés à la clarté de la lune, il reçut un autre choc quand il se rendit compte qu’il regardait en fait une pièce vide à travers une vitre sale et cassée. Les volets pendaient lamentablement et, sous ses mains, l’appui de fenêtre pourri s’effritait. Il tourna les talons et se mit à courir jusqu’à la route.

Lorsqu’il raconta son aventure à des habitants du coin, il apprit qu’exactement cinquante ans plus tôt, à minuit moins le quart, une jeune fille avait été assassinée par un fiancé jaloux dans la pièce même où se déroulait la fête.

Il y a aujourd’hui plus de cinquante ans que ces événements se sont passés. Le témoin vit toujours dans l’ouest du Massachusetts. Mais il ne part plus jamais sans emporter un bidon d’essence.

 

C.B. Colby, Des histoires vraies de fantômes,

Malle (Belgique), Éditions Le Ballon,

« série Croco bleue », 2000, p.40-41

 

*Bien sûr, il s’agit du début du XXe siècle.

 

Le manuel «Rendez-vous» de Graficor propose de retrouver le schéma narratif de ce texte.  Pourquoi pas!

Voici le travail demandé ainsi que le texte :

Texte p.44-45_L’anniversaire_d’antan

Le roi des oiseaux (texte)


Premier texte de la semaine (secondaire 1 – 5e)


Le roi des oiseaux

Les oiseaux se réunirent un jour pour choisir un roi. Il en vint de tous les pays, de toutes les tailles et de toutes les couleurs. Qui serait roi?
L’aigle proposa le plus fort, l’autruche le plus rapide, le paon le plus gracieux, le rossignol le meilleur chanteur. Après un beau tapage, il fut décidé que serait roi l’oiseau qui volerait le plus haut. Sur un signal, les oiseaux partirent vers le ciel bleu. Le moineau, la pie, le rossignol, le chardonneret furent bientôt fatigués. Le corbeau descendit en faisant croa-croa, l’hirondelle au vol rapide s’avoua vaincue. Il ne resta plus dans l’azur que l’aigle aux ailes puissantes. L’oiseau montait, montait toujours, bien sûr, il était roi. Mais un cui-cui le fit tressaillir. Qui donc chantait plus haut que lui? C’était un tout petit oiseau, le plus petit de tous, qui, n’ayant pour force que la ruse, s’était au départ installé sur son dos.
Il fallut bien le reconnaître roi, mais il était si petit qu’on l’appela le petit roi ou roitelet.

Dominique SPIESS, 365 contes, Edita S.A., Lausanne, 1994.


Écrire

Le petit oiseau a été sacré roi : raconte son aventure du début à la fin en suivant un ordre chronologique.

Si ce travail vous intéresse :

le Roi des oiseaux_texte


Madame-Théophile (texte)


Résultats de recherche d'images pour « Théophile GautierMénagerie intime »

Madame-Théophile, une chatte rousse à poitrail blanc, à nez rose et à prunelles bleues, ainsi nommée parce qu’elle vivait avec nous dans une intimité tout à fait conjugale, dormant sur le pied de notre lit, rêvant sur le bras de notre fauteuil, pendant que nous écrivions, descendant au jardin pour nous suivre dans nos promenades, assistant à nos repas et interceptant parfois le morceau que nous portions de notre assiette à notre bouche.

Un jour, un de nos amis, partant pour quelques jours, nous confia son perroquet pour en avoir soin tant que durerait son absence. L’oiseau se sentant dépaysé était monté, à l’aide de son bec, jusqu’au haut de son perchoir et roulait autour de lui, d’un air passablement effaré, ses yeux semblables à des clous de fauteuil, en fronçant les membranes blanches qui lui servaient de paupières. Madame-Théophile n’avait jamais vu de perroquet ; et cet animal, nouveau pour elle, lui causait une surprise évidente. Aussi immobile qu’un chat embaumé d’Égypte dans son lacis de bandelettes, elle regardait l’oiseau avec un air de méditation profonde, rassemblant toutes les notions d’histoire naturelle qu’elle avait pu recueillir sur les toits, dans la cour et le jardin. L’ombre de ses pensées passait par ses prunelles changeantes et nous pûmes y lire ce résumé de son examen : « Décidément c’est un poulet vert. »

Ce résultat acquis, la chatte sauta à bas de la table où elle avait établi son observatoire et alla se raser dans un coin de la chambre, le ventre à terre, les coudes sortis, la tête basse, le ressort de l’échine tendu, comme la panthère noire du tableau de Gérome, guettant les gazelles qui vont se désaltérer au lac.

Le perroquet suivait les mouvements de la chatte avec une inquiétude fébrile ; il hérissait ses plumes, faisait bruire sa chaîne, levait une de ses pattes en agitant les doigts, et repassait son bec sur le bord de sa mangeoire. Son instinct lui révélait un ennemi méditant quelque mauvais coup.

Quant aux yeux de la chatte, fixés sur l’oiseau avec une intensité fascinatrice, ils disaient dans un langage que le perroquet entendait fort bien et qui n’avait rien d’ambigu : « Quoique vert, ce poulet doit être bon à manger. »

Nous suivions cette scène avec intérêt, prêt à intervenir quand besoin serait. Madame-Théophile s’était insensiblement rapprochée : son nez rose frémissait, elle fermait à demi les yeux, sortait et rentrait ses griffes contractiles. De petits frissons lui couraient sur l’échine, comme à un gourmet qui va se mettre à table devant une poularde truffée ; elle se délectait à l’idée du repas succulent et rare qu’elle allait faire. Ce mets exotique chatouillait sa sensualité.

Tout à coup son dos s’arrondit comme un arc qu’on tend, et un bond d’une vigueur élastique la fit tomber juste sur le perchoir. Le perroquet voyant le péril, d’une voix de basse, grave et profonde comme celle de M. Joseph Prudhomme, cria soudain : « As-tu déjeuné, Jacquot ? »

Cette phrase causa une indicible épouvante à la chatte, qui fit un saut en arrière. Une fanfare de trompette, une pile de vaisselle se brisant à terre, un coup de pistolet tiré à ses oreilles, n’eussent pas causé à l’animal félin une plus vertigineuse terreur. Toutes ses idées ornithologiques étaient renversées.

« Et de quoi ? — De rôti du roi », — continua le perroquet.

La physionomie de la chatte exprima clairement : « Ce n’est pas un oiseau, c’est un monsieur, il parle ! »

Quand j’ai bu du vin clairet,
Tout tourne, tout tourne au cabaret.

chanta l’oiseau avec des éclats de voix assourdissants, car il avait compris que l’effroi causé par sa parole était son meilleur moyen de défense. La chatte nous jeta un coup d’œil plein d’interrogation, et, notre réponse ne la satisfaisant pas, elle alla se blottir sous le lit, d’où il fut impossible de la faire sortir de la journée. Les gens qui n’ont pas l’habitude de vivre avec les bêtes, et qui ne voient en elles, comme Descartes, que de pures machines, croiront sans doute que nous prêtons des intentions au volatile et au quadrupède. Nous n’avons fait que traduire fidèlement leurs idées en langage humain. Le lendemain, Madame-Théophile, un peu rassurée, essaya une nouvelle tentative repoussée de même. Elle se le tint pour dit, acceptant l’oiseau pour un homme.


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