Dernier jour de vacances (texte)


Ce texte fera parti des textes à l’étude pour mon fils de 6e année à la rentrée.

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L’élève Gilles voit avec regret s’achever les vacances. En songeant qu’il doit dès le lendemain matin, regagner le collège, il se prend à aimer les êtres et les choses au milieu desquels il vient de passer deux mois heureux.

— Le soleil toucha ma fenêtre au réveil, et deux de ses rayons, entrés par les losanges des volets, descendaient jusqu’à ma couche. Je m’attardais au lit, me pénétrant de l’idée douloureuse que, le lendemain, un appel matinal m’en tirerait. Quelques heures restaient à peine… Je me décidai à pousser les volets ; les champs baignés d’azur m’apparurent, quelques vapeurs traînaient encore ; je distinguai au loin, dans les vignes, de l’autre côté de la route, des points colorés et mouvants qui étaient des vendangeurs. Il faisait frais ; un peu de vent me porta leurs rires. Je pensai que pour la dernière fois, je jouissais de la liberté du réveil, de ce bain de soleil et d’air pur, de l’étendue des paysages ; j’aurais voulu embrasser toutes ces choses….

— Je descendis au jardin où je m’employai à ramasser des feuilles mortes, qu’à l’aide du râteau je chargeai dans une brouette pour les porter au potager. Lorsque j’eus fini de les amonceler, je mis le feu à ce bûcher d’automne. Une vapeur blanche s’éleva en enveloppant la flamme, puis celle-ci s’affaissa et brûla en dedans de la meule, révélée seulement par un filet de fumée qui continua de monter.

 

Toute la journée s’écoula dans une suite d’instants rapides que Gilles voudrait retenir…  Le soir arrive.

 

— (…)  Je fis encore une fois le tour des massifs ; je revis les statuettes amies que mes fleurs mourantes attristaient ; pour un peu j’eusse baisé leur robe et serré les marronniers dans mes bras.  Je revins sur le banc où, de la pointe du couteau, j’avais gravé mon nom, l’autre année ; la peinture, autour, s’écaillait.  Je m’assis ; le ciel s’incendiait d’un couchant d’automne, les nuages épars s’empourpraient, l’odeur des feuilles brûlées devenait plus sensible avec le soir. Je revis les premiers temps de mon séjour à La Grangère, les veillées près du feu, le livre sous la lampe, la prière en commun, toute la vie intime qui allait reprendre sans moi, et que je ne retrouverais plus que de temps à autre, le dimanche, avec le regret de la devoir quitter aussitôt.  À ce moment, le vent poussa la petite porte de l’enclos qui s’ouvrit en gémissant ; par la baie j’aperçus la route qui s’allongeait entre les champs plus sombres.  C’était celle qu’il m’allait falloir suivre dans un temps, si proche que la nuit seule m’en séparait…

André Lafon, «L’élève Gilles»

Si ce texte vous intéresse :

Dernier jour de vacances_André lafon

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