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Mon exaspération devant les programmes actuels


Je suis en train de préparer le programme en étude de la langue de mon fils de secondaire 2 pour les prochaines semaines.

Je tourne les pages des vieux manuels et des cahiers scolaires actuelles et je ne comprends toujours pas pourquoi les programmes actuels délaissent une grande partie des informations pourtant pertinentes.

Prenons, par exemple, la conjugaison du futur simple et du futur antérieur.  Pourquoi avoir abandonné l’aspect «connaissance» au lieu de simplement faire conjuguer l’élève.

Je serais curieuse de voir quel élève connaît, maintenant, ce qu’exprime le futur simple (sa valeur) ?  Pourquoi l’utilise-t-on ce verbe à part pour exprimer une action à venir???

  • Une action à venir, proche ou lointaine.
  • Une affirmation atténuée d’un fait présent (futur de politesse).  Ex : Je vous prierai de m’écouter attentivement.
  • Un ordre atténué, un conseil, une prière, un souhait. Ex : Tu iras chez ta grand-mère dimanche.
  • Une probabilité, une intention, une promesse.  Ex: Je vous embrasserai ce soir.
  • Une action passée ( futur employé souvent par les historiens).  Ex: La guerre sera inévitable par la suite entre ces deux pays.
  • Une indignation devant un fait qui risque de durer.  Ex: Quoi!  Ces gens se moqueront de moi ! (La Fontaine)
  • Une vérité générale ( pour l’avenir comme pour le présent et le passé) avec toujours, souvent, jamais.  Ex: Homme libre, toujours tu chériras la mer ! (Beaudelaire)

J’ai beau feuilleter mes cahiers, mes manuels… rien.  Je ne trouve ces informations que dans les anciens manuels de grammaire.

Qui enseigne maintenant que le futur simple est la fusion d’une locution (infinitif + présent du verbe avoir)?

La plupart du temps, les programmes font mémoriser les terminaisons, sans réfléchir…  erai / eras / era…  tout simplement.  On semble oublier la réflexion derrière le geste à poser.  Avant de conjuguer, pourquoi ne pas chercher à comprendre un peu ?!  Pfft!

On reproche continuellement la médiocrité du français écrit de nos jeunes mais…  mais…  mais…  Avons-nous, entre les mains, les bons outils pour les accompagner!?!?!


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Patinage au clair de lune (texte)


Je poursuis ma préparation pour l’hiver…  Voici un texte qui accompagnera mon fils de secondaire 2 (4e) à la mi-janvier.


Romain Heurfils n’a pas douze ans.  Il fait partie d’une famille nombreuse, dans un village de la rive nord, quelque part entre Montréal et Trois-Rivières.  Enfant précoce, il éprouve un certain malaise dans son milieu familial et à l’école.

Romain a passé la porte.  Il a vu le ciel noir avec son fourmillement d’étoiles scintillantes, d’un grand éclat.  Rigides, dépouillés, les bouleaux craquaient dans le vent léger.  Le silence, les lueurs laiteuses de la neige, l’immobilité des choses, les profondeurs du firmament l’ont comme saisi.

Romain a patiné d’abord sur le ruisseau, devant la maison ; son allure avait un rythme et comme une mélodie ; elle était scandée d’une certaine façon.  Il a quitté la frontière du pays connu pour s’enfoncer dans la nuit silencieuse, douce, un pays connu pour s’enfoncer dans la nuit silencieuse, douce, un peu mouillée.  Les berges sont hautes et forment un couloir.  Il arrive à l’embouchure, et la rivière s’élargit pour entrer dans l’immense fleuve aux rives basses.  Romain n’est pas rassuré : les remous n’ont-ils pas laissé de l’eau à découvert ?  Un esprit d’aventure et de défi le pousse.  Il se hasarde jusqu’au milieu du fleuve.  En amont, c’est la solitude absolue ; en aval, très loin, c’est le village, dont les fenêtres faiblement éclairées luisent dans les ténèbres.

Il descend le fleuve.  Les immensités de neige blanche dorment sur le pays.  Et soudain, jaillissant comme d’une fente dans la glace, tout près, sourd une pleine lune orangée, une lune semblable à celle des moissons.  Ligne à ligne, imperceptiblement, elle surgit de sa cave aquatique et glaciale. Pendant tout un moment, elle repose comme un gros ballon lumineux sur la surface luisante qu’elle inonde de sa clarté dorée, un peu sanglante.  Puis elle se soulève ; il n’y aurait qu’à arriver à toute vitesse et à la saisir dans ses bras.  De larges ruissellements de clarté se déversent sur toute l’étendue du fleuve.  Aplaties, vagues et longues, les îles renflent dans le lointain leurs contours indistincts ; les rives se prolongent sans un pli dans la plaine qui s’étend à perte de regard, désert de neige immaculée.

