Catégorie : Textes à télécharger 5e année (CM2)

Contes de Noël


Si, comme moi, vous aimez les contes de Noël, voici quelques textes :

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Un cauchemar terrifiant (texte)


Un petit texte pour travailler les émotions


Il fait sombre. La nuit a transformé la corolle des arbres en une masse indistincte et mouvante. Les feuilles bruissent, répondant aux murmures du vent.  Tout près, une branche craque.

Tapie derrière les troncs serrés, l’ombre est là, prête à fondre sur lui. Il court, court, longtemps, et finit par s’arrêter, hors d’haleine. Penché en avant, mains sur les cuisses, il reprend son souffle. Silencieuse, la forme noire rampe au sol. Il ne la voit pas.

Il relève la tête au moment où l’ombre touche ses pieds. Le contact est froid. Pas douloureux, juste glacé. La terreur monte en lui. Il hurle.  François se réveille, en sueur. Levant la tête, il distingue dans la pénombre, au bout d’une dizaine de secondes, la forme rassurante de l’armoire et de la commode. À sa droite, les chiffres fluorescents du radio-réveil indiquent 2:28.

François pousse un long soupir. Ce n’est pas la première fois qu’il fait ce cauchemar. Mal à l’aise, il ferme les yeux et attend le retour du sommeil. Il avance d’un pas tranquille sur une jolie route, avec de gros pavés arrondis et luisants.

Un flou. L’univers se gomme, puis se redessine.  Maintenant, il se trouve au milieu d’une minuscule clairière, éclairée par la lueur blafarde d’une lune rousse. Tout autour, une haie de troncs serrés l’isole du reste du monde. Inquiet, il observe les environs.
Un sentiment d’urgence le pousse à marcher pour se mettre à l’abri… Il s’arrête, hésite.   De quel côté aller ? Il se décide soudain, s’élance au milieu des ronces. Les épines lui lacèrent les jambes.  Soudain, une vibration sourde retentit derrière lui.  Il se retourne, écarquille les yeux. La forme noire glisse sur le sol, recouvrant l’empreinte de ses pas. Il se met à courir. Les buissons le freinent, s’accrochent à lui. Il se débat, mais n’avance pas. Un cri d’horreur s’étrangle dans sa gorge : l’ombre noire englue ses pieds, escalade ses jambes.  Prisonnier du monstre vorace, il agite les bras et cherche désespérément à s’enfuir.
C’est son propre hurlement qui le réveille.
François ouvre les yeux, encore possédé par la scène de son cauchemar. Haletant, il continue de se débattre dans l’obscurité. Ses doigts agrippent le drap.  L’ombre gluante ne veut pas lâcher ses jambes.  Luttant contre le rêve, François tend le bras, tâtonne, sent l’interrupteur sous ses doigts. La lumière jaillit. La forêt sinistre fait aussitôt place aux fleurs roses du papier peint. Chaque objet se retrouve, par le miracle de l’électricité, à sa place habituelle. Encore tremblant, un peu hébété, François tente de se rassurer. Mais les images le hantent encore…
Pour se changer les idées, il attrape le livre posé au pied de la lampe de chevet. Il ôte le marque-page et commence à déchiffrer les lignes serrées du texte. À présent, il redoute de s’endormir. Il décide de lire jusqu’aux tréfonds de la nuit, jusqu’aux premières lueurs de l’aube.

D’après L’Ombre, Sylvie Miller, Utopiae 2003,  L’Atalante, 2003


  1. Repérer, au fil du texte, toutes les émotions que ressent François. Quel est l’impact physique de ces émotions ? Quelle influence ont-elles sur son comportement ?
  2. Trouver d’autres exemples de situations où les émotions ont un impact physique et influencent le comportement.

Le grillon (fable)


Ce n’est pas simple de résumer.  Il ne faut pas trop en dire, pas trop en enlever.  Trouver l’essentiel à dire est un art que nous ne maîtrisons pas toujours même adulte!

Chez nous, je ne travaille pas le résumé avant le niveau CM2 – 6e…  en tout cas, pas avec autant d’application.  Je préfère toujours qu’un petit «raconte» sa lecture au lieu de la résumer.

Pour bien résumer, il faut que la lecture soit vraiment bien acquise pour en retirer l’essentiel : ce qui n’est pas toujours le cas avec un jeune enfant.

