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Histoire d’une pièce de quarante sous (texte)


Quel texte magnifique! 

Je travaillerai longuement ce texte avec mon fils-3…  minutieusement je devrais dire, puisqu’il me plaît beaucoup pour la portée de son message.

Qui l’avait mise là? Était-ce le diable pour me tenter, ou ma mère pour payer le cachet du professeur de musique? Mystère insondable. Ce qu’il y a de sûr, c’est qu’elle était là, sur la cheminée du salon, et que je l’aperçus un mercredi matin, au moment de partir au collège. Ma première pensée ne fut pas mauvaise.  Je me dis tout haut : « Tiens!… quarante sous. »

C’était une belle pièce, large, un peu usée, avec une effigie qui s’effaçait, reluisant doucement sur le velours grenat de la tablette. Sans songer à mal, pour la voir de plus près, je la pris dans ma main.  Aussi tôt la magie de l’argent opéra. Pour les douze ou treize ans que j’avais alors, quarante sous faisaient une somme énorme, et je sentis soudain frétiller en moi autant de désirs qu’il y avait de petites pièces dans cette grande pièce, toute la monnaie d’une tentation que j’osais à peine m’avouer. Je pensais : « Y en a-t-il des parties de canot là-dedans.»

C’était ma grande passion, les canots, à cette époque. Passer toute une après-midi sur l’eau noire du vieux port, au milieu des bateaux de pêche, dans la vapeur des paquebots en partance, les cris des mouettes, les commandements, les appels, les chansons de bord tout en haut des vergues, les coups de marteau du bassin de radoub ; longer les frégates de l’État, propres, luisantes comme un uniforme d’aspirant, ou se laisser bercer à l’ombre d’un gros navire, endormi et silencieux, qu’animait seulement la vigilance d’un terre-neuve dressé tout debout les pattes sur le bastingage ; courir pieds nus sur des trains de bois, grimper aux mâts, voir pêcher des oursins, puis revenir le soir, tout imprégné d’une odeur de goudron, de varech, avec la lassitude, l’impression d’un long voyage, je ne connaissais pas de bonheur plus grand.

Mais ce bonheur coûtait cher, et pour arriver à louer un bateau de dix sous avec les deux sous qu’on me
donnait chaque semaine, il fallait se priver de tout, calculer, économiser. Aussi cette belle pièce d’argent,
lumineuse et ronde, me fit-elle l’effet d’un cercle de lanterne magique, tout petit d’abord, mais s’agrandissant à mesure que je le regardais, pour rendre vivantes et visibles les images qui le  traversaient, le vieux port, les beauprés de navires s’avançant en ligne tout le long du quai, et les petits bateaux de louage balancés sur l’eau profonde et moirée. La vision était si nette, si tentante ! Je fus obligé de fermer les yeux…

Pendant quelques minutes, je restai là, sans bouger, tenant serré cet argent qui me brûlait la main. Minutes inoubliables, angoisse douloureuse et délicieuse de la tentation, toutes les émotions du vol. Ne riez pas. Ce ne sont point des sensations d’enfant que je vous raconte, mais des sensations de criminel.  Secoué par une lutte effroyable, tout mon pauvre petit corps tremblait. Mes oreilles bourdonnaient. J’entendais les battements de mon cœur et le tictac monotone de la pendule.

À la fin pourtant, l’idée du devoir, déjà née et grandie en moi, le souvenir des miens, l’atmosphère de la maison honnête, sans doute aussi la peur du châtiment, de l’humiliation si j’étais découvert, tout cela fut plus fort que ma passion. Je remis la pièce où je l’avais prise. Seulement… ah! il faut tout dire… seulement, par un mouvement instinctif, irréfléchi, mais à coup sûr diabolique, je la poussai bien loin sous la pendule pour qu’on la vit plus et qu’on ne la crût perdue.

