Je n’aime pas lire…


Voici une conversation apparue dans ma classe la semaine dernière:

«J’y pense là, je n’aime pas tant ça lire moi maman»

– Voilà une phrase étrange à entendre…  mais pourquoi?

– Parce que c’est toujours plate ce que je lis.

– Tu veux dire que dans une bibliothèque qui contient des centaines de livres, aucun n’est intéressant?!  Tu veux dire qu’à travers la centaine de textes que tu as lus, pas un seul texte ne fut amusant, intéressant, stimulant, encourageant,…?

-Bin…  Je dirais pas ça.  J’en ai lu plusieurs que j’aimais, mais…  pas pour en lire plus

– Si on prend pour acquis que tu n’aimes pas lire, que tu n’as pas aimé lire aucun des textes étudiés…  dis-moi ce que tu n’aimes pas?

– Les histoires sont souvent plates.

– Toutes les histoires sont plates?  Mais que penses-tu des documentaires que tu as lus?

– C’est vrai…   hum…   mais ce que je voulais surtout dire c’est que je ne comprends jamais tous les mots et je ne comprends pas toujours ce qu’il raconte dans le texte.  Je suis toujours obligé de te demander, de chercher dans le dictionnaire ou de passer par-dessus.  J’aime mieux ne pas lire.

– Ahhhhhhhhhhhhhhhhh…   Tu ne voulais pas dire que tu n’aimais pas lire, mais que tu n’aimes pas lire des textes que tu ne comprends pas entièrement seul. Est-ce la même chose?»

C’est ce que je préfère de l’école-maison.  Vraiment.  J’ai toujours l’impression de pouvoir faire quelque chose pour corriger une situation.

Dans une classe régulière, cette conversation n’aurait probablement pas eu lieu.  J’aurais entendu un enfant dire qu’il n’aime pas lire, mais je n’aurais jamais pu prendre le temps de comprendre pourquoi.

Il y a une grande différence entre détester lire et ne pas apprécier la lecture parce qu’on ne comprend pas tout encore.

C’est ces petits moments qui me font apprécier le rôle que je possède auprès d’eux.  Je peux découvrir, en questionnant un peu, le pourquoi des choses.  Je peux proposer ensuite des moyens pour corriger la situation.

  • Je peux proposer des textes plus simples à comprendre pendant quelques temps;
  • Je peux proposer des petits romans faciles et stimulants à lire;
  • Je peux repérer des mots difficiles ou des phrases plus difficiles AVANT la lecture et lui en parler.
  • Je peux revoir avec lui des stratégies de lecture.
  • Je peux lui proposer de lire avec lui en tout temps pendant quelques temps pour mettre en place des moyens plus efficaces de lire.
  • etc.

Je peux faire quelque chose…  ne pas simplement «entendre» son affirmation sans rien faire.

En classe-maison, nous entendons souvent des affirmations qui pourraient être «entendues» pas nous:

« Je déteste écrire » «Je n’aime pas les maths» «Je déteste la grammaire»…

hum…   oui…  je t’entends, mais pourquoi?

L’enfant, souvent, n’aime pas ce qu’il ne maîtrise pas bien…  C’est à nous de découvrir pourquoi!

Bonne journée tout le monde.

10 réflexions sur “Je n’aime pas lire…

  1. En classe avec 20, 25 ou 30 élèves, c’est sûr que c’est l’individualisation est beaucoup plus difficile. Cette année, je n’en aurai « que » 20 dans mon CP.

    Sinon, sur la question précise du manque d’appétence pour les textes de ton enfant, les pistes de remédiaton proposées me semblent pertinentes. Mais j’ai peut-être une idée pour hiérarchiser tout cela et donc gagner en efficacité, enfin ce sont les idées d’un type que tu connais peut-être : E. D. Hirsch. Je viens de relire un de ces livres et en comparant avec les progrès de mes enfants, je me rends compte que cela colle assez bien… Avec ce que j’ai vu du blog, on est dans ce qu’il préconise. Ca ne sera qu’une question d’ajustement, d’individualisation et de raffinement de la progression proposée en lecture, en vocabulaire, etc.
    (Je précise que les conseils que je te donne, je les écris aussi et surtout pour moi-même, j’aurai en effet les mêmes problèmes que toi dans ma classe, mais en beaucoup plus grave, car cela touchera quasiment tous les élèves à un moment ou un autre de l’année ; j’aurai donc beaucoup plus de difficultés à appliquer ces conseils qui sont faciles à dire, mais moins faciles à suivre).

    Je me permets donc de te conseiller donc le bouquin de ce Mr Hirsch sur la question du décrochage en lecture qui s’intitule « The Knowledge Deficit ». L’auteur explique cela par un manque de vocabulaire et de connaissances sur le monde en rapport avec le texte.
    Cela explique et le décrochage général qui peut miner une scolarité entière (si les textes donnés à lire sont systématiquement trop durs) et le décrochage ponctuel par rapport à tel ou tel texte (si le sujet particulier du texte ou le degré d’expertise du texte est au-delà des capacités de connaissances et du vocabulaire).
    Exemple : je suis plutôt calé en foot, donc je comprends un texte pointu sur les matchs de foot où il est question de stratégie, de transfert, de positionnement, mais je bugge totalement sur un texte concernant le baseball parce que je n’y connais rien.
    Ton fils aime bien lire des bouquins sympas sur des sujets qu’il connaît et avec un vocabulaire qu’il connaît, mais dès que le sujet est trop loin de ses références et que le nombre de mots inconnus excède un certain nombre et niveau de difficulté, ça lui passe au-dessus. Du coup, il entend des mots qui ne lui évoque rien, qui n’ont pas de relief –> « c’est plate ».

    article résumant le bouquin : http://www.aft.org/sites/default/files/periodicals/Hirsch_0.pdf

    Aimé par 1 personne

    1. Vous résumez exactement ce que je répète : l’acquisition du vocabulaire. Voilà pourquoi je lis autant «avec» l’enfant. Avec lui, je peux toujours l’amener un peu plus loin : proposer des mots de la même famille, étymologie, sens de la phrase, etc. Laisser l’enfant «seul» devant toutes ses lectures, surtout dans les classes primaires, est une très mauvaise idée. Naturellement, je pense aussi qu’il faut travailler davantage l’acquisition du vocabulaire.

      Spinoza1670 dit : «Exemple : je suis plutôt calé en foot, donc je comprends un texte pointu sur les matchs de foot où il est question de stratégie, de transfert, de positionnement, mais je bugge totalement sur un texte concernant le baseball parce que je n’y connais rien.»

      C’est exactement ça!!!!!!!!!

      Mon fils lit vraiment toutes sortes de choses (que je sélectionne majoritairement pour la qualité de la langue et le sujet), mais je sais qu’il éprouve souvent de la difficulté avec quelques textes «anciens». Exemple? Dans certains vieux manuels que j’affectionne tant🙂 puisqu’on n’utilise plus, à notre époque, les mêmes outils, moyens de construire, vêtements, etc. Il n’arrive donc pas à repérer dans ce qu’il «connaît» l’explication des mots qu’il rencontre.

      Je prends note du livre mentionné. Merci.

      J'aime

  2. Les textes des manuels anciens sont parfois assez ardus, même pour de très bons élèves.
    On comprend alors que les élèves même moyens pouvaient avoir un très bon niveau.
    Si on rajoute l’étrangeté de certains mots, mais aussi l’étrangeté de certaines situations décrites par ces mots, on arrive parfois à avoir du mal à entrer dans le texte.
    Donc une autre piste à ajouter serait de faire des lectures plus longues pour que l’enfant puisse se familiariser avec l’univers décrit ou aalors donner plusieurs textes sur le même thème. Par exemple, je ne sais pas si ça s’applique à ce que tu fais, je parle en général, au lieu de donner un seul texte sur la mine au XIXe siècle, donner toute une série de textes sur la mine où les mots et les situations reviennent.
    Ce n’est pas seulement le vocabulaire mais aussi les choses.
    cf. encore Hirsch, « Reading Comprehension Requires Knowledge—of Words and the World
    (Scientific Insights into the Fourth-Grade Slump and the Nation’s Stagnant Comprehension Scores) »
    http://www.aft.org/sites/default/files/periodicals/Hirsch.pdf

    En tout cas, toutes ces bonnes idées, ce sont des idées qui sont dans les vieux programmes français d’avant la réforme de 1970 et que finalement toute personne de bon sens devrait avoir.

    Mais je trouve que les explications et les arguments de Hirsch permettent de bien expliquer pourquoi nous avons raison de le penser.
    L’article fait un très bon résumé du livre. Et il y a d’autres articles de Hirsch dans la revue « American Educator » qui valent le détour. J’en ai encore cité un plus haut.
    D’ailleurs il faut que je les relise parce que à part l’idée générale, j’ai déjà oublié pas mal de choses.

    En tout cas, j’espère qu’il y aura une suite où cet article car le sujet est passionnant.
    Peut-être sous forme d’interview à ton fils, s’il est d’accord.

    J'aime

  3. Quel beau mémo! J’ai commencé à faire l’école à la maison l’année dernière. Après quelques semaines, j’ai pris conscience d’une frustration que j’avais d’entendre mes enfants dire qu’ils ne voulaient pas faire tel travail ou telle autre chose. Puis, j’ai réalisé (grosse révélation pour moi) qu’en fait ils me parlaient d’eux. Comme ils étaient choyés de pouvoir avoir l’espace pour le faire! Peut-être avaient-ils vécu ces manques de motivation à l’école, sans jamais que j’en entende parler… Quelle chance j’avais de pouvoir les écouter! Ici, ils avaient l’espace pour s’exprimer de plusieurs façons: en rouspetant, en pleurant, en froissant une page de leur cahier, … Ils pouvaient vivre ce qu’ils vivaient sans avoir à être autre chose qu’eux-mêmes. Aussi, ces émotions ne me faisaient pas peur parce que je savais qu’elles allaient passer une fois exprimée. Après cette prise de conscience, je me suis mise à écouter avec une oreille plus attentive et plus tendre toutes leurs plaintes (enfin presque toutes ; )) Merci de nous partager votre expérience, Sylvie!

    J'aime

    1. C’est très «insécurisant» de voir des enfants exprimer continuellement leur déplaisir. C’est même épuisant… Par contre, avec le temps, on apprend toutes sortes de petits trucs pour ne pas alimenter ces débordements.

      Comme je le dis souvent à mes enfants, ce n’est pas tout de se plaindre… il faut que nos plaintes nous amènent à quelque part. Peu importe la plainte, le travail, lui, devra se faire… dans la colère, dans la tristesse, dans l’agressivité, dans la résignation ou, plus simplement, dans le plaisir du devoir accompli. Oui, écouter, mais pas au prix du travail à accomplir😉

      J'aime

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s