Cette semaine, je me sers de cette fable pour initier mon dernier au résumé.  Dans nos tentatives passées, je me rendais compte qu’il escamotait plusieurs choses importantes lorsqu’il résumait un extrait ou encore il avait cette mauvaise tendance à sur-utiliser les mots du texte pour construire son résumé.

Le grillon

Un pauvre petit grillon
Caché dans l’herbe fleurie
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, la pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
Ah! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
je n’ai point de talents, encor moins de figure.
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas :
Autant vaudrait n’exister pas.
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants :
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper ;
L’insecte vainement cherche à leur échapper,
Il devient bientôt leur conquête.
L’un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient, et le prend par la tête :
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
Oh! oh! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde.
Combien je vais aimer ma retraite profonde !
Pour vivre heureux, vivons caché.

 

Jean-Pierre Claris de FLORIAN

 

Ce que j’attends de lui?  très peu en fait, quelque chose d’aussi simple que ceci :

Un petit grillon vivant caché dans la prairie observe un magnifique papillon.  Il se plaint de n’avoir aucun talent, aucune beauté particulière et d’être ignoré de tous.  Des enfants viennent, attrapent le papillon et le tuent.  Le grillon prend alors conscience qu’il vaut mieux être un insecte ignoré qu’un beau papillon coloré!

Je ne suis pas très exigeante pour le moment.  Je veux simplement qu’il recueille l’essentiel de la fable.

Si cette fable vous intéresse :

Le grillon

J’utiliserai ce même texte pour faire un peu d’analyse.  Cette semaine?  je révise le nom et l’adjectif.

 

 

 

Le réveil de la nature (texte)


Un matin de printemps, après plusieurs mois d’absence, des fées bienfaisantes sont revenues dans notre pays et elles ont gentiment effleuré nos régions de leur baguette magique; de toutes parts sont aussitôt apparues des créatures nouvelles, des êtres vivants.  Imaginons-nous ces jeunes êtres en train de se frotter les yeux et de se demander : «Que s’est-il donc passé depuis hier soir? »  En effet, lorsqu’ils étaient allés se coucher, les arbres se dépouillaient follement de leur feuillage et les dernières plantes luttaient avec lassitude contre les vents froids et les pluies continuelles de l’automne.

Et ce matin, tout cela est transformé.  Les bourgeons s’ouvrent et les prairies reverdissent rapidement; les oiseaux, si tristes naguère, prennent maintenant plaisir à confier leur nouvelle chanson à la brise légère.  Oui, que s’est-il dont passé depuis que l’écureuil et l’ours se sont endormis, hier soir?  Eh bien!  ce qui est arrivé, c’est que leur nuit a duré cinq, six, sept longs mois.

Depuis qu’ils se sont pelotonnés dans leur cachette bien chaude, pensant se réveiller le lendemain comme à l’ordinaire, la terre a tourné bien des fois, le monde a longtemps marché; les vents de l’hiver ont emporté les derniers lambeaux de l’automne, les tempêtes et les rafales de décembre ont balayé la terre, les froids persistants de janvier ont durci le sol et la neige l’a blanchi comme du duvet.  Et maintenant, voilà que les beaux jours reviennent; un soleil radieux inonde la terre de ses rayons bienfaisants; il dissipe les nuages du ciel maussade, il met le rigoureux hiver en fuite et répare ses méfaits; il rappelle peu à peu les hommes, les bêtes et les plantes à la vie et au travail.

Auteur???  je l’ignore.

Si ce texte vous intéresse :

Un matin de printemps

Première leçon de bicyclette (texte)


Première leçon de bicyclette

Henri Troyat (La grive)

À cheval sur une bicyclette étincelante, Geneviève, la tête dans les épaules, les coudes écartés, la figure décomposée par l’effroi, s’appuyait de tout son poids sur son grand-père, qui, une main cramponnée à la selle et l’autre au guidon, essayait de la maintenir en équilibre.

« Pédale ! criait-il. Pédale!

  • Non ! gémissait Geneviève. Je ne veux pas ! Je vais tomber !… Je vais me casser quelque chose !…
  • Quand tu seras lancée, ça ira tout seul. Hop ! Courage ! »

Il fit plusieurs pas en avant. Les roues tournèrent dans un joli miroitement de rayons argentés. La bicyclette et Geneviève s’inclinèrent davantage encore. Pépitou s’arc-bouta pour les redresser à la verticale:

« Pédale ! Pédale, je te dis !

