Le geai bleu (texte)


Voici un texte supplémentaire pour accompagner la description d’un animal cette semaine.

Le geai bleu

par Claude Melançon

Voici le sergent Bellehumeur de la forêt. Vêtu de bleu et de blanc comme un garde-français, gai, fanfaron, pillard, tapageur, brave au besoin, il copie bien les allures de son modèle littéraire. Il pousse même l’analogie jusqu’à s’enivrer de jus de fruits et à pousser des exclamations qui ressemblent à des jurons.

D’ailleurs le talent d’imitation des geais est bien connu. Après le Moqueur, c’est lui qui reproduit le plus facilement le chant des oiseaux et les cris des animaux. Il le fait généralement pour son propre plaisir, à voix basse, mais il s’amuse aussi à répéter à haute voix le cri de chasse du Faucon crécerelle ou celui de l’Épervier, répandant ainsi la terreur parmi les petits hôtes des buissons. Lui-même est un piètre chanteur. Quelques notes graves qui rappellent vaguement celles d’une cloche composent tout son bagage musical. Lorsque, battant l’estrade, il converse avec ses congénères ou s’exprime au naturel, les sons qui sortent de son gosier sont plutôt rauques et désagréables.

Mais ils sont caractéristiques et permettent d’identifier un oiseau qui a l’art de se dérober. Malgré ses couleurs brillantes et bien qu’il pousse souvent ses incursions jusque près de nos maisons, le Geai n’est pas facile à voir. D’habitude il s’arrange pour mettre un écran de feuillage entre lui et la personne qui le regarde. Et quand celle-ci veut l’approcher de trop près elle n’aperçoit souvent qu’un éclair bleu, un lambeau de ciel qui fuit sous la ramure.

Cette répugnance à se montrer n’est pas un caprice. Le geai est un oiseau sage et prudent. Il se sait un peu trop voyant pour sa sécurité. Au lieu de faire parade de sa beauté il la cache le mieux possible aux rapaces, ce qui ne l’empêche pas de les défier et de se moquer d’eux à haute voix quand ils approchent de l’une de ses retraites impénétrables.

Car, il est aussi taquin. Il tourmente volontiers le Hibou que la lumière du jour aveugle à demi, les petits oiseaux qu’il menace de mettre en morceaux et les écureuils qui ont l’audace devenir habiter près de lui. Il s’en prend aussi aux chasseurs de cerfs ; on dirait même qu’il prend un malin plaisir à dénoncer leur présence à tous les échos et à faire le vide devant eux. Au fond, il n’y met aucune arrière-pensée, mais il est bavard et tapageur par tempérament.

CLAUDE MELANÇON, Charmants voisins

L.Geslin. La narration

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