Le bouillon de la poule (texte)


Le prieur de Plessis-Grimould.  Il n’était pas bien riche, d’autant plus qu’il rendait d’une main ce qu’il recevait de l’autre.  Ses paroissiens, qui le savaient, lui faisaient par-ci par-là, quelques dons de chapons bien dodus.

Un jour, un paysan vint lui apporter une belle poule.  Le prieur, en retour, lui fit servir une bonne soupe et un verre de vin.  De retour à son village, il vanta chaleureusement devant ses voisins l’excellent accueil du prieur.  Et ceux-ci se promirent de passer au prieuré, mais sans poule.  Huit jours après, l’un d’eux s’y présente.

«Monsieur le prieur, je suis le frère de l’homme de la Lande-Beaumont qui vous a apporté une poule ces jours derniers, et qui m’a dit tellement de bien de vous, que j’ai désiré vous voir en passant.

–Entrez, mon ami », dit le prieur.

Et il enjoignit à sa servante de servir une soupe et un verre de vin au visiteur.  celui-ci ne manqua point de se congratuler avec ses parents et amis de la bonne réception du prieur.

La semaine suivante, un autre villageois arrivait aussi au prieuré.

«Bonjour, monsieur le prieur.

— Que désirez-vous, mon ami ?

–Monsieur le prieur, je suis le cousin du frère de celui qui vous a apporté une poule.»

Le prieur fit encore donner une soupe et un verre de vin au visiteur.  Mais il se promit de mettre fin à ces visites.  Huit jours après un nouvel individu se présente.

«Monsieur le prieur, je suis le parent éloigné de celui qui vous a apporté une poule il y a quelque temps.

–À quel degré êtes-vous parent ?

— Je suis un cousin issu de germain du neveu du beau-frère du frère de celui qui vous donna la poule.

— Bien, mon ami, entrez et vous ferez la collation.»

Et dame Gothon, la servante, qui avait le mot, arriva quelques instants après avec une écuelle recouverte d’une assiette.  L’individu but avidement ce qu’il croyait être un bon bouillon, et fit la grimace ; car ce n’était qu’un bol d’eau chaude où trempait un peu de pain.

Comme il se plaignait :

«Mon ami, dit le prieur,  ce bouillon est en effet très maigre.  Il est cousin issu de germain du neveu du beau-frère du frère du bouillon de la poule.  Il ne tiendra, à l’avenir, qu’aux habitants de la Lande-Beaumont de le boire meilleur : ce sera d’apporter avec eux une poule.

Brunet


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