  • Attends, Geneviève ! s’écria Élisabeth. Je vais te tenir de l’autre côté ! »

Elle se précipita à la rescousse. Encerclée sur son siège, poussée par-derrière, tirée par-devant, Geneviève glapissait :

«Non ! Ça ne m’amuse pas ! Assez ! »

Elle finit par laisser traîner ses deux pieds sur le sol. On s’arrêta.

« Je voudrais essayer, dit Élisabeth.

  • Tu es déjà montée à bicyclette ? demanda Pépitou.
  • Non.
  • Alors, fais attention. Ne te crispe pas. C’est moi qui te guide. »

Elle prit la place de Geneviève sur la selle.

Pépitou l’épaula légèrement et se mit en marche. La machine roulait avec lenteur. Il pressa le pas. Élisabeth appuya sur les pédales. Pépitou, accroché à la bicyclette, commença à trotter menu en soufflant:

« Bon… bon… Pédale toujours… Regarde en avant !… »

Grisée par le succès, Élisabeth accéléra le mouvement de ses jambes.

« Pas si vite ! » gronda Pépitou, qui, maintenant, était obligé de courir pour rester au niveau des roues.

Soudain, elle se sentit seule, libre, perchée très haut, entourée de vide. Pépitou l’avait lâchée. Une crainte délicieuse lui poignit le cœur. Le guidon vibrait dans ses mains. Les fenêtres de l’école défilaient en sautillant le long de sa joue droite. Elle allait s’envoler. Un caillou en décida autrement. La roue avant hésita, dévia. Élisabeth se retrouva par terre, les jambes prises sous la machine, dont une pédale tournait encore. Elle s’était écorché le genou.

Le sang coulait, mais elle n’avait pas mal. En voyant accourir Pépitou, elle pouffa de rire.

Geneviève le suivait. Elle était blanche et balbutiait d’une voix mourante:

« Tu vois que c’est dangereux, Pépitou ! »

Puis, elle s’enfuit en hurlant:

« Maman ! Maman ! Vite ! Élisabeth s’est blessée !»

Pépitou avait une mine coupable. N’était-il pas l’instigateur de cette expérience, qui se terminait par un accident ?

« Ça arrive, grognait-il, ça arrive souvent dans les débuts ! »

Il releva Élisabeth et la conduisit à la cuisine, où tante Thérèse et Ménou lui lavèrent sa plaie, la désinfectèrent avec un liquide piquant et la recouvrirent d’un volumineux bandage.

« Elle a été très vaillante, dit Pépitou en s’ essuyant le front et la nuque avec un grand mouchoir.

  • Et toi, très imprudent, Hector, dit Ménou.
  • Mais non, Clotilde. Chaque sport a ses risques. Et la bicyclette est un sport complet. Si je suis tel que tu me vois, c’est grâce à la bicyclette ! Il faut que ces enfants fassent de la bicyclette ! C’est un brevet de santé qu’elles se préparent…
  • En se cassant le nez sur les cailloux », dit tante Thérèse.

Il baissa la tête. Élisabeth rassura tout le monde et sortit, héroïque, souriante et la jambe raide.

Extrait de La Grive, roman d’Henri Troyat, librairie Plon, 1956.


 

Comprendre le texte

  1. Décris la position de Geneviève sur la bicyclette.
  2. Quel conseil le grand-père ne cesse-t-il pas de répéter?
  3. Laquelle des deux fillettes risque une première course?
  4. En quels termes Geneviève décide-t-elle de mettre fin à sa tentative?
  5. Comment est-il dit dans le texte qu’Élisabeth accéléra sa course?
  6. Élisabeth est-elle fière de sa course?
  7. Quelle est sa réaction lors de sa chute?
  8. Imagine la réaction de Geneviève devant l’incident?
  9. Laquelle des deux fillettes te semble la plus courageuse?  Pourquoi?

Réagir au texte

Ta première expérience en bicyclette fut-elle aussi émouvante?

Selon toi, pourquoi les enfants aiment-ils monter à bicyclette?