Et c’est maintenant comme si Romain, lutin des nuits, avait bu quelque philtre et était possédé par une ferveur.  Il patine à toute vitesse vers la lune qui le tente par sa proximité.  Comme si des ailes allégeaient le poids de son corps enfantin, ses enjambées s’allongent et s’allongent ; ce soir, il se sent étrangement équilibré, sûr de soi, supérieur à lui-même.  L’âme tout enchantée, il suit la route qui le conduit à la lanterne orangée suspendue là-bas aux domaines des rêves.  Longtemps, longtemps, il poursuit ainsi sa course.  Puis, soudain, il s’arrête et il tourne en rond ; s’enfermant dans une large giration, il va de l’avant puis à reculons ; ses patins mordent et cliquètent.  Ensuite, avec la même violence, il repart vers la lune en ligne droite, plongeant plus avant dans les éclaboussements de lumière. Puis il tourne et tourne encore.

La lune s’élève toujours.  Mais à mesure qu’elle monte, elle rapetisse, devient plus lointaine, s’enfonce dans le ciel profond.  Romain ne l’atteindra pas ce soir.  Après un moment de repos, il revient sur ses pas.  Cette fois, il patine pour la joie de patiner.  C’est comme si la musique avait changé de rythme.  Celle-ci est plus lente, plus grave, solennelle et presque religieuse.  Patiner est comme une prière ample, largement balancée, régulière et douce.  L’allure est rapide, mais non forcée, les enjambées sont berçantes.  On peut la maintenir toute une nuit sans fatigue.  Romain a dépassé l’embouchure de la rivière depuis longtemps, il ne voudrait plus s’arrêter jamais, ne plus revenir jamais.  Il tient les yeux fixés au loin sur les pays de féerie.  Il dépasse une île à gauche, puis il atteint un îlot blanc.

Enfin il s’arrête et tourne et tourne en rond, mais mollement et sans entrain.  Il est tard, sans doute.  Un long bout de temps, Romain est immobile et incertain.  Puis soudain, la tête baissée, avec la résolution brusque et déterminée de ceux qui doivent retourner parmi les souffrances, il s’élance sur le chemin de la maison.  Il ne patine plus, c’est comme une charge emportée, les dents serrées ; c’est une course.  Il ne regarde ni à droite ni à gauche, il fonce simplement devant lui pour arriver avec tout l’élan de sa vitesse et de son poids.

Quand il a laissé le fleuve et qu’il file sur la rivière, il se calme, il se détend, il a le doux balancement satisfait de ceux qui ont assisté à quelque fête.  Parfois, aux détours de la rivière, il retrouve la lune ; niais ce n’est plus le gros jouet à portée de la main de tout à l’heure ; c’est une pièce d’argent lointaine, qui emplit de lumière blanche les profondeurs du ciel ; elle crée un plein jour qui n’a pas l’éclat aveuglant de l’autre, qui n’est rempli, celui-là, que de sa douceur mélancolique.

Léo-Paul Desrosiers,«Vous qui passez» (Fides, éditeur)


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Boule de Suif (extrait)


Un très court extrait…   je l’utilise pour revoir les formes de discours (narratif, descriptif et explicatif)


Pendant la guerre de 1870, de riches bourgeois veulent quitter la ville de Rouen, occupée par les Prussiens : sous la neige, en pleine nuit, ils attendent dans une cour qu’on attelle des chevaux…

La porte subitement se ferma. Tout bruit cessa. Les bourgeois, gelés, s’étaient tus: ils demeuraient immobiles et roidis.

      Un rideau de flocons blancs ininterrompu miroitait sans cesse en descendant vers la terre; il effaçait les formes, poudrait les choses d’une mousse de glace; et l’on n’entendait plus, dans le grand silence de la ville calme et ensevelie sous l’hiver, que ce froissement vague, innommable et flottant de la neige qui tombe, plutôt sensation que bruit , entremêlement d’atomes légers qui semblaient emplir l’espace, couvrir le monde.

