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La maison (poésie)


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Howard Phillips Lovecraft (1890-1937)

La maison


C’est une demeure entourée d’arbres

Sise près d’une colline,

Où les arbres chuchotent

De sombres légendes maléfiques ;

Sur des poutres si anciennes

Qu’elles exhalent le souffle des morts,

Rampent des vignes sauvages, vertes et froides,

Trouvant une étrange nourriture ;

Et aucun homme ne connaît les sucs qu’elles aspirent

des profondeurs de leur couche humide et visqueuse.

 

Dans le jardin poussent

De grandes et magnifiques fleurs,

Dont chaque corolle blafarde répand

Dans l’air un parfum ;

Mais le soleil de l’après-midi

Avec ses rayons obliques et rouges

Semble assombrir ce tableau

Pour le regard curieux,

Et au-dessus de la senteur des fleurs

s’élèvent les odeurs des jours sans nombre.

 

Les herbes folles ondulent

Sur la terrasse et la pelouse,

Préservant les souvenirs vagues

Des choses qui ont disparu ;

Les dalles des allées

Sont recouvertes d’une croûte et mouillées,

Et un esprit étrange s’y promène

Lorsque le soleil rouge s’est couché.

Alors l’âme de celui qui regarde est assaillie

d’images imprécises qu’il oublierait volontiers.

 

C’était par un jour brûlant du mois de juin

Je me trouvais près de cette maison

Et les rayons dorés de l’heure du midi

Dardaient et brillaient sur la verdure.

Pourtant je frissonnai de froid,

Recherchant fiévreusement la lumière,

Tandis qu’une scène se déroulait devant moi…

Et ma vue franchissant les siècles

Contempla le temps où j’avais vécu ici autrefois

jaillissant tel un éclair au sein de la nuit.

 

Howard Phillips Lovecraft, The House.


Si vous désirez le texte : poésie _ la maison


 

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La malédiction du loup-garou (poésie)


Ce soir la lune est pleine, fiévreuse et tourmentée;
Un chien hurle à la mort sous l’étrange clarté;
Un grand brouillard laiteux ajoute à l’irréel,
Irradiant la forêt d’un blanc surnaturel…
Une ombre se faufile, et l’on entend crisser
Les griffes de la nuit, sur le ciel damassé…
Un accès de folie , je me sens attiré
Par une force obscure à travers les fourrés …
J’écarte les feuillages, réprime un cri d’effroi…
(Surtout ne pas bouger … bien garder son sang-froid …)
Devant moi, se produit une innommable chose :
Un homme, sous mes yeux, là, se métamorphose!
Je vois pousser ses crocs et son pelage roux …
Il devient animal … non, pire! Un loup-garou!
Et petit à petit j’observe s’allonger
Ses oreilles pointues et sa gueule enragée!
Il m’a vu, c’est trop tard! Vite, vite! Courons!
Les ronces me déchirent les joues, mais courons!
Ne pas se retourner … il se rapproche encore …
Je suis en nage … allez … juste un dernier effort…
Bon sang … quand finira la poursuite infernale.
Mais je sens sur mon cou son haleine … son hal…
Yann Walcker, Le manoir des horreurs,
Éditions Gallimard Jeunesse Musique, 1999, p. 16.

La vengeance de la momie (poésie)


Elle a la voix des morts, tremblante et caverneuse,
Pour tout accoutrement jaunâtre bandelettes,
Un terrible rictus, sourire des squelettes,
Et son regard trahit quelque lueur haineuse …
Elle a quitté l’Égypte à bord d’un sarcophage,
Et son royal cadavre empli de fleurs séchées,
Cachant sous sa dépouille un crochet de boucher,
Échoua quelque part vers ces noirs marécages …
Ainsi fuyez toujours car dans l’ombre hideuse,
—Rusée comme un cobra, affamée tel un lynx,
Enfant damnée des Dieux, des Pharaons, des Sphinx—,
Vous guette à chaque instant la momie baladeuse …
Yann Walcker. Le manoir des horreurs.
Éditions Gallimard Jeunesse Musique. 1999. p. 22.