Si cela vous intéresse :

Première leçon de bicyclette_HTroyat

Source : «Mon livre de français 5e année» Les frères du Sacré-Coeur

Les deux chevaux (texte)


Voici le petit texte supplémentaire qui accompagne le travail de mon dernier cette semaine.

 

Près d’Amiens, au village de Longueau, était un vilain qui, pour faire sa moisson, avait acheté, selon ses minces facultés, un vieux roussin. Pendant tout l’été, il fit travailler beaucoup le pauvre animal, le nourrit fort mal et, quand les gros travaux furent finis, il n’eut qu’un désir, s’en défaire.

Un samedi donc, après l’avoir bien étrillé, bien lavé, bien bouchonné, il lui mit un licou de chanvre, et, sans selle ni bride, le conduisit à la foire.

Assurément, point n’était besoin de mors ni de bride pour le tenir car c’était à peine si le pauvre cheval pouvait marcher. Maigre et efflanqué, il vous eût fait pitié tant il avait le poil terne et les os saillants.

Sur le chemin de la ville, se dressait l’auberge des Adruts. Quand le paysan passa devant, l’aubergiste lui demanda si, par hasard, son cheval était à vendre. «J’en ai un à l’écurie dont je veux me défaire, dit-il, je pourrais le troquer contre le vôtre.»

Le paysan accepta la proposition. Mais, à l’écurie, il ne put s’empêcher de rire en voyant la grande et vieille jument, au dos creusé, au cou de grue, haute du derrière et basse du devant qu’on lui offrait.

Elle est tout juste bonne à écorcher, dit le villageois. Pour rien au monde je consentirais à vous donner ma bête en échange. Le plus clair de ma fortune, c’est ce roussin. Regardez-le donc ! Est-il bien troussé ! A-t-il bonne mine ! Ça laboure, ça herse, ça galope en diable, ça va sous l’homme comme une hirondelle, c’est bon à tout !
Bref, il vanta tant son cheval et dit tant de mal de la bête de l’aubergiste que celui-ci, piqué au vif, proposa de les attacher tous deux par la queue et de voir qui pourrait emporter l’autre.

«Si votre cheval emporte ma jument, dit-il, ils sont à vous tous les deux ; mais s’il est entraîné dans mon écurie par ma bête, vous le perdrez.»

Le paysan y consentit. Les deux queues furent liées ensemble, et les deux hommes, chacun de son côté, se mirent à encourager leur bête. L’une ne valait guère mieux que l’autre, mais le vilain, plus habile, laissa d’abord se fatiguer l’adversaire, puis, animant son cheval de la voix : «Allons petit gris, du cœur, hue! hue !».

À l’instant, le roussin rassemble son peu de forces, se cramponne contre le pavé, et en moins de rien enlève la jument, qui se laisse emporter sans résistance.

Le roussin avait déjà passé la porte de l’écurie quand, se voyant sur le point de perdre, l’aubergiste tira tout à coup son couteau et coupa la queue du roussin. Les deux chevaux libres s’élancèrent chacun de son côté et l’aubergiste ferma la porte !

En vain, le paysan appela, tempêta, cria, jura, menaça de tout casser, la porte resta close.

Fort en colère, comme vous le supposez, il se rendit à la cour du roi pour demander justice, mais le procès traîna en longueur et finalement ne fut jamais jugé.

Fabliau (Louis Tarsot )

Si ce texte vous intéresse :

Les deux chevaux_fabliau

***Source : LUCIEN DUMAS. Le livre unique de français – cours moyen

 

 

Comment la baleine perdit ses pieds (texte)


Comment la baleine perdit ses pieds

de

Pierre Mille

— Mon oncle, pourquoi c’q…

— Pardon ?

— Pourquoi est-ce que ?

— Très bien !

— Pourquoi est-ce qu’il y a encore de grosses, de très grosses bêtes dans la mer, et qu’il n’y en a plus sur terre ?

— Je ne comprends pas.

— Ça devrait pourtant te crever les yeux ! Dans la mer il y a toujours des baleines. C’est énorme, les baleines. Ça a vingt mètres, trente mètres de long : tu n’as qu’à aller voir celle qui est empaillée au Jardin des Plantes, sous un toit de zinc qui n’en finit pas, devant le laboratoire de ton ami, M. Chevalier… Eh bien, avant, il y avait des bêtes aussi grosses que ça sur terre : le diplodocus, par exemple, qui est aussi au Jardin des Plantes, en squelette, parce qu’il est mort depuis longtemps, longtemps. Et maintenant, il n’y en a plus…

— Il y a l’éléphant.

