Le grillon (poésie)


Un pauvre petit grillon,
Caché dans l’herbe fleurie,
Regardait un papillon
Voltigeant dans la prairie.
L’insecte ailé brillait des plus vives couleurs ;
L’azur, le pourpre et l’or éclataient sur ses ailes ;
Jeune, beau, petit-maître, il court de fleurs en fleurs,
Prenant et quittant les plus belles.
 » Ah ! disait le grillon, que son sort et le mien
Sont différents ! Dame Nature
Pour lui fit tout, et pour moi rien.
Je n’ai point de talents, encor moins de figure ;
Nul ne prend garde à moi, l’on m’ignore ici-bas,
Autant vaudrait n’exister pas. »
Comme il parlait, dans la prairie
Arrive une troupe d’enfants :
Aussitôt les voilà courants
Après ce papillon dont ils ont tous envie.
Chapeaux, mouchoirs, bonnets, servent à l’attraper.
L’insecte vainement cherche à leur échapper ;
Il devient bientôt leur conquête.
L’ un le saisit par l’aile, un autre par le corps ;
Un troisième survient, et le prend par la tête :
Il ne fallait pas tant d’efforts
Pour déchirer la pauvre bête.
 » Oh ! oh ! dit le grillon, je ne suis plus fâché ;
Il en coûte trop cher pour briller dans le monde,
Combien je vais aimer ma retraite profonde !  »
Pour vivre heureux, vivons caché.

.
(FLORIAN.)

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