Mousquetaire de coeur (texte)


Voici le texte qui accompagne mon troisième cette semaine (secondaire 2)…


Arrivé à Paris, d’Artagnan se rend chez monsieur de Tréville, capitaine des mousquetaires du roi dans l’espoir de se faire engager.  Il y croise les inséparables Athos, Porthos et Aramis, mousquetaires du roi, se justifiant auprès de leur capitaine d’un duel qu’ils ont perdu contre les mousquetaires du cardinal et au cours duquel Athos a été blessé.  D’Artagnan leur voue sur le champ une immense admiration.  Malencontreusement et bien malgré lui, le jeune Gascon se retrouve engagé pour un duel avec chacun des trois compagnons.  Ce n’est qu’une fois arrivés sur les lieux du rendez-vous que ces derniers découvrent avec stupeur qu’ils doivent affronter le même adversaire.  Ils tirent au sort pour savoir dans quel ordre chacun des trois compagnons affrontera d’Artagnan. Athos est le premier…
Il était midi et un quart. Le soleil était à son zénith et l’emplacement choisi pour être le théâtre du duel se trouvait exposé à toute son ardeur.
– Il fait très chaud, dit Athos en tirant son épée à son tour, et cependant je ne saurais ôter mon pourpoint ; car, tout à l’heure encore, j’ai senti que ma blessure saignait, et je craindrais de gêner monsieur en lui montrant du sang qu’il ne m’aurait pas tiré lui-même.
– C’est vrai, monsieur, dit d’Artagnan, et, tiré par un autre ou par moi, je vous assure que je verrai toujours avec bien du regret le sang d’un aussi brave gentilhomme ; je me battrai donc en pourpoint comme vous.
– Voyons, voyons, dit Porthos, assez de compliments comme cela, et songez que nous attendons notre tour.
– Parlez pour vous seul, Porthos, quand vous aurez à dire de pareilles incongruités, interrompit Aramis. Quant à moi, je trouve les choses que ces messieurs se disent fort bien dites et tout à fait dignes de deux gentilshommes.
– Quand vous voudrez, monsieur, dit Athos en se mettant en garde.
– J’attendais vos ordres, dit d’Artagnan en croisant le fer.
Mais les deux rapières avaient à peine résonné en se touchant, qu’une escouade des gardes de Son Eminence, commandée par M. de Jussac, se montra à l’angle du couvent.
– Les gardes du cardinal ! s’écrièrent à la fois Porthos et Aramis. L’épée au fourreau, messieurs ! l’épée au fourreau !
Mais il était trop tard. Les deux combattants avaient été vus dans une pose qui ne permettait pas de douter de leurs intentions.
– Holà ! s’écria Jussac en s’élançant vers eux et en faisant signe à ses hommes d’en faire autant, holà ! mousquetaires, on se bat donc ici ? Et les édits, qu’en faisons-nous?
– Vous êtes bien généreux, messieurs les gardes, dit Athos plein de rancune, car Jussac était l’un des agresseurs de l’avant-veille. Si nous vous voyions battre, je vous réponds, moi, que nous nous garderions bien de vous en empêcher. Laissez-nous donc faire, et vous allez avoir du plaisir sans prendre aucune peine.
– Messieurs, dit Jussac, c’est avec grand regret que je vous déclare que la chose est impossible. Notre devoir avant tout. Rengainez donc, s’il vous plaît, et nous suivez.
– Monsieur, dit Aramis parodiant Jussac, ce serait avec un grand plaisir que nous obéirions à votre gracieuse invitation si cela dépendait de nous ; mais malheureusement la chose est impossible : M. de Tréville nous l’a défendu. Passez donc votre chemin, c’est ce que vous avez de mieux à faire.
Cette raillerie exaspéra Jussac.
– Nous vous chargerons donc, dit-il, si vous désobéissez.
– Ils sont cinq, dit Athos à demi-voix, et nous ne sommes que trois ; nous serons encore battus, il nous faudra mourir ici, car, je le déclare, je ne reparais pas vaincu devant le capitaine.
Athos, Porthos et Aramis se rapprochèrent à l’instant les uns des autres pendant que Jussac alignait ses soldats. Ce seul moment suffit à d’Artagnan pour prendre son parti : c’était là un de ces événements qui décident de la vie d’un homme, c’était un choix à faire entre le roi et le cardinal ; ce choix fait, il fallait y persévérer. Se battre, c’est-à-dire désobéir à la loi, c’est-à-dire risquer sa tête, c’est-à-dire se faire d’un seul coup l’ennemi d’un ministre plus puissant que le roi lui-même ; voilà ce qu’entrevit le jeune homme, et disons-le à sa louange, il n’hésita point une seconde. Se tournant donc vers Athos et ses amis :
– Messieurs, dit-il, je reprendrai, s’il vous plaît, quelque chose à vos paroles. Vous avez dit que vous n’étiez que trois, mais il me semble, à moi, que nous sommes quatre.
– Mais vous n’êtes pas des nôtres, dit Porthos.
– C’est vrai, répondit d’Artagnan ; je n’ai pas l’habit, mais j’ai l’âme. Mon coeur est mousquetaire, je le sens bien, monsieur, et cela m’entraîne.
– Écartez-vous, jeune homme, cria Jussac, qui sans doute à ses gestes et à l’expression de son visage avait deviné le dessein de d’Artagnan. Vous pouvez vous retirer, nous y consentons. Sauvez votre peau ; allez vite.
D’Artagnan ne bougea point.
– Décidément, vous êtes un joli garçon, dit Athos en serrant la main du jeune homme.
– Allons ! allons ! prenons un parti, reprit Jussac.
– Voyons, dirent Porthos et Aramis, faisons quelque chose.
– Monsieur est plein de générosité, dit Athos.
Mais tous trois pensaient à la jeunesse de d’Artagnan, et redoutaient son inexpérience.
– Nous ne serions que trois, dont un blessé, plus un enfant, reprit Athos, et l’on n’en dira pas moins que nous étions quatre hommes.
– Oui, mais reculer ! dit Porthos.
– C’est difficile, reprit Athos.
D’Artagnan comprit leur irrésolution.
– Messieurs, essayez-moi toujours, dit-il, et je vous jure sur l’honneur que je ne veux pas m’en aller d’ici Si nous sommes vaincus.
– Comment vous appelle-t-on, mon brave ? dit Athos.
– D’Artagnan, monsieur.
– Eh bien ! Athos, Porthos, Aramis et d’Artagnan, en avant ! cria Athos.

Alexandre Dumas, Les Trois Mousquetaires, chapitre V.


Narration écrite

Athos écrit à un ami. Il lui raconte sa rencontre avec d’Artagnan et fait un portrait du jeune homme.


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