Boulot hausse les épaules.

— C’est tout petit un éléphant !… Je veux dire tout petit en comparaison d’une baleine. Si encore il restait des mammouths ! Les mammouths c’étaient des espèces d’éléphants, mais poilus, tout poilus, avec des défenses enroulées comme des cors de chasse — regarde dans la Terre avant le déluge, de M. Figuier — et bien plus gros. Ça, au moins, c’était sérieux… Mais il n’y en a plus, tu sais bien !… On ne les retrouve que crevés, tout à fait crevés, au Kamtchatka, conservés dans la glace depuis vingt mille ans, c’est aussi dans M. Figuier. Peux-tu m’expliquer ?…

— Ah ! voilà !… c’est que le mammouth a été moins intelligent que la baleine.

— Moins intelligent ? Je croyais pourtant que c’était très intelligent, les éléphants. Alors les mammouths, qui étaient bien plus gros, devaient être encore plus malins !

— Eh bien, non ! C’est la baleine qui l’a été. Le mammouth pas. Écoute !

Ça remonte, comme tu dis, à une vingtaine de mille ans. A cette époque la terre avait déjà à peu près la figure qu’elle a maintenant, sauf qu’elle était à moitié couverte de glaces… C’est pour ça qu’on appelle ce moment-là l’époque glaciaire… Les banquises du pôle dégringolaient presque jusqu’en Autriche, et les glaciers des Alpes presque jusqu’à moitié route de la Méditerranée. Sans compter d’autres glaciers en Auvergne, dans les Pyrénées et un peu partout.

Ça n’empêchait pas les mammouths de vivre très heureux, dans les endroits où il n’y avait pas de glaciers. Du reste, comme tu viens de le dire, ils avaient pris la précaution de se laisser pousser une bonne fourrure bien chaude sur le corps. Et ils se considéraient comme les rois de la terre, à cause de leur faille et de leur nombre… Quand, ils rencontraient un bison, peuh ! ils s’asseyaient dessus, et il n’y avait plus de bison.

En été, les glaciers reculaient ; ils fondaient, et, les rivières qui en sortaient se remettaient, à couler vers la mer, en France du moins, à peu près jusqu’à leur embouchure actuelle. Le roi des mammouths, qui habitait Paris, naturellement, ou, si tu veux, la place où est maintenant Paris, mais qui a toujours été considérée, depuis le commencement des commencements, comme la capitale du monde, le roi des mammouths suivit le cours de la Seine en arrachant sur sa route un tas de grands arbres dont il faisait sa nourriture, feuilles et branches, ne laissant que le tronc… Pour dessert, il cueillait des noisetiers. Il les mangeait tout entiers, mais, comme les noisettes étaient mûres, ça avait tout de même le goût de noisette.

C’est comme ça qu’il arriva dans les environs de Rouen. Il avait l’intention d’aller jusqu’à la mer, pour prendre des bains de mer, mais il était un peu fatigué. Et comme il avait chaud, il pensa qu’il pouvait toujours, en attendant, prendre un bain de Seine. Donc il descendit dans la rivière, pompa de l’eau avec sa trompe, comme c’est l’habitude chez tous les animaux qui ont l’avantage d’avoir une trompe, et se mit à s’arroser le dos.

Et, voici qu’à ce moment, ce moment d’entre les moments, arriva la baleine, la reine des baleines, sur ses pieds.

— Sur ses pieds ? Les baleines n’ont pas de pieds, voyons !

— A cette époque elles avaient des pieds. Tiens, des pieds presque comme les hippopotames qui vivent pourtant aussi dans l’eau. Si tu étais capable d’un peu de réflexion, tu concevrais que c’est tout naturel, qu’il a dû en être ainsi, puisque les baleines sont des mammifères, qu’elles font leurs petits à la manière de tous les mammifères et qu’elles les nourrissent avec leur lait. Or, tous les mammifères ont des pieds, ou devraient en avoir. Les phoques en ont toujours, à moitié changés en nageoires.

— Bonjour, roi des mammouths ! fit la baleine, poliment.