Journal quotidien


Une chose est certaine, prendre son temps est fabuleux pour le moral mais catastrophique pour tout le programme à couvrir ! ha !  Il y a des jours où on a réellement l’impression de faire du « sur place » tellement nous avançons lentement dans nos programmes.  Naturellement, les enfants ont le moral en hausse et le mien est à la baisse…  Comment concilier le rêve de prendre son temps avec toute la matière à voir ?

Il y a énormément d’éléments positifs à «prendre son temps» puisqu’on a réellement le temps de bien faire les choses.

Quel plaisir de relire une troisième fois un texte pour simplement le mettre en voix.

Quel soulagement de voir un adolescent réussir tous ses numéros de mathématique tout simplement parce qu’il prend le temps de les faire.

Quel fierté de voir son gamin prendre le temps de recopier plusieurs fois les exceptions d’une notion de grammaire pour s’en rappeler éventuellement.

Je l’avoue, prendre son temps porte des fruits que l’on ne voit pas autrement.  C’est dans des situations comme celles-là que je me questionne sur notre lourd programme scolaire.  Sérieusement, qu’est-ce qui est le plus payant : exécuter plusieurs cours rapidement et les comprendre à moitié ou faire quelques cours en prenant réellement le temps de les faire ?

Soupirs…  Je suis certaine que vous pensez comme moi.


Je vous laisse sur notre poème à réciter cette semaine :

Les éléphants

Le sable rouge est comme une mer sans limite,
Et qui flambe, muette, affaissée en son lit.
Une ondulation immobile remplit
L’horizon aux vapeurs de cuivre où l’homme habite.

Nulle vie et nul bruit. Tous les lions repus
Dorment au fond de l’antre éloigné de cent lieues,
Et la girafe boit dans les fontaines bleues,
Là-bas, sous les dattiers des panthères connus.

Pas un oiseau ne passe en fouettant de son aile
L’air épais, où circule un immense soleil.
Parfois quelque boa, chauffé dans son sommeil,
Fait onduler son dos dont l’écaille étincelle.

Tel l’espace enflammé brûle sous les cieux clairs.
Mais, tandis que tout dort aux mornes solitudes,
Lés éléphants rugueux, voyageurs lents et rudes
Vont au pays natal à travers les déserts.

D’un point de l’horizon, comme des masses brunes,
Ils viennent, soulevant la poussière, et l’on voit,
Pour ne point dévier du chemin le plus droit,
Sous leur pied large et sûr crouler au loin les dunes.

Celui qui tient la tête est un vieux chef. Son corps
Est gercé comme un tronc que le temps ronge et mine
Sa tête est comme un roc, et l’arc de son échine
Se voûte puissamment à ses moindres efforts.

Sans ralentir jamais et sans hâter sa marche,
Il guide au but certain ses compagnons poudreux ;
Et, creusant par derrière un sillon sablonneux,
Les pèlerins massifs suivent leur patriarche.

L’oreille en éventail, la trompe entre les dents,
Ils cheminent, l’oeil clos. Leur ventre bat et fume,
Et leur sueur dans l’air embrasé monte en brume ;
Et bourdonnent autour mille insectes ardents.

Mais qu’importent la soif et la mouche vorace,
Et le soleil cuisant leur dos noir et plissé ?
Ils rêvent en marchant du pays délaissé,
Des forêts de figuiers où s’abrita leur race.

Ils reverront le fleuve échappé des grands monts,
Où nage en mugissant l’hippopotame énorme,
Où, blanchis par la Lune et projetant leur forme,
Ils descendaient pour boire en écrasant les joncs.

Aussi, pleins de courage et de lenteur, ils passent
Comme une ligne noire, au sable illimité ;
Et le désert reprend son immobilité
Quand les lourds voyageurs à l’horizon s’effacent.

Charles-Marie LECONTE DE LISLE

 

 

L’Oiseau futé (poésie)


A quoi bon me fracasser,

dit l’oiseau sachant chanter

au chasseur sachant chasser

qui voulait le fricasser.

