La vieille armoire (texte)


Voici le texte que mon fils-4 doit lire demain. 

Pour plusieurs d’entre vous, cela ne veut rien dire de plus qu’un vieux texte…  mais pour une famille comme la mienne, où l’on garde précieusement plusieurs meubles de génération en génération, ce texte représente beaucoup plus qu’un simple texte.

Je dors tous les soirs dans le lit de mes grands-parents maternels, reçu en héritage, qui a vu ma mère naître et les 16 frères et sœurs qu’elle a😀

Nous mangeons sur la table en érable de mes grands-parents paternels, reçue en héritage, qui avait autour d’elle 16 enfants…

Je lis, brode, tricote dans une chaise berceuse en chêne faite par un ébéniste : cadeau de ma grand-mère à l’âge de 16 ans parce qu’elle croyait, justement, que nous devions posséder un meuble que l’on entretient et passe ensuite à une autre génération.  Elle bercera mes petits enfants éventuellement…

Nous faisons la classe sur une immense table en pin qui provient d’un vieil ami…

Mon fils-4 a longtemps dormi dans un lit appartenant à mon arrière grand-père paternel…

Mon vieux piano qui est encore chez mes parents mais qui m’appartient…

Une vieille machine à coudre appartenant à ma mère qui attend que je l’apporte puisque ma mère ne voit plus suffisamment pour coudre…

Et que dire de tous les vieux meubles centenaires de mes parents qui nous appartiendront ensuite…

On pourrait croire que nos vieux meubles ont une âme…  ils sont les témoins silencieux de toutes ces générations qui passent!

La vieille armoire

Quand je n’y serai plus, ne vendez pas l’armoire de merisier. J’aimerais que l’un de vous la garde. Elle vient de mon aïeule. On l’avait commandée pour son mariage au menuisier du village. Il venait de faire son Tour de France, et état aussi habile qu’un ébéniste.

Regardez comme elle est belle ses panneaux moulures, ses pieds tournés, sa corniche sculptée. Au fronton, le menuisier a taillé en plein bois une gerbe d’épis. Dans la rosace du bas, il a mis une corbeille de pommes et, entre les portes, un cep de vigne avec ses feuilles et ses grappes. Les gonds, les ferrures et les poignées ont été découpés et polis par le serrurier voisin. Tout cela a été dressé, assemblé par des gens consciencieux.

Ouvrez les deux battants. Voyez comme elle est large et profonde. Sur les tablettes et les rayons tiendrait tout le linge d’un ménage : linge de maison, linge de table, linge de corps ; tous les habits. Il y a un grand tiroir pour les robes et les châles ; de petits tiroirs pour les papiers et les souvenirs, et même… un tiroir à secret !

Je l’ai toujours vue à cette place, entre la commode et la fenêtre, en face du lit. Quand j’étais petite et que je couchais chez la grand-mère, je m’amusais à voir le feu se mirer et danser sur les panneaux brillants. Elle a été tant de fois cirée et frottée, la pauvre armoire ! Je guignais aussi, sur la corniche, les pots de confitures. Il y en a eu longtemps une ribambelle : cerises et groseilles, fraises et coings. Et les plus belles pommes des espaliers. Moi, j’y ai mis ce qui ne me sert plus les soupières de faïence fleurs, le pot-au-feu de terre et la bassine de cuivre rouge.

La vieille armoire est plus que centenaire. On dit que les choses voient. Celle-ci en a vu, des baptêmes et des mariages, des deuils aussi, et des veillées autour du feu ! Si elle pouvait parler, elle en raconterait, des histoires ! Elle n’aimerait pas s’en aller chez des inconnus, savoir qu’on l’a remplacée par une étrangère, venue de la ville, en robe trop mince et avec un grand miroir qui lui mange toute la figure…

Non, vous ne la vendrez pas, l’armoire de merisier !

 

Source :  J. Cressot, E. Royer, G. André.  Le français cours moyen »

 

Si cela vous intéresse, il se retrouve sur mon document de travail de la semaine :

Thème vieille armoire_leçon 9

4 réflexions sur “La vieille armoire (texte)

  1. Cela m’a de suite fait penser à ce poème de Lamartine !

    Milly ou la terre natale (I)

    Pourquoi le prononcer ce nom de la patrie ?
    Dans son brillant exil mon coeur en a frémi ;
    Il résonne de loin dans mon âme attendrie,
    Comme les pas connus ou la voix d’un ami.

    Montagnes que voilait le brouillard de l’automne,
    Vallons que tapissait le givre du matin,
    Saules dont l’émondeur effeuillait la couronne,
    Vieilles tours que le soir dorait dans le lointain,

    Murs noircis par les ans, coteaux, sentier rapide,
    Fontaine où les pasteurs accroupis tour à tour
    Attendaient goutte à goutte une eau rare et limpide,
    Et, leur urne à la main, s’entretenaient du jour,

    Chaumière où du foyer étincelait la flamme,
    Toit que le pèlerin aimait à voir fumer,
    Objets inanimés, avez-vous donc une âme
    Qui s’attache à notre âme et la force d’aimer ?…

    Bonne journée Sylvie🙂

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