— Bonjour, reine des baleines, répondit le mammouth avec courtoisie.

— Est-il permis de vous demander ce que vous faites là ? demanda la baleine.

— Vous le voyez, je prends une douche.

— Ah ! C’est bien commode, d’avoir un nez comme le vôtre pour ça !… Justement, à moi, mon médecin m’a recommandé les douches d’eau douce.

— A votre service, reine des baleines, fit le mammouth en l’aspergeant… A moi, mon médecin m’a recommandé les douches d’eau salée. Est-ce que c’est loin, encore ?

 — Assez loin. Mais, si vous consentez à accepter ma compagnie, je me ferai un honneur de vous montrer la route. Je vous dois bien ça, après le service que vous venez de me rendre.

 — Nous irons par terre, ou par eau ? demanda le mammouth, hésitant un peu.

— Par terre, ou par eau. Mais par eau j’irai beaucoup plus vite : j’ai des jambes, comme vous voyez, mais un peu gourdes.

— C’est que moi, observa le mammouth, moi, c’est le contraire.

— Je ferai ce que vous voudrez !

— Non pas. C’est à moi…

Mais comme ils poursuivaient cet assaut de galanteries, s’approcha de la rivière un couple de petits animaux singuliers, d’apparence, d’ailleurs, assez méprisable. Ils marchaient sur leurs pattes de derrière, chose tout à fait insolite et disgracieuse, et leurs deux autres pattes se terminaient par des mains, à la façon des singes. La femelle s’en servait pour porter un vase fait d’une calebasse vidée de sa pulpe, qu’elle remplit en la plongeant dans le fleuve. Le mâle tenait un long bâton mince au bout duquel s’effilait une pierre pointue.

La baleine plongea brusquement dans la Seine. Le mammouth demeura sur le bord, bien droit, bien fier, bien tranquille. Le mâle du couple qui venait d’apparaître dit à sa femelle quelque chose que le mammouth ne comprit pas. Mais je vais te dire ce que ça voulait dire :

Quand les camarades seront arrivés, on pourra faire bonne chasse, dans ce pays-ci ! Pour le moment. partons sans les effrayer. »

— Ils ne sont plus là ? demanda la baleine, sortant de l’eau son gros nez.

— Non, fit le mammouth, ils ne sont plus là. Mais pourquoi as-tu si peur ? Je tuerai vingt de ces espèces de singes, qui sont très laids, avec un seul de mes pieds, d’un seul coup.

— Ce sont des hommes ! dit la baleine. Des hommes !

— Bien heureux de savoir leur nom. Et puis après ?

— Ce n’est pas toi qui les tueras. C’est eux qui te tueront. Tu ne les connais pas. Ils tueront tous les animaux qui vivent sur la terre, ou les réduiront en esclavage — pour les tuer un peu plus tard, du reste !

— Bah ! fit l’immense mammouth avec dédain, balançant sa trompe.

— Sur mer, dans la mer, continua la baleine, nous serons mieux à l’abri, nous aurons dix ou quinze mille ans de répit. Je ne quitterai plus la mer. Viens avec moi !

— Jamais de la vie ! répliqua le mammouth, je nage trop mal, avec mes grosses jambes !

— Tu les perdras, ou du moins tes descendants les perdront. Elles se changeront en nageoires. C’est ce qui commence à m’arriver. Ta race y mettra le temps qu’il faut. Mais viens ! Hors de là, pas de salut, plus les animaux seront gros, et plus les hommes prendront plaisir à les détruire !

Le mammouth ne voulut pas la croire, et les hommes ont tué tous les mammouths. La baleine, dans la mer, a fini de perdre ses pieds, mais elle a survécu. »

Bazar moderne (texte)


Je me prépare à notre retour…  Voici un des textes qui prendra place dans la semaine de mon fils-4 sous le thème «les magasins»

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Arrivé boulevard Gambetta, comme je me demandais où je pourrais bien achever agréablement ma journée, j’eus tout à coup une inspiration : les « PRIX FIX »! Et je descendis vers le centre de la ville, pour aller faire un tour dans un de ces bazars.
En ces temps-là, j’aimais bien les « PRIX FIX ». Tous ces comptoirs, ces étalages, ces tas de choses nickelées et luxueuses, qu’on pouvait toucher, et qui n’étaient pas chères, qu’on aurait presque pu se payer, à la rigueur, m’hypnotisaient….