Si tu me fais trépasser,

chasseur au cœur desséché

tu n’entendras plus chanter

l’oiseau que tu pourchassais.

 

Mais le chasseur très froissé

dit à l’oiseau tracassé :

Je n’aime pas la musique

et tire un coup de fusique.

Le chasseur manque l’oiseau

qui s’envole et qui se moque.

Le chasseur se sent bien sot,

et l’oiseau lui fait la nique.

Après tout, dit le chasseur,

j’aime beaucoup la musique.

Moi-z-aussi dit le siffleur

se perchant sur le fusique.

Claude Roy

 

Dans le grenier de la mémoire (poème)


Voici le poème que mon fils-3 doit mémoriser :

 

Dans le grenier de la mémoire la pluie

Des jours coule doucement Des ombres font

D’étranges promenades sur le plafond

Le front de l’enfant aux fenêtres s’appuie

 

Que sont pour lui les larmes des autres Rien

Une page blanche avec un vieux buvard

L’oiseau du matin fond sur le boulevard

Quelqu’un s’en va mais quelqu’un d’autre revient

 

Dans trente ans et dans le même paysage

Un autre enfant écoutera la romance

Le monde est étroit mais la peine est immense

Les pierres durent Seul change le visage

 

Ainsi vieillit lentement une cité

Où la mémoire à la fin n’est à personne

Vaste grange ouverte où le songe moissonne

Le pain blanc de l’instant pour l’éternité.

 

Gérard Prévot

Simple comme bonjour (poésie)



L’amour est clair comme le jour
L’amour est simple comme bonjour
L’amour est nu comme la main
C’est ton amour et le mien…
Pourquoi parler du grand amour ?
Pourquoi chanter la grande vie ?
Notre amour est heureux de vivre
Et ça lui suffit

C’est vrai l’amour est très heureux
Et même un peu trop…peut-être
Et, quand on a fermé la porte,
Rêve de s’enfuir par la fenêtre…

Si notre amour voulait partir
Nous ferions tout pour le retenir
Que serait notre vie sans lui :
Une valse lente sans musique
Un enfant qui jamais ne rit

Un roman que personne ne lit
La mécanique de l’ennui
Sans amour, sans vie !

Jacques Prévert

Nuit de neige (poésie)


La grande plaine est blanche, immobile et sans voix.
Pas un bruit, pas un son ; toute vie est éteinte.
Mais on entend parfois, comme une morne plainte,
Quelque chien sans abri qui hurle au coin d’un bois.

Plus de chansons dans l’air, sous nos pieds plus de chaumes.
L’hiver s’est abattu sur toute floraison ;
Des arbres dépouillés dressent à l’horizon
Leurs squelettes blanchis ainsi que des fantômes.

La lune est large et pâle et semble se hâter.
On dirait qu’elle a froid dans le grand ciel austère.
De son morne regard elle parcourt la terre,
Et, voyant tout désert, s’empresse à nous quitter.

Et froids tombent sur nous les rayons qu’elle darde,
Fantastiques lueurs qu’elle s’en va semant ;
Et la neige s’éclaire au loin, sinistrement,
Aux étranges reflets de la clarté blafarde.

Oh ! la terrible nuit pour les petits oiseaux !
Un vent glacé frissonne et court par les allées ;
Eux, n’ayant plus l’asile ombragé des berceaux,
Ne peuvent pas dormir sur leurs pattes gelées.

Dans les grands arbres nus que couvre le verglas
Ils sont là, tout tremblants, sans rien qui les protège ;
De leur oeil inquiet ils regardent la neige,
Attendant jusqu’au jour la nuit qui ne vient pas.

Guy de Maupassant, Des vers

La neige tombe (poésie)


La neige à flocons blêmes tombe,
Tombe, tombe en mols tourbillons,
Lis effeuillé sur une tombe.
Pour qui fait-on cette hécatombe,
Hécatombe de papillons ?
La neige à flocons blêmes tombe,
Tombe, tombe en mols tourbillons.

