Bazar moderne (texte)


Je me prépare à notre retour…  Voici un des textes qui prendra place dans la semaine de mon fils-4 sous le thème «les magasins»

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Arrivé boulevard Gambetta, comme je me demandais où je pourrais bien achever agréablement ma journée, j’eus tout à coup une inspiration : les « PRIX FIX »! Et je descendis vers le centre de la ville, pour aller faire un tour dans un de ces bazars.
En ces temps-là, j’aimais bien les « PRIX FIX ». Tous ces comptoirs, ces étalages, ces tas de choses nickelées et luxueuses, qu’on pouvait toucher, et qui n’étaient pas chères, qu’on aurait presque pu se payer, à la rigueur, m’hypnotisaient….

Il y avait toujours beaucoup de gamins de mon âge là-dedans qui traînaient, chauffés, éclairés « à l’œil » et qu’on tolérait parce qu’ils mettaient de l’animation. C’est pratique. On n’achète rien, et on se distrait à regarder les rayons.

Moi, j’y regardais les outils, l’électricité, les boîtes de couleurs, et aussi, je dois le dire, les jouets, parce que je n’en ai pas eu lorsque j’étais petit. Et puis ça m’amusait, malgré mes dix-neuf ans, de penser à tout ce que j’aurais pu faire avec ces autos, ces soldats, ces mécaniques, et ces petits trains si on me les avait donnés.

Il faisait encore plein jour. Mais le « PRIX FIX » attirait de loin les gens comme des mouches, avec sa façade jaune-crème, ses portes nickelées, ses vitrines toutes flambantes, et ses longs traits de lumière rouge qui s’allumaient, s’éteignaient puis s’allumaient, comme si toute la façade avait de loin cligné de l’œil vers nous pour nous aguicher, nous faire des signes prometteurs. « Arrivez donc ! Entrez ! Entrez ! »

Devant, ça grouillait, les gens se bousculaient pour entrer et sortir, et le gros agent qui était là de planton’ ne savait plus où garer ses doigts de pieds.

La musique nous arrivait comme par rafales, entrecoupée, hachée dans ce battement de portes. Aux vitrines, les gens se collaient bouche bée, parce que les étalages montaient et changeaient toutes les minutes. Et, entre chaque étalage, un camelot vendait des stylos ou de la pâte à raccommoder la vaisselle, faisant de grands gestes, et poussant des hurlements pour achever d’abrutir son public.
Là-dessus, les sonneries des trams, les klaxons des automobiles, le roulement des camions, des baladeuses et des voitures des halles, et les cris des marchands qui couraient en clamant le nom de leurs journaux.

La porte de nickel battait, engloutissait toujours la foule avec un bruit de gueule qui happe, et me jetait, à chaque coup, le rapide éclair éblouissant de ses chromes….

Je la poussai à mon tour. On était bien, tout de suite, là-dedans. Au chaud, à l’abri, loin de tout. On entrait là comme dans une eau tiède, pleine de lumière, de reflets, qui vous bruissait aux oreilles et vous submergeait….
Le temps passa très vite et quand je sortis, la tête lourde et les yeux fatigués, j’avais fait toutes sortes de rêves abrutissants et agréables, et je me sentais l’envie d’une foule de choses auxquelles jusque-là je n’avais jamais pensé.

M. VAN DER MEERSCH. Pêcheurs d’hommes. Albin Michel, édit.

Si cela vous intéresse, je l’ai pris ici : CLIQUER ICI  (P.74-75)

Je l’ai aussi placé dans mon document de travail (semaine 11_le grand magasin)

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