Il y avait toujours beaucoup de gamins de mon âge là-dedans qui traînaient, chauffés, éclairés « à l’œil » et qu’on tolérait parce qu’ils mettaient de l’animation. C’est pratique. On n’achète rien, et on se distrait à regarder les rayons.

Moi, j’y regardais les outils, l’électricité, les boîtes de couleurs, et aussi, je dois le dire, les jouets, parce que je n’en ai pas eu lorsque j’étais petit. Et puis ça m’amusait, malgré mes dix-neuf ans, de penser à tout ce que j’aurais pu faire avec ces autos, ces soldats, ces mécaniques, et ces petits trains si on me les avait donnés.

Il faisait encore plein jour. Mais le « PRIX FIX » attirait de loin les gens comme des mouches, avec sa façade jaune-crème, ses portes nickelées, ses vitrines toutes flambantes, et ses longs traits de lumière rouge qui s’allumaient, s’éteignaient puis s’allumaient, comme si toute la façade avait de loin cligné de l’œil vers nous pour nous aguicher, nous faire des signes prometteurs. « Arrivez donc ! Entrez ! Entrez ! »

Devant, ça grouillait, les gens se bousculaient pour entrer et sortir, et le gros agent qui était là de planton’ ne savait plus où garer ses doigts de pieds.

La musique nous arrivait comme par rafales, entrecoupée, hachée dans ce battement de portes. Aux vitrines, les gens se collaient bouche bée, parce que les étalages montaient et changeaient toutes les minutes. Et, entre chaque étalage, un camelot vendait des stylos ou de la pâte à raccommoder la vaisselle, faisant de grands gestes, et poussant des hurlements pour achever d’abrutir son public.
Là-dessus, les sonneries des trams, les klaxons des automobiles, le roulement des camions, des baladeuses et des voitures des halles, et les cris des marchands qui couraient en clamant le nom de leurs journaux.

La porte de nickel battait, engloutissait toujours la foule avec un bruit de gueule qui happe, et me jetait, à chaque coup, le rapide éclair éblouissant de ses chromes….

Je la poussai à mon tour. On était bien, tout de suite, là-dedans. Au chaud, à l’abri, loin de tout. On entrait là comme dans une eau tiède, pleine de lumière, de reflets, qui vous bruissait aux oreilles et vous submergeait….
Le temps passa très vite et quand je sortis, la tête lourde et les yeux fatigués, j’avais fait toutes sortes de rêves abrutissants et agréables, et je me sentais l’envie d’une foule de choses auxquelles jusque-là je n’avais jamais pensé.

M. VAN DER MEERSCH. Pêcheurs d’hommes. Albin Michel, édit.

Si cela vous intéresse, je l’ai pris ici : CLIQUER ICI  (P.74-75)

Je l’ai aussi placé dans mon document de travail (semaine 11_le grand magasin)

La vieille armoire (texte)


Voici le texte que mon fils-4 doit lire demain. 

Pour plusieurs d’entre vous, cela ne veut rien dire de plus qu’un vieux texte…  mais pour une famille comme la mienne, où l’on garde précieusement plusieurs meubles de génération en génération, ce texte représente beaucoup plus qu’un simple texte.

Je dors tous les soirs dans le lit de mes grands-parents maternels, reçu en héritage, qui a vu ma mère naître et les 16 frères et sœurs qu’elle a 😀

Nous mangeons sur la table en érable de mes grands-parents paternels, reçue en héritage, qui avait autour d’elle 16 enfants…

Je lis, brode, tricote dans une chaise berceuse en chêne faite par un ébéniste : cadeau de ma grand-mère à l’âge de 16 ans parce qu’elle croyait, justement, que nous devions posséder un meuble que l’on entretient et passe ensuite à une autre génération.  Elle bercera mes petits enfants éventuellement…

Nous faisons la classe sur une immense table en pin qui provient d’un vieil ami…

Mon fils-4 a longtemps dormi dans un lit appartenant à mon arrière grand-père paternel…

Mon vieux piano qui est encore chez mes parents mais qui m’appartient…

Une vieille machine à coudre appartenant à ma mère qui attend que je l’apporte puisque ma mère ne voit plus suffisamment pour coudre…

Et que dire de tous les vieux meubles centenaires de mes parents qui nous appartiendront ensuite…

On pourrait croire que nos vieux meubles ont une âme…  ils sont les témoins silencieux de toutes ces générations qui passent!

