L’éveil de la forêt (texte)


Il y a des textes qui sont tellement beaux…

Comme j’aime enseigner le français chez nous !  Ne sont-ils pas chanceux nos enfants d’avoir la chance de lire des textes inspirants?

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Voici un extrait de ce roman pour adulte ( surtout pas pour les enfants et les adolescents!!!!!)

Un mâle | Espace Nord

Camille Lemonnier, Un mâle (Albin Michel)

Une fraîcheur monta de la terre et tout à coup le silence de la nuit fut rompu. Un accord lent, sourd, sortit de l’horizon, courut sur le bois, traîna de proche en proche, puis mourut dans un froissement de jeunes feuilles : l’énorme silence recommença. Il y eut alors dans l’air comme une volonté de s’anéantir dans les profondeurs du sommeil. Les hêtres reprirent leur immobilité engourdie. Un calme noya les feuillages, les herbes, la vie qui s’attardait dans l’ombre pâle. Pour un instant seulement. De nouveau, les rumeurs s’élevèrent, plus hautes cette fois. La rigidité des formes dormantes fut secouée d’un frisson qui s’étendit, se posa sur les choses comme un attouchement de mains éparses, et la terre trembla.

Le matin descendait.

Des pointes d’arbres émergèrent dans un commencement de clarté ; une pâleur envahit le ciel ; elle grandit, fut comme une échappée sur le jour qui attendait de l’autre côté de la nuit. Une musique lointaine et solennelle ronflait à présent dans l’épaisseur des taillis.

La laiteuse clarté bientôt s’épandit comme une eau après que les vannes sont levées. Elle coulait entre les branches, filtrait dans les feuillées, dévalait les pentes herbues, faisant déborder lentement l’obscurité. Une transparence aérisa les fourrés ; les feuilles criblaient le jour de taches glauques ; les troncs gris ressemblaient à des prêtres couverts de leurs étoles dans l’encens des processions. Et petit à petit le ciel se lama de tons d’argent neuf.

Il y eut un chuchotement vague, indéfini dans la rondeur des feuillages. Des appels furent sifflés à mi-voix par les verdiers.

Les becs s’aiguisaient, grinçaient. Une secouée de plumes se mêla à la palpitation des arbres ; des ailes s’ouvraient avec des claquements lents ; et tout d’une fois ce fut un large courant de bruits qui domina le murmure du vent. Les trilles des fauvettes se répondaient à travers les branches ; les pinsons tirelirèrent ; des palombes roucoulèrent ; les arbres furent emplis d’un égosillement de roulades. Les merles s’éveillèrent à leur tour, les pies garrulèrent et le sommet des chênes fut raboté par le cri rauque des corneilles.

Toute cette folie salua le soleil levant. Un rais d’or pâle fendit l’azur, semblable à l’éclair d’une lance. L’aurore pointa sous bois, rejaillissant en éclats d’étin- celles comme un fer passé sur la meule. Puis une illumination constella les hautes branches, ruissela le long des troncs, alluma les eaux au fond des clairières, tandis que des buées violettes rampaient au bas du ciel. Au loin, une lisière de futaie sembla fumer dans un brouillard rose. Et la plaine était toute pommelée d’arbres en fleurs qui, à chaque instant, s’éclairaient un peu plus.

Une tiédeur détendit alors les choses. Les feuillées se déroulèrent ; des calices avec un bruit soyeux s’ouvrirent ; une poussée vers la lumière fit bouger les branches d’un mouvement incessant. Les arbres étreignaient le matin dans leurs ramures étendues comme des bras.

Subitement, le soleil creva le ciel. Une bousculade sembla refouler l’ombre. La clarté s’épandit par gerbes, par torrents, bouchant tous les trous, débordant à travers les taillis, éclaboussant l’espace de ses ondées magnifiques. Le ras du sol scintilla dans un ensoleillement de rosées. La lumière, se haussant par-dessus les cimes, gagna les vergers, les fermes, couvrit d’une blondeur vermeille une large étendue de pays.

Maintenant, la rumeur s’augmentait de tous les bruits des nids. Un frémissement ailé battait le bois. Des jacassements attachaient d’un arbre à l’autre des traînées sonores. Les merles sifflotaient ; les pies, les bouvreuils, les linottes, les pinsons, les fauvettes, les rouges-gorges stridaient, susurraient, strettaient, faisaient un surprenant cailletis coupé du croassement prolongé des corbeaux, et cela montait dans l’air avec des ralentissements, des reprises, des silences tout à coup suivis d’un tutti d’instruments à l’unisson.

Le coucou fila dans cette symphonie sa note grave d’horloge sonnant la première heure du jour, et aussitôt, de dessous les feuilles, un long bourdonnement s’éleva ; les mouches grises au ventre bleu, aplaties contre les gommes des écorces, les bourdons soûls des orgies de la veille, les gloutonnes abeilles ronflèrent, les ailes détendues. Toute cette grosse sensualité de vie finit par planer sur le paysage, dans la splendeur du matin.

[…]

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C’est le deuxième texte de mon fils-3 (secondaire 2) cette semaine.

On le lit ensemble, on le savoure un peu, on l’analyse, on cherche à bien le comprendre.

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Une réflexion sur “L’éveil de la forêt (texte)

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