Toute blanche dans la nuit brune,
La neige tombe en voletant,
O pâquerettes ! une à une,
Toutes blanches dans la nuit brune…
Qui donc là-haut plume la lune ?
O frais duvet ! Flocons flottants !
Toute blanche dans la nuit brune,
La neige tombe en voletant.

La neige tombe, monotone,
Monotonement, par les cieux.
Dans le silence qui chantonne
La neige tombe, monotone,
Et file, tisse, ourle et festonne
Un suaire silencieux.
La neige tombe monotone,
Monotonement par les cieux.

Jean Richepin

L’aurore boréale (poésie)


La nuit d’hiver étend son aile diaphane
Sur l’immobilité morne de la savane
Qui regarde monter, dans le recueillement,
La lune, à l’horizon, comme un saint-sacrement.
L’azur du ciel est vif, et chaque étoile blonde
Brille à travers les fûts de la forêt profonde.
La rafale se tait, et les sapins glacés,
Comme des spectres blancs, penchent leurs fronts lassés
Sous le poids de la neige étincelant dans l’ombre.
La savane s’endort dans sa majesté sombre,
Pleine du saint émoi qui vient du firmament.
Dans l’espace nul bruit ne trouble, un seul moment,
Le transparent sommeil des gigantesques arbres
Dont les troncs sous le givre ont la pâleur des marbres.
Seul, le craquement sourd d’un bouleau qui se fend
Sous l’invincible effort du grand froid triomphant
Rompt d’instant en instant le solennel silence
Du désert qui poursuit sa rêverie immense.

Tout à coup, vers le nord, du vaste horizon pur
Une rose lueur émerge dans l’azur,
Et, fluide clavier dont les étranges touches
Battent de l’aile ainsi que des oiseaux farouches,
Éparpillant partout des diamants dans l’air,
Elle envahit le vague océan de l’éther.
Aussitôt ce clavier, zébré d’or et d’agate,
Se change en un rideau dont la blancheur éclate,
Dont les replis moelleux, aussi prompts que l’éclair,
Ondulent follement sur le firmament clair.
Quel est ce voile étrange, ou plutôt ce prodige ?

C’est le panorama que l’esprit du vertige
Déroule à l’infini de la mer et des cieux.
Sous le souffle effréné d’un vent mystérieux,
Dans un écroulement d’ombres et de lumières,
Le voile se déchire, et de larges rivières
De perles et d’onyx roulent dans le ciel bleu,
Et leurs flots, tout hachés de volutes de feu,
S’écrasent et, trouant les archipels d’opale,
Déferlent par-dessus une montagne pâle
De nuages pareils à des vaisseaux ancrés
Dans les immensités des golfes éthérés,
Et puis, rejaillissant sur des vapeurs compactes,
Inondent l’horizon de roses cataractes.
Le voile en un clin d’oeil se reforme plus beau,
Lové comme un serpent, flottant comme un drapeau.
Plus rapide cent fois qu’un jet pyrotechnique,
Il fait en pétillant un sabbat fantastique,
Et met en mouvement des milliers de soleils
À travers des brouillards transparents et vermeils
Comme cristallisés dans la plaine éthérée.
Quelquefois on dirait une écharpe nacrée
Qu’un groupe de houris secouerait en volant
Dans l’incommensurable espace étincelant ;
Tantôt on le prendrait pour le réseau de toiles
Que Prométhée étend pour saisir les étoiles,
Ou pour le tablier sans bornes dans lequel
Les anges vanneraient des roses sur le ciel.

Et la forêt regarde, enivrée, éblouie.
Se dérouler au loin cette scène inouïe ;
Et l’orignal, le mufle en avant, tout tremblant,
Les quatre pieds cloués sur un mamelon blanc,
L’oeil grand ouvert, au bord de la savane claire,
Fixe depuis longtemps l’auréole polaire
Poudroyant de ses feux le céleste plafond,
Et son extase fauve en deux larmes se fond.

William Chapman