La vieille armoire

Quand je n’y serai plus, ne vendez pas l’armoire de merisier. J’aimerais que l’un de vous la garde. Elle vient de mon aïeule. On l’avait commandée pour son mariage au menuisier du village. Il venait de faire son Tour de France, et état aussi habile qu’un ébéniste.

Regardez comme elle est belle ses panneaux moulures, ses pieds tournés, sa corniche sculptée. Au fronton, le menuisier a taillé en plein bois une gerbe d’épis. Dans la rosace du bas, il a mis une corbeille de pommes et, entre les portes, un cep de vigne avec ses feuilles et ses grappes. Les gonds, les ferrures et les poignées ont été découpés et polis par le serrurier voisin. Tout cela a été dressé, assemblé par des gens consciencieux.

Ouvrez les deux battants. Voyez comme elle est large et profonde. Sur les tablettes et les rayons tiendrait tout le linge d’un ménage : linge de maison, linge de table, linge de corps ; tous les habits. Il y a un grand tiroir pour les robes et les châles ; de petits tiroirs pour les papiers et les souvenirs, et même… un tiroir à secret !

Je l’ai toujours vue à cette place, entre la commode et la fenêtre, en face du lit. Quand j’étais petite et que je couchais chez la grand-mère, je m’amusais à voir le feu se mirer et danser sur les panneaux brillants. Elle a été tant de fois cirée et frottée, la pauvre armoire ! Je guignais aussi, sur la corniche, les pots de confitures. Il y en a eu longtemps une ribambelle : cerises et groseilles, fraises et coings. Et les plus belles pommes des espaliers. Moi, j’y ai mis ce qui ne me sert plus les soupières de faïence fleurs, le pot-au-feu de terre et la bassine de cuivre rouge.

La vieille armoire est plus que centenaire. On dit que les choses voient. Celle-ci en a vu, des baptêmes et des mariages, des deuils aussi, et des veillées autour du feu ! Si elle pouvait parler, elle en raconterait, des histoires ! Elle n’aimerait pas s’en aller chez des inconnus, savoir qu’on l’a remplacée par une étrangère, venue de la ville, en robe trop mince et avec un grand miroir qui lui mange toute la figure…

Non, vous ne la vendrez pas, l’armoire de merisier !

 

Source :  J. Cressot, E. Royer, G. André.  Le français cours moyen »

 

Si cela vous intéresse, il se retrouve sur mon document de travail de la semaine :

Thème vieille armoire_leçon 9

Première neige (texte)


Voici un petit texte à lire à haute voix demain pour nous.

extrait de «Le Survenant»

de Germaine Guèvremont

À la sortie de la messe, quelques flocons de neige voltigèrent, se posant délicatement, comme avec d’infinies précautions, sur la terre.

  • Le temps est blanc. Va-t-il neiger, quoi?

  • Il neigeotte.

  • Il neige, dit joyeusement Phonsine. Les hommes se sourirent. Neiger signifiait pour eux une forte bordée, un épais revêtement collé aux maisons, un pont solide sur les chemins d’hiver entre les balises, une eau lourde qui soude les rives. Mais non ces plumes folles…

Phonsine tendit la main à l’air pour capturer un flocon ou deux. Seules des gouttelettes tremblèrent à la chaleur de la peau.

Peu de temps après, au jour laiteux éclairant la pièce, Venant comprit, à son réveil, que la métamorphose attendue arrivait enfin. Il sauta hors du lit. Sous le ciel bas la neige abolissait les reliefs; elle unifiait toute la campagne dans une blanche immobilité. Il neigeait à plein temps. Ce n’était plus les plumes folles du dimanche précédent. La neige tombait fine, tombait dru, tombait abondante, pour régaler la terre. Vers midi le soleil se montra, pâle parmi de pâles nuages; et cependant il alluma des myriades d’étoiles dans les champs.

Didace dit: « la neige restera ». Et la neige resta.

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*** Texte très court puisqu’on ne travaille que la lecture à haute voix : liaison, prononciation, intonation, etc.