À partir de ce moment, le vol était commis, aggravé encore par la lâcheté et l’hypocrisie. Je ne m’y trompais pas. Ma conscience indignée se levait toute droite pour m’appeler : « Voleur ! voleur ! » si fort qu’il me semblait que tout le monde l’entendait. Au collège, impossible de travailler. J’avais beau prendre ma tête à deux mains, clouer mon regard sur le livre ouvert, je n’y voyais que ces rayonnements vagues, ces prismes brisés que nous laisse au fond des yeux une chose brillante trop longtemps regardée. Oh ! oui, le crime était commis, car j’en avais déjà le remords.  C’était comme une étreinte au cœur, du trouble, de la honte, un besoin d’être seul. Par moments, en me débattant contre cet autre moi-même si grondeur, j’avais envie de lui crier : « Tais-toi… Je n’ai rien fait… Laisse-moi tranquille… Je suis sûr qu’on va la retrouver, cette pièce de quarante sous. »

Et tout en disant cela, je pensais avec un certain contentement qu’on ne remontait la pendule que tous les quinze jours, et que dans notre salon, un salon de province, ciré, soigné, fermé comme un tabernacle, on n’entrait guère que le lundi à l’heure de ma leçon de musique.

Le soir, en arrivant chez nous, mon premier soin fut d’aller tâter dans l’ombre sur la cheminée. La pièce y était encore. Je n’eus pas le courage de la prendre, ni le plus grand courage de dire à mes parents : «Elle est làl»

Décidément j’étais un voleur.

La soirée se passa dans une agitation extrême. Je sentais le jeudi du lendemain qui approchait. Jeudi, le congé, les bateaux!… Surexcité par une sorte de fièvre, je parlais beaucoup, et ma voix avait une sonorité fausse qui me gênait. Deux ou trois fois le regard de ma mère posé sur moi, inquiet et troublant, sembla demander : « Qu’est-ce qu’il a? » Alors je rougissais, comme si chaque mot que je disais était le mensonge de ma pensée. Avec cela un air soumis, des gentillesses d’enfant coupable qui veut se faire pardonner, et sous les caresses que me valaient mes câlineries, la honte de mon hypocrisie, des envies folles de tomber à genoux, de tout leur dire… Puis rien.

Cette nuit-là pourtant, je dormis assez bien, contre mon attente. Ce que c’est que le sentiment de l’impunité! Maintenant que j’étais sûr de pouvoir prendre la pièce sans danger, puisque tout le monde la croyait perdue, ma conscience me laissait tranquille. Je n’avais plus qu’à rêver à ma fête du lendemain; et jusqu’au matin entre mes cils fermés je vis les mâts du vieux port se balancer sur la houle, pendant que là-bas, au bout de la jetée, la mer, la pleine mer, bleue, immense, voyageuse, me souriait de ses mille petites vagues…

Le lendemain, aussitôt après le déjeuner, je me glissai furtivement dans le salon. Devant la cheminée, j’eus encore un moment terrible. On parlait dans la chambre à côté; j’avais peur que quelqu’un entrât. Combien de temps suis-je resté là, debout au bord de mon crime, avançant la main puis la retirant? Je ne m’en souviens plus. Ce que je n’ai pas oublié, par exemple, c’est cette figure d’enfant, blême, contractée, bouleversée, que j’avais en face de moi dans la glace et qui me regardait avec des yeux ardents, des yeux de fauve à l’affût. Enfin les voix s’éloignèrent. Je pris la pièce brusquement, et me voilà dehors.

C’était un jeudi magnifique, c’est-à-dire un dimanche, moins la mélancolie des cloches, la tristesse de l’heure des vêpres, les promenades en famille dans la gêne de l’endimanchement. Tremblant d’être rappelé, j’avais pris mon élan vers les quais avec la hâte de jouir de mon vol. Malheur à qui aurait voulu m’arrêter alors ! Oh! quand on vient de voler, comme on doit tuer facilement !

Tout en courant, j’entendais la belle pièce d’argent clair tinter joyeusement au fond de ma poche avec la pièce de deux sous qu’on me donnait chaque jeudi, et cette musique me grisait, me donnait des ailes.  Plus l’ombre d’un remords. Léger, souriant, la joue en feu, j’étais déjà dans l’atmosphère de mon plaisir.

Tout à coup,’en passant devant un porche d’église, la main tendue d’une mendiante m’arrêta. Fus-je attendri par cette misère, par la pâleur de cette face éteinte ou le regard morne de l’enfant que la malheureuse avait dans ses bras? Ne cédai-je pas plutôt à ce besoin de faire le bien qui vous prend après une faute, ou encore à une superstition de petit méridional presque italien, essayant de sanctifier l’argent voté?

Quoi qu’il en soit, je tirai de ma poche les deux sous de non jeudi, et je tes jetai à la mendiante, qui me remercia avec une expression de joie, de reconnaissance extraordinaire, si extraordinaire en vérité, que, deux rues plus loin, une crainte subite me traversa l’esprit. Ah! mon Dieu! Est-ce que par hasard?…

Vite je tâte, je me feuille et pousse un cri de rage.  J’avais donné les deux francs. Il ne me restait plus que mes deux sous ! Et les bateaux étaient là tout près.  Déjà les mâts, les vergues du vieux port montaient au bout de la rue, dans un grand carré de lumière…  Non, vous n’avez jamais vu une colère, un désespoir pareil au mien!

Me voilà revenant sur mes pas, furieux, parlant tout seul : « Oh ! je la retrouverai. .. Je lui dirai que je me suis trompé, que cet argent n’était pas à moi… Et si elle ne veut pas me le rendre, eh bien! je la ferai arrêter comme voleuse. » Je l’appelais voleuse.

J’avais cet aplomb… En attendant, où était-elle passée?  J’eus beau fouiller tous les porches de l’église, regarder autour dans les rues, dans les passages. Personne.  Sitôt ses deux francs reçus, la mendiante était rentrée chez elle. En une fois, sa journée avait été unie. La mienne aussi.

Alors éperdu, ne sachant plus que faire, je retournai à la maison, et sautant au cou de ma mère, avec une explosion de larmes, où il y avait encore plus de colère que de remords, je pris le parti de lui avouer tout. Cela se voit quelquefois, paraît-il, qu’un voleur vienne faire des aveux à la justice, de rage d’avoir manqué son coup.

***  mon manuel de lecture ajoute cette partie : Elle savait déjà mon aventure.  La mendiante était sa protégée, et, au sortir de la messe (où cette bonne mère priait pour moi), la pauvresse l’avait remerciée avec effusion du trésor de deux francs.  J’avais été reconnu, dénoncé, la pièce était retrouvée, et le crime lavé par les larmes de ma mère, mêlées aux larmes d’un enfant prodigue.

Alphonse Daudet

Vous pouvez télécharger le manuel ancien au complet et y retrouver le texte : Manuel de lecture, de style et de composition / le texte se trouve p.157-161

Mon vieux manuel propose une analyse de texte, des exercices de vocabulaire et même un exercice d’écriture.

Sérieusement, pourquoi ne retrouve-t-on pas ce genre de texte à découvrir dans tous les manuels scolaires contemporains?

Quelle richesse… vraiment…  quelle chance nous avons de faire mieux 😀

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Secondaire 1- thème 1/ je réponds


Je réponds à une maman : « J’aimerais tellement voir une de tes semaines de travail en secondaire 1 pour l’automne prochain.  J’aurai un fils en secondaire 1 et je ne sais pas du tout quoi faire et surtout comment.  Je panique parce que cette année n’a pas vraiment été une belle année à la maison et mon mari commence à douter de notre sérieux.  Peux-tu mettre sur ton blogue un exemple, même approximatif de ce que tu feras? »

Voici pour le moment la planification de notre premier thème.  Comme je l’ai mentionné dernièrement, la prochaine année scolaire sera épurée puisque j’ai décidé de faire autrement les choses au quotidien.

Je travaillerai encore en matinée seulement pendant 6 jours par semaine et je laisse de côté plusieurs petites choses pour garder ce que je juge de réellement pertinents.  Je ne me donne aucune limite de temps…  donc, ce premier thème prendra le temps qu’il faudra pour être entièrement fait avant que je débute un prochain thème.

Je fais un bon en arrière dans le temps où on travaillait pour apprendre…  oui…  on ne travaillait pas pour terminer un programme dans les temps en négligeant, trop souvent d’ailleurs, l’assimilation réelle de l’enfant.

La rentrée, l’école d’autrefois, la lecture

J’ignore si cela prendra une semaine ou plus…  ce n’est plus important pour moi.  Peu importe le temps que cela prendra, on avance au rythme qui sera le meilleur pour lui.  De toute façon, nous aurons travaillé et appris quelque chose…  n’est-ce pas l’important?

Textes à l’étude  :

«La rentrée» d’un vieux manuel «Mon livre de français septième année» / lecture et questions à l’oral

«Veille de la rentrée» de Pierre Loti /  le texte se trouve ici / lecture et analyse avec moi. (morceaux choisis des auteurs français p.186-187)

«Le plaisir de la lecture» de George Sand / le texte se trouve ici / lecture et analyse avec moi. (morceaux choisis des auteurs français p132-133)

Écriture :

***Dans son carnet de lecture***

Pourrais-tu citer quelques livres qui te plaisent beaucoup, actuellement, ou dont tu as gardé un vif souvenir?  Pourquoi te plaisent-ils? Choisis un livre qui te plait particulièrement et répond aux questions suivantes :

  • Aimes-tu ce livre?
  • As-tu été intéressé dès les premières pages ou as-tu dû attendre?  Dans ce cas, à partir de quel chapitre as-tu été passionné?
  • En combien de temps l’as-tu lu?
  • L’intérêt a-t-il augmenté à mesure que tu avançais dans le livre?
  • Quel personnage aurais-tu aimé être?
  • Y a-t-il un épisode qui t’ait particulièrement plu?
  • Ce livre t’a-t-il rappelé d’autres romans que tu connaissais?

Si cela vous intéresse :

Carnet de lecture_enquête ***source : «Vers la composition française 6e-5e», p.124

Cliquer ici pour voir un extrait

Étape 1 : la phrase simple et sa ponctuation p.8-11 *** On fait absolument tout… tranquillement…  un peu chaque jour.

Dictée préparée :

J’ai eu le bonheur d’aller à l’école primaire, à l’école de mon village.  Elle ne ressemblait pas aux bâtisses maussades qu’on voit dans les grandes villes, dont les fenêtres sont garnies de carreaux dépolis, et dont les cours sont pareilles à des préaux de prison (…)  C’était une grande salle au premier étage de la maison commune, ouverte sur les marronniers de la place. Par moment, on voyait la voile brune d’un chaland glissant au ras des toits, et, quand on rentrait les foins, les larges voilures frôlaient les murailles, cahotant les faucheurs et les faneuses qui, couchés sur la masse odorante, nous faisaient des signes d’amitié au passage.

E.Moselly, Terres lorraines.

 Dictées de phrases :

1)  La meilleure manière de prendre soin de ton avenir, mon jeune ami, c’est d’être scrupuleux dans l’emploi du temps présent.

2)  Prends de la peine, étudie bien tes leçons, sois attentif en classe, ne néglige pas les devoirs que tes professeurs t’ont imposés.

3)  Plus tard, quand tu seras arrivé à une situation honorable, tu te rappelleras avec bonheur les heures que tu auras consacrées à l’étude plutôt qu’à de vains amusements;

4)  tu comprendras mieux alors que ce sont ces heures laborieuses qui t’auront rendu capable de quelque chose de bien.

Ch.Wagner

Si cela vous intéresse :

Dictée préparée 1_mon école

Étude de la langue :

  • Orthographe : cédille devant a/o/u p.6
  • Orthographe : accord du verbe p.7 no.3-4-5-6
  • Grammaire : le verbe et son sujet p.8-9 no.4-5-6
  • Conjugaison : la conjugaison des verbes p.10-11 no.1-2-3-4 (oral) / no.3-4-5
  • Orthographe : exercice bilan p.12
  • Jouons avec les mots p.13

***  En fait, je veux qu’il fasse le manuel en entier consciencieusement!

Mathématique, anglais, géographie, histoire :

On suit le cahier sans se préoccuper du temps que cela prend.  Je ne prévois donc pas les notions et le nombre de pages à effectuer chaque semaine.  On avance tout simplement dans chacun des programmes.  Pendant l’été, j’aurai probablement fait une grande partie de science, histoire et géographie.

En lien avec notre thème :

*** Un simple retour sur ce que nous avons déjà vu il y a quelques années. Nous avons visité le «village québécois d’antan » à plusieurs reprises où l’on retrouve une école de rang.

*************

On retrouve beaucoup de choses sur les écoles françaises d’autrefois…  mais très peu sur le Québec. Pour les écoles françaises : Sur le net, il est possible de retrouver plusieurs choses sur les écoles françaises. L’école d’autrefois ( en France)

Pour le Québec :

Art :

Oeuvre à analyser  : «Girl with a Pearl Earring» de Johannes Vermerr

Girl with a Pearl Earring/ Johannes Vermerr /1665- 1669

Pour la prochaine année scolaire, nous analyserons les oeuvres oralement, j’enlève les feuilles d’analyse écrites et les projets d’écriture en lien avec les oeuvres que j’ajoutais bien souvent.  J’ai décidé que l’art doit prendre une place «raisonnable» dans ma classe-maison 😉

 Projets à réaliser

 Artistic Pursuits Junior High Book one

Lesson 2 / Projets à faire :

******** M. 1006 album of portraits of royal elephants: the elephant Dal Badal chasing his attendant, c. 1750
Source de l’image cliquer ici

Il doit reproduire cette oeuvre sur une feuille (9X12) puis refaire un second dessin sur une feuille plus petite (4X6) Lesson 3 : How to make a rough sketch p.9-10 / projet à faire : Après la lecture d’un court texte : Les six aveugles et l’éléphant on demande d’en faire un dessin en utilisant adéquatement l’espace de la feuille.

Musique :

Musicien à l’étude : Robert Schumann Oeuvre : Symphonie no.3 «Rhenish» op 97

Même chose que pour l’art, nous écoutons des oeuvres, nous parlerons rapidement des musiciens… sans plus.

Un projet d’écriture en extra : Raconter une image.

Source de l’image : cliquer ici

Si cela vous intéresse, voici l’image à insérer dans le cahier d’écriture.

extra_écriture à partir d’une image

Lecture suivie :

Je ne sais pas encore quel roman je vais lui proposer de lire car ça dépendra de notre été.  Présentement il lit le premier livre des «chevaliers de la table ronde».

J’ignore si j’ajouterai ou enlèverai certaines choses encore…  j’ai le temps de mijoter encore un peu avant septembre.

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Science – leçon 5 ( 5e année-CM2)


Nous poursuivons avec le même cahier :

Résultats de recherche d'images pour « matière à changement »

Leçon 5 :  Comment la matière réagit-elle?

1)  On fait l’expérience de départ (activité d’exploration) : le but du petit laboratoire est d’apprendre à tracer sur un graphique une courbe d’une changement d’état donc l’expérience est vraiment simple. ( voir mon document de travail : Matière à changement_Leçon 6

2)  Lecture du cahier p.17 : Le point d’ébullition de l’eau à diverses altitudes.  J’aurais aimé lui proposer plusieurs données, de plusieurs endroits dans le monde…  mais personne n’a répondu à mon appel 😉  On se contentera de notre texte.

3)  Le monde qui nous entoure : la réfrigération p.18 de notre cahier.

Même sans le cahier, on retrouve sur le net tout ce qu’il faut :

4)  On s’informe : Quelles mesures prend-on dans ta localité concernant les vieux réfrigérateurs?

 

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Le plaisir de la lecture (texte)


Voici le dernier texte à prendre place dans ma première semaine de travail à la fin de l’été (sec.1-5e).  Je dois avouer que ce n’est pas facile de sélectionner mes textes… comme toujours, plusieurs choses me plaisent.  Je dois penser à mon fils-3…  lui… n’aime pas nécessairement ce qui me plaît autant 😀

Le plaisir de lire

« Un livre a toujours été pour moi un ami, un conseil, un consolateur éloquent et calme, dont je ne voulais pas épuiser vite les ressources, et que je gardais pour les grandes occasions. Oh! quel est celui de nous qui ne se rappelle avec amour les premiers ouvrages qu’il a dévorés ou savourés! La couverture d’un bouquin poudreux, que vous retrouvez sur les rayons d’une armoire oubliée, ne vous a-t-elle jamais retracé les gracieux tableaux de vos jeunes années? N’avez-vous pas cru voir surgir devant vous la grande prairie baignée des rouges clartés du soir, lorsque vous le lûtes pour la première fois, le vieil ormeau et la haie qui vous abritèrent, et le fossé dont le revers vous servit de lit de repos et de table de travail, tandis que la grive chantait la retraite à ses compagnes et que le pipeau du vacher se perdait dans l’éloignement?

Oh! que la nuit tombait vite sur ces pages divines! que le crépuscule faisait cruellement flotter les caractères sur la feuille pâlissante!

C’en est fait, les agneaux bêlent, les brebis sont arrivées à l’étable, le grillon prend possession des chaumes de la plaine. Les formes des arbres s’effacent dans le vague de l’air, comme tout à l’heure les caractères sur le livre. Il faut partir; le chemin est pierreux, l’écluse est étroite et glissante, la côte est rude; vous êtes couvert de sueur, mais vous aurez beau faire, vous arriverez trop tard, le souper sera commencé. C’est en vain que le vieux domestique qui vous aime aura retardé le coup de cloche autant que possible; vous aurez l’humiliation d’entrer le dernier, et la grand’mère, inexorable sur l’étiquette, même au fond de ses terres, vous fera, d’une voix douce et triste, un reproche bien léger, bien tendre, qui vous sera plus sensible qu’un châtiment sévère. Mais quand elle vous demandera, le soir, la confession de votre journée, et que vous aurez avoué, en rougissant, que vous vous êtes oublié à lire dans un pré, et que vous aurez été sommé de montrer le livre, après quelque hésitation et une grande crainte de le voir confisqué sans l’avoir fini, vous tirerez en tremblant de votre poche, quoi? Estelle et Némorin ou Robinson Crusoé! Oh! alors la grand’mère sourit. Rassurez-vous, votre trésor vous sera rendu: mais il ne faudra pas désormais oublier l’heure du souper.

Heureux temps! ô ma Vallée Noire! ô Corinne! ô Bernardin de Saint-Pierre! ô l’Iliade! ô Millevoye! ô Atala! ô les saules de la rivière! ô ma jeunesse écoulée! ô mon vieux chien, qui n’oubliait pas l’heure du souper, et qui répondait au son lointain de la cloche par un douloureux hurlement de regret et de gourmandise!».

GEORGES SAND, Lettres d’un voyageur.

 

Si ce texte vous intéresse :

Le plaisir de lire_semaine 1

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Veille de la rentrée (texte 5e-sec.1)


Comme je l’ai mentionné dans un article précédent, je me prépare pour la fin de l’été en plaçant déjà quelques textes à l’étude la première semaine.  Je veux simplement les retrouver facilement…

Veille de la rentrée

En ce temps- là tous les mois étaient longs, très longs — et les années, presque infinies.

Les beaux mois de l’été et des vacances duraient délicieusement; quant à ceux de l’arrière automne et de l’hiver, empoisonnés par les devoirs, les pensums, les froids et les pluies, ils se traînaient lamentables, avec de stagnantes lenteurs.

L’année dont je vais parler ici, fut, je pense, la douzième que je vis sur la terre. Je la passai, hélas!, sous la férule du «Grand Singe-Noir», professeur de belles-lettres, au collège où je débutais sans le moindre brio… Aussi m’a-t-elle laissé des impressions qui, aujourd’hui encore, me sont pénibles et déprimantes pour peu que j’y concentre mon souvenir.

Et je me rappelle, comme si c’était d’hier, la mélancolie profonde et désolée de ce jour d’octobre qui fut, cette année-là, le dernier des vacances et la veille de la cruelle «rentrée des classes». J’étais revenu le matin même de passer un temps enchanteur, un temps de liberté et de soleil, chez des cousins du Midi, et j’avais la tête pleine encore des images de là-bas: les joyeuses vendanges parmi les pampres rougis; les ascensions, sous des bois de chênes, vers de vieux châteaux fantastiques perchés sur des cimes; les vagabondages imprévus, avec une bande de petits amis dont j’étais le chef indiscuté…Quel changement, mon Dieu! Arriver ainsi dans ma maison — cependant si aimée — pour voir un été mourir et pour prendre demain une chaîne effroyable!…

Et ce jour- là précisément, sous un ciel tout à coup assombri, des frissons commençaient à passer, m’apportant ces tristesses de l’automne que, dans mon enfance, je ressentais avec une intensité si mystérieuse. De plus, le «Grand Singe-Noir» (de son vrai nom M. Cracheux), qu’il faudrait affronter dans quelques heures, je le connaissais d’aspect, pour l’avoir maintes fois aperçu, en passant avec ma bonne devant la porte morose du collège; depuis un an, je l’avais flairé, prévu, redouté, et mon dégoût très particulier pour sa personne aggravait encore mes terreurs de l’enfermement inévitable et prochain…

Cette dernière journée, je l’employai d’abord à mettre en ordre, dans mon musée d’enfant, les différents spécimens précieux que j’avais rapportés de mes courses méridionales: papillons extraordinaires, attrapés sur les foins de septembre; fossiles étonnants, découverts dans les grottes et les vallées. Et puis, seul dans ma chambre, je m’installai sur mon bureau — où il faudrait, hélas! recommencer à travailler demain — et j’entrepris une oeuvre qui m’occupa jusqu’au crépuscule: confectionner un calendrier à ma façon, duquel je déchirerais tous les soirs une page; préparer, pour les dix mois scolaires, dix petits paquets d’une trentaine de feuillets chacun, avec indication des dates et des jours, — les jeudis et les dimanches, écrits avec des honneurs spéciaux sur papier rose.

Dans la rue, tandis que j’arrangeais cela, des ramoneurs savoyards passaient sous le ciel brumeux, avec leur plaintif appel qui s’entend chez nous à l’automne, comme le glas des beaux jours: «A ramounâ la cheminâ, du haut en ba-âs!» Et leurs pauvres voix lugubres me mettaient dans le coeur des angoisses infinies.

Cependant ma besogne s’avançait; j’en arrivais au mois d’avril et au bienheureux jour de Pâques. Sur papier rose, bien entendu, ce jour-là, et inscrit avec des soins tout à fait tendres dans une guirlande de fleurs! Sur papier rose aussi, les dix jours suivants, qui seraient dix jours de vacances, une trêve