      L’homme reparut, avec sa lanterne, tirant au bout d’une corde un cheval triste qui ne venait pas volontiers. Il le plaça contre le timon, attacha les traits, tourna longtemps autour pour assurer les harnais, car il ne pouvait se servir que d’une main, l’autre portant sa lumière. Comme il allait chercher la seconde bête, il remarqua tous ces voyageurs immobiles, déjà blancs de neige, et leur dit: « Pourquoi ne montez-vous pas dans la voiture? vous serez à l’abri, au moins. »

Guy de Maupassant, «Boule de suif»


  1. Quels sont les personnages évoqués dans le paragraphe 1  : les bourgeois
  2. Que font-ils?  Dans quel état sont-ils ? Ils restent immobiles et silencieux sous la neige.  Ils ont froid.
  3. À quels temps sont conjugués les verbes qui les évoquent ? à l’imparfait (valeur descriptive ) et au plus-que-parfait
  4. Quelles sont les informations données dans le paragraphe 2 ?  Trouve-lui un titre.  La neige qui tombe / «le paysage enneigé»
  5. À quel temps principal les verbes sont-ils conjugués ? à l’imparfait
  6. Ce paragraphe fait-il progresser l’histoire des bourgeois ?  À quoi sert-il ? ne fait pas progresser l’histoire  / il renseignent le lecteur sur le cadre de l’action.
  7. Que se passe-t-il dans le paragraphe 3 ?  L’action progresse-t-elle ? l’action progresse / les chevaux sont attelés et les bourgeois invités à se mettre à l’abri
  8. À quel temps principal les verbes sont-ils conjugués ? Au passé simple
  9. Imagine que le texte ne comporte qu’un seul paragraphe : selon toi, serait-il aussi clair ?  À quoi correspondent les changements de paragraphe ? Il perdrait de sa clarté puisque les paragraphe renforce les transitions entre narration et description.

 

«Un rideau de flocons… »

Passage descriptif : décris un lieu, un être ou un objet / indicateurs de lieu / imparfait / présent / verbes attributifs / pause dans le récit, précision du cades, des personnages,…

«L’homme reparut… »

Passage narratif : raconte des événements / indicateurs de temps / passé simple / présent de l’indicatif / verbes d’actions / progression de l’histoire.


Source : «L’atelier du langage 4e de Hatier» p.52


pdf émoticonle-discours-narratif-et-le-discours-descriptif_boule-de-suif

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Une aurore boréale (texte)


Extraits de: Fleurs d’ennui

de Pierre Loti

« Avec un vocabulaire aussi restreint que celui de Racine, Pierre Loti a su rendre d’une manière remarquable ce phénomène mystérieux et presque insaisissable.»

La plaine de glace s’étend de tous côtés à perte de vue. La lumière boréale embrase et colore superbement cette nuit et ce désert. A travers le cristal étincelant des glaçons qui nous entourent, les reflets d’en haut se décomposent en tant d’arcs-en-ciel, que nous croyons marcher au milieu d’un monde fait tout entier de gemmes précieuses.

Au-dessus de nos têtes, les nuages qui planent sont d’un rouge sombre, d’une intense couleur de sang.

Et de grands rayons pâles traversent le ciel comme des queues de comètes; il y en a des milliers et des milliers, qui divergent tous d’une sorte de centre mystérieux, perdus au fond de l’immensité noire: le pôle magnétique. Des faisceaux, des gerbes de rayons, s’élancent et se déforment, reparaissent et puis s’éteignent. Cette étrange magnificence change et remue.

C’est la splendeur de cette force insaisissable, inconnue, qu’on a appelée magnétisme. Cette puissance occulte se donne ce soir une grande fête, par cette nuit d’hiver, là-bas dans les régions hyperborées. Elle rayonne, elle éblouit, elle inquiète! elle jette son épouvante de chose inexpliquée, incompréhensible, spectrale.

Une sorte de tremblement continu agite toute cette lumière. On croit l’entendre bruire et crépiter – on écoute -, rien … Ce n’est qu’une grande fantasmagorie silencieuse. Ce feu est froid et mort, dans ce ciel et sur cette mer gelée, c’est le silence absolu …

(…) Les nuages, qui d’abord ressemblaient à du sang vu par transparence, ont peu à peu changé de couleur. Les uns sont devenus d’un rouge sombre, les autres d’un rose triste et mourant.

Les grands rayons pâles s’en vont à la débandade dans le ciel immense; on dirait qu’ils ont perdu leur centre; on dirait qu’on les en a détachés en les tranchant: du côté du pôle, leurs sections sont nettes comme des sections faites à coup de ciseaux.

Seulement ils se tiennent encore entre eux, les rayons pâles, juxtaposés en longues séries mouvantes et tremblantes. Cela semble des bandes d’une gaze lumineuse plissée à petits plis.

Des souffles mystérieux, qu’on ne sent pas sur terre, des souffles magnétiques, agitent doucement ces étoffes de feu blême; elles s’enroulent en spirales légères, ou se déploient comme des banderoles impalpables, en s’éteignant toujours.

De dernières rougeurs, presque livides, paraissent encore çà et là sur les nuages.

