Kira (texte)


J’aime particulièrement ce texte pour rappeler l’importance d’aller plus loin qu’un simple regard…  c’est le texte que j’ai choisi pour débuter la prochaine semaine de travail.  Je rappelle que nous travaillons le portrait.

Kira

par

Lois LOWRY

 

Kira vit dans une société guerrière où seules la force et l’habileté à la chasse comptent. Or, Kira est née infirme. Katrina, sa mère, lui raconte pourquoi elle a lutté pour lui conserver la vie.

(…)

— Ils sont venus te prendre, racontait Katrina à voix basse dans leur kot où rougeoyait un bon feu. Tu avais à peine un jour et on ne t’avait pas encore donné ton nom de nouveau-né, ton nom d’une syllabe.

— Kir.

— Oui, c’est ça, Kir. Ils m’ont donc apporté à manger et ils étaient sur le point de t’emmener au Champ…

Kira frissonna. C’était l’usage, la coutume, c’était aussi un acte de miséricorde de rendre à la terre un nouveau-né imparfait et encore dépourvu de nom avant que l’esprit ne l’ait investi pour en faire un être humain. Mais elle ne pouvait s’empêcher de frissonner à cette pensée.

Kira hocha la tête.

— Ils ne savaient pas que c’était moi.

— Ce n’était pas encore toi.

— Redis-moi pourquoi tu n’as pas voulu, murmura Kira.

Sa mère soupira à l’évocation de ce souvenir.

— Je savais que je n’aurais pas d’autre enfant, fit-elle observer. Ton père avait été emporté par les bêtes. Un beau jour, il était parti à la chasse et n’était pas revenu. Il y avait déjà des mois de cela. Je savais que je n’aurais plus d’enfant. Oh, ajouta-t-elle, peut-être m’auraient-ils donné un orphelin à élever. Mais comme je te tenais dans mes bras – telle que tu étais à ce moment-là, sans esprit encore, avec ta pauvre jambe de travers (il était évident que tu ne pourrais jamais courir) j’ai vu tes yeux brillants. J’ai vu poindre dans tes yeux quelque chose d’extraordinaire. Et puis il y avait tes doigts, longs et bien formés.

— Et solides. Mes mains étaient fortes, ajouta Kira avec satisfaction.

Elle avait si souvent entendu l’histoire ; et chaque fois qu’elle l’entendait, elle regardait avec orgueil ses fortes mains.

Katrina rit.

— Si fortes en effet qu’elles avaient agrippé mon pouce et ne voulaient pas le lâcher. Tu tirais si farouchement sur mon pouce, comment aurais-je pu les laisser t’emmener ?

Je leur ai simplement dit non.

— Ils étaient en colère ?

— Oui. Mais j’ai fait preuve de fermeté. Et bien entendu mon père était encore vivant. Il était âgé alors – c’était un quadrisyllabe – et il avait été pendant longtemps le chef du peuple, le Seigneur des Seigneurs. On le respectait. Ton père lui aussi aurait été un chef très respecté s’il n’était pas mort pendant la grande chasse. Il avait déjà été choisi comme Seigneur.

— Dis-moi le nom de mon père, demanda Kira.

Katrina sourit dans la lumière du feu.

— Christopher, dit-elle. Tu connais ce nom.

— Oui, mais j’aime l’entendre. J’aime te l’entendre prononcer.

— Veux-tu que je continue ? Kira hocha la tête.

— Tu t’es montrée ferme, tu as insisté, rappela-t-elle.

— Ils m’ont fait promettre que tu ne deviendrais pas un fardeau.

— Je n’en ai pas été un, n’est-ce pas ?

— Bien sûr que non. Tes fortes mains et ton esprit avisé compensent ta jambe infirme. À l’atelier de tissage, tu es une robuste petite main sur laquelle on peut compter ; toutes les ouvrières le disent. Et après tout, qu’est-ce qu’une jambe torse en regard d’une intelligence comme la tienne ? Les histoires que tu racontes aux minots, les tableaux que tu crées avec les mots – et avec le fil à broder ! Les broderies que tu fais ! Elles sont différentes de toutes les broderies que j’aie jamais vues. Bien plus belles que celles que je pourrais jamais faire !

LOIS LOWRY, L’élue, Gallimard jeunesse 2001 p.10-12

Ce texte amènera une petite situation d’écriture :

Tu as certainement un talent particulier, une habileté quelconque, un trait de caractère ou une caractéristique physique qui te distingue des autres et fait de toi une personne différente, une personne qui mérite d’être connue.  Explique en 50 mots ce que c’est.

Ne pense pas à une caractéristique extraordinaire : prends-toi comme tu es.

Source : Rendez-vous de Graficor p.123

Si cela vous intéresse, voici le texte et la situation d’écriture :

Kira_texte et situation d’écriture

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