Robinson


Voici l’extrait qui prend place dans les lectures de mon fils-3 cette semaine.

Je n’ai pas choisi cet extrait par hasard… vous vous en doutez😉

Comme il lit présentement «Robinson Crusoé» de Daniel Defoe ET SURTOUT parce qu’il découvre, depuis peu, le «véritable» plaisir de lire.  Ah…  Il lit depuis longtemps, mais il n’a jamais été un grand lecteur.  Il découvre présentement le bonheur de se retrouver, jour après jour, au coeur d’une aventure.

Inspiré de l’aventure réelle d’un marin écossais, le roman que Defoe fait paraître en 1719 connaît un succès foudroyant qui ne s’est plus démenti.

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Ce court extrait de «Souvenirs littéraires» le représente tellement…

Robinson

(…) J’avais été autorisé à acheter ce qui me plairait ; j’avais couru à l’étalage d’un libraire ambulant et, bien servi par le hasard ou par mon instinct, j’avais fait l’acquisition d’un livre, d’un admirable livre, qui était le Robinson suisse. Je vois encore les quatre petits volumes in12, ornés d’affreuses gravures « en tailledouce. » L’impression fut profonde, si profonde qu’elle m’absorba tout entier. Je vivais dans une sorte de rêve permanent, et je m’en allais audelà des mers, dans des pays inconnus il y a des arbres extraordinaires, des cavernes de sel, des autruches sur lesquelles on peut monter et des animaux dont on ne sait pas le nom.

Devant la maison de mon oncle s’étendait une sorte de clos qui aboutissait à un vaste champ nommé la poterne, car il confinait aux anciennes fortifications de la petite ville ; s’élevait un noyer dont les branches dominaient un petit mur. Je grimpais sur la muraille, je me glissais le long des branches, j’escaladais le tronc jusqu’à une large bifurcation je m’installais, caché, perdu au milieu des feuilles, et je lisais. J’appelais ce noyer Falkenhorst, en mémoire de l’habitation que la famille naufragée avait construite sur un arbre.

J’ai passé des journées dont je me souviens avec délices. Je m’étais confectionné un arc et des flèches ; je m’exerçais à tuer des oiseaux : je ne réussis qu’à éborgner un canard, ce qui me valut une semonce énergique. Parfois, je m’en allais sur mon bourriquet, comme disait le gardechampêtre ; je filais par un chemin creux jusqu’audelà de SaintAubin, je passais derrière une blanchisserie et je gagnais un grand pré traversé par un ruisseau et il y avait un bouquet d’arbres. je n’apercevais plus de maisons, je n’entendais plus le tictac du moulin, l’horizon m’était fermé par les haies dont la prairie était entourée selon l’usage du pays ; j’étais seul, j’étais libre, j’étais dans l’île déserte vers laquelle j’aspirais de toutes mes forces.

Dans un buisson, au pied d’un frêne, j’avais creusé une cachette, « une mijotte, » je déposais des provisions, c’estàdire des morceaux de chocolat et des macarons. J’avais volé chez mon oncle un marteau et des clous que j’avais enfouis à côté de la soute aux vivres. Partout je pouvais prendre une latte, une planche, je m’en emparais et avec toute sorte de précautions, afin de ne pas être vu, je les apportais dans le pré, et je les dissimulais assez habilement dans l’épaisseur de la haie vive. Je voulais construire un radeau, le charger de mes provisions et puis m’abandonner au cours de la Sarthe. devaisje aller ainsi ? je ne m’en doutais guère, mais il me paraissait certain que je ne pouvais aborder qu’à une île déserte, je dresserais des buffles, je pêcherais des tortues et je verrais des flamants roses marcher dans les hautes herbes. L’imagination des enfants, que nulle expérience ne peut combattre, a une puissance extraordinaire (…)

Maxime du Camp.  Souvenirs littéraires.

 

«L’imagination des enfants, que nulle expérience ne peut combattre, a une puissance extraordinaire (…) »  C’est tellement vrai…

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