De derniers lambeaux de cette gaze lumineuse traînent au hasard dans l’espace, en tremblant toujours. Ils deviennent de plus en plus diaphanes. Ils sont si vagues,’qu’on a peine à les suivre. Ils sont si ténus, que l’œil les perd. Ils ne sont plus rien. La lumière polaire est éteinte. L’aurore boréale vient de mourir.

La nuit noire et glacée nous enveloppe et nous n’y voyons plus, au milieu de ce chaos déchiqueté, qui est une mer figée…

PIERRE LOTI.  Extrait de «Fleurs d’ennui»

Si ce texte vous intéresse :

Une aurore boréale_texte

Quel magnifique texte…  n’est-ce pas?

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Journée d’hiver (texte)


Je poursuis ma préparation pour notre retour après les vacances de Noël.  Voici le court texte qui accompagnera mon fils de secondaire 2 (4e)

Attention, ne sous-estimez pas sa petitesse puisqu’il représente un bon défi en lecture pour mon fils de 13 ans.  Déjà, la première phrase de ce texte sera probablement, pour lui, un excellent défi « Dehors, le bois voisin et même les champs conquis sur le bois… » ce n’est pas si simple à comprendre, même pour plusieurs d’entre nous! (hihi)


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Journée d’hiver

Dehors, le bois voisin et même les champs conquis sur le bois n’étaient plus qu’un monde étranger, hostile, que l’on surveillait avec curiosité par les petites fenêtres carrées.  Parfois il était, ce monde, d’une beauté curieuse, glacée et comme immobile, faite d’un ciel très bleu et d’un soleil éclatant sous lequel scintillait la neige ; mais la pureté égale du bleu et du blanc était également cruelle et laissait deviner le froid meurtrier.

D’autres jours le temps s’adoucissait et la neige tombait dru, cachant tout, et le sol, et les broussailles qu’elle couvrait peu à peu, et la ligne sombre du bois qui disparaissait derrière le rideau des flocons serrés. Puis le lendemain le ciel était clair de nouveau ; mais le vent du nord-ouest soufflait, terrible.  La neige soulevée en poudre traversait les brûlés et les clairières par rafales et venait s’amonceler derrière tous les obstacles qui coupaient le vent.  Au sud-est de la maison elle laissait un gigantesque cône, ou bien formait entre la maison et l’étable des talus hauts de cinq pieds qu’il fallait attaquer à la pelle pour frayer un chemin; au lieu que du côté d’où venait le vent le sol était gratté, mis à nu par sa grande haleine incessante.

Ces jours-là les hommes ne sortaient guère que pour aller soigner les animaux et rentraient en courant, la peau râpée par le froid, humide des cristaux de neige qui fondaient à la chaleur de la maison.  Le père Chapdelaine arrachait les glaçons formés sur sa moustache, retirait lentement son capot doublé en peau de mouton, et s’installait près du poêle avec un soupir d’aise.

-La pompe ne gèle pas ? demandait-il. Y a-t-il bien du bois dans la maison ?

Il s’assurait que la frêle forteresse de bois était pourvue d’eau, de bois et de vivres, et s’abandonnait alors à la mollesse de l’hivernement, fumant d’innombrables pipes, pendant que les femmes préparaient le repas du soir.  Le froid faisait craquer les clous dans les murs de planches avec des détonations pareilles à des coups de fusil ; le poêle bourré de merisier ronflait ; au dehors le vent sifflait et hurlait comme la rumeur d’une horde assiégeante.

Louis Hémon « Maria Chapdelaine »


Travail sur le texte

Texte d’une autre époque… le vocabulaire n’est pas toujours facile à comprendre.  Nous y passerons un peu de temps.

  1. Que signifient les expressions suivantes : les champs conquis sur le bois / froid meurtrier / la neige tombait dru / capot doublé en peau de mouton / la rumeur d’une horde assiégeante.
  2. Oralement.  Relève tout ce qui rappelle le sens du toucher, puis le sens de l’ouïe et finalement le sens de la vue.
  3. Relève tous les repères spatiaux.
  4. Relève tous les repères temporels
  5. En fonction des informations que tu viens de recueillir, l’organisation des informations dans cette description est en fonction de quel aspect (par thème, en fonction de l’espace, en fonction du temps)?  Justifie à l’aide du texte.
  6. À quoi se résumait, pendant l’hiver, le travail du père Chapdelaine ?
  7. Quels sentiments, selon toi, devaient éprouver les hommes, les femmes et les enfants pendant l’hiver ?

*** Même si le texte est simple et le travail minime à faire, les points «3,4,5» sont des compétences à acquérir en secondaire 2.  On peut donc travailler très consciencieusement de courts extraits et arriver au même but!!!!


Voici le texte, les questions et le corrigé

pdf émoticonJournée-d’hiver

Source : L.Geslin et J.M.Laurence, «Méthode de composition française – la narration»