Paysage de sapins (texte)


Comme mon fils travaille la description les prochaines semaines, j’en profite pour lui proposer, à travers d’autres textes plus «ordinaires», quelques textes qui m’apparaissent d’un niveau plus appréciable.

J’ai particulièrement apprécié ce texte.

L’auteur décrit la forêt qui couvre la montagne de Sainte-Odile, en Alsace.  Il suppose un regard d’un observateur qui marche.


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Un texte de

Hippolyte Taine

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À travers la forêt.

Au soleil levant, à travers une forêt de sapins, on gravit la montagne. Les yeux ne se lassent pas de voir leurs corps droits, leurs tailles fines. D’un élan superbe, ils montent nus, par centaines, jusqu’au dôme noircis « , saut qui ferme le ciel, et leur roideur est héroïque. Parfois, sur un versant, il y en a deux ou trois, solitaires, pareils à un poste avancé de sentinelles, immobiles et debout, avec une fierté et une beauté d’adolescents barbares. D’autres, en troupe, descendent jusqu’au fond d’une gorge, comme une bande en marche. Le soleil les frappe en travers ; mais leurs lamelles serrées ne se laissent pas transpercer par la lumière ; on la démêle vaguement, à travers la colonnade des troncs, bleuie et transfigurée comme par les vitraux d’une rosace. D’autres fois, par une percée subite, elle arrive avec un flamboiement magnifique, coupe un pan de forêt, blanchit les troncs, ruisselle sur les lichens luisants des roches ; au-dessus de ces illuminations, on voit, dans les profondeurs, les sveltes fûts des jeunes arbres s’élancer, se presser par myriades, comme les colonnettes d’une cathédrale infinie.

À mi-côte, dans une clairière

La forêt s’ouvre, et l’on arrive sur une route à mi-côte. En face, échelonnées sur le versant, montent des files de pins rouges, éclaircies par la hache. Un à un, accrochés aux rocs, ils lèvent haut dans l’azur leur panache de verdure pôle. La sève du printemps crève leur écorce, et le sang végétal suinte entre les écailles de leurs troncs. La pleine lumière du jour les enveloppe ; la force du soleil fait sortir, de leurs vieux membres, une senteur d’aromates. Ces candélabres vivants demeurent ainsi tout le jour sous la pluie des rayons et dans la gloire du ciel éblouissant, exhalant leur parfum vague, et çà et là, autour de leurs têtes, des couples de ramiers voltigent.

Plus droits encore et plus grandioses, des sapins argentés, sur l’autre flanc du chemin, étagent les uns au-dessous des autres leurs pyramides noirâtres. Ils descendent en des creux ou le soleil ne pénètre pas, et font une ombre sépulcrale. Dans ces fondrières, l’air froid et le jour éteint sont ceux d’une crypte ; les rocs écroulés et les cadavres d’arbres gisants y semblent des ruines ; des mousses livides moisissent sur les troncs ou pendent aux branches, et, de toutes parts, l’obscurité humide tombe comme un suaire.

Les eaux de la forêt

Mais des êtres jeunes, agiles et charmants peuplent toute la pente. Ce sont les eaux éparpillées, ruisselantes ; elles glissent sur les mousses, sautent et bouillonnent à l’aventure, avec des caprices mignons ou de petites colères folles, dans leurs rigoles obstruées de pierres. Au tournant de la montagne, elles s’étalent pour un instant, avec des teintes d’acier, sur un lit de sable ; les myosotis, les fougères, les cressons, toutes ces fraîches créatures qu’elles abreuvent, leur font un cadre de vive verdure, et le cadre se ploie, suivant et enlaçant do ses deux bords leurs reflets subits, leurs pétillements d’éclairs, leur long ondoiement lumineux, qui se perd entre les roches.

Hippolyte Taine (1828-1893)


Comme je le propose souvent en textes supplémentaires, j’en profite bien souvent pour travailler la lecture orale, le vocabulaire du texte, la compréhension du texte, etc.

Dans ce cas-ci, par exemple, je reviendrai sur quelques mots : lichen, fût, myriade, candélabre, ramier, crypte, myosotis, cresson, suaire, …

On prendra le temps d’observer la structure de la description : aspect général des sapins, puis le cas des isolés et des groupés, ensuite, l’apparence des arbres dans la lumière et dans l’ombre.

Je vais probablement m’en servir pour l’étude de la langue puisqu’on retravaille les adjectifs et le participe présent cette semaine.

Je vais probablement en profiter pour lui proposer un sujet d’imitation (écriture) comme le dernier paragraphe : Les oiseaux dans un jardin ou des enfants dans un parc.


pdf émoticonpaysage-de-sapins-par-hippolyte-taine


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