Deux et trois font cinq (texte – 5e année)


Nous l’avions appelé « coquinette »  c’était une chatte siamoise, c’est-à-dire une sorte de lionne à l’étroit dans sa peau de gazelle, avec des yeux de pierre précieuse.  Sa fille, « Maffia », était infiniment moins belle.  Entre elles deux c’était la guerre perpétuelle, avec ses miaulements rageurs aggravés par le chuintement de l’accent siamois.  Or, il arriva qu’une saison Coquinette et Maffia devinrent mères en même temps.  Donc, ce jour-là, Coquinette eut cinq chatons et Maffia seulement deux.  En toute chose, on le voit, Maffia était inférieure à l’auteur de ses jours.

Deux jours plus tard, au moment du repas, Maffia s’éclipsa tandis que Coquinette et le chat Don Juan continuaient à dévorer leur viande.   Le repas terminé, Coquinette se lissa le poil, revint vers son panier, mais presque aussitôt m’appela sur un ton déchirant; il n’y avait plus sur son coussin que deux chatons.  Nous courûmes toutes deux d’instinct chez la suspecte.  En effet, couchée sur le flanc, Maffia était là, recouverte par cinq petits corps…

Coquinette, sans discuter, sauta dans le panier, reprit son bien et transporta, un à un, avec d’infinies précautions, ses trois enfants chez elle.  Je suppose qu’elle les avait reconnus par le flair.  Je le suppose, mais je n’en suis pas sûre.  Car j’eusse été pour ma part incapable de ne pas les confondre.

Maffia ne protesta pas.  Elle se sentait apparemment coupable.  Elle le savait bien, qu’elle était une « voleuse d’enfants »!

Le lendemain, la comédie recommença, le surlendemain, tous les jours, plusieurs fois par jour.  Cela dura six semaines, le temps pour les chatons d’avoir une personnalité, et de conquérir leur indépendance par les pattes et par les dents.  Chaque fois que Coquinette s’absentait, Maffia lui prenait trois petits.  Coquinette ne criait plus qu’on lui rende justice.  Elle savait où les trouver elle allait chez Maffia et reprenait ses trois chatons.

Et c’est là le problème qui s’est posé pour moi et qui n’a pas été résolu.  Faut-il supposer que les chats savent compter?  L’hypothèse paraît hardie.  Pourtant jamais Maffia n’a volé plus de trois minets, alors qu’elle aurait pu voles les cinq.  Et jamais non plus Coquinette n’en a repris plus de trois.  Or, ce nombre de trois représentait précisément la différence entre la portée de cinq de coquinette et la portée de deux de Maffia.  Ce vol de trois chatons qui s’est reproduit plusieurs fois par jour pendant six semaines, donc un minimum de quatre-vingt-quatre fois au total, demeure pour moi la plus troublante énigme.

F.Merry, Ames de Bêtes

Ce petit texte provient d’un très vieux livre…

Si vous désirez télécharger ce texte, le voici :

Texte 2_ deux et trois fois cinq

3 réflexions sur “Deux et trois font cinq (texte – 5e année)

  1. C’est incroyable en effet ! J’aime observer la maternité chez les animaux.
    Ici ce sont les femelles cochons d’inde qui se relayaient pour allaiter les petits de l’une pendant que l’autre accouchait !

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  2. Oui et non… Concernant l’allaitement, étant dans le maternage proximal, cela me parait presque normal… J’aurais instinctivement le reflex ,si besoin,de mettre un bébé au sein, même si ce n’est pas le mien !!! Mais c’est évidement très personnel !

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