Les pommiers (poésie)


Une poésie pour la rentrée… 

 

Quand les récoltes sont rentrées

Et que l’hiver est revenu,

Des arbres, en files serrées,

Se déroulent sur le sol nu.

 

Ils n’ont pas le port droit des ormes,

Ni des chênes les hauts cimiers ;

Ils sont trapus, noirs et difformes :

Pourtant qu’ils sont beaux mes pommiers !

 

Leurs rangs épais couvrent la plaine

Et la vallée et les plateaux ;

En droite ligne et d’une haleine

Ils escaladent les coteaux.

 

Tout leur est bon, le pré, la lande,

Mais s’il faut du sable aux palmiers,

Il faut de la terre normande

À la racine des pommiers !

 

Quand mai sur leur tête arrondie

Pose une couronne de fleurs,

Les filles de la Normandie

N’ont pas de plus fraîches couleurs.

 

Leurs floraisons roses et blanches

Sont la gloire de nos fermiers :

Heureux qui peut voir sous leur branches

Crouler la neige des pommiers !

 

Les matinales tourterelles

Chantent dans leurs rameaux touffus,

Et les geais y font des querelles

Aux piverts logés dans leurs fûts.

 

Les grives s’y montrent très dignes

Et tendres comme des ramiers ;

Elles se grisent dans les vignes,

Mais font leurs nids dans les pommiers.

 

L’automne vient qui les effeuille ;

Les pommiers ont besoin d’appuis,

Et leurs longs bras, pour qu’on les cueille,

Jusqu’à terre inclinent leurs fruits.

 

Leurs fleurs, leurs oiseaux, leurs murmures,

Ont enchanté mes premiers jours,

Et j’ai, plus tard, sous leurs ramures,

Mené mes premières amours ;

 

Que l’on y porte aussi ma bière,

Et mon corps, sans draps ni sommiers,

Dans un coin du vieux cimetière,

Dormira bien sous les pommiers !

 

Charles Frémine.  Poésies

2 réflexions sur “Les pommiers (poésie)

  1. Pourquoi mutiler cette superbe poésie? Premièrement, chaque strophe est composée de huit vers, et non de quatre.
    Secondement, la cinquième est la suivante:

    L’automne vient qui les effeuille,
    Les pommiers ont besoin d’appuis;
    Et leur longs bras, pour qu’on les cueille,
    Jusqu’à terre inclinent leurs fruits.
    Ève fut prise à leur caresse,
    Ils la tentèrent les premiers.
    Gloire à la grande pécheresse,
    L’amour est né dans les pommiers!

    Est-ce une pudibonderie idiote, ou un fanatisme laïcard qui a censuré les quatre derniers vers?

    Un poète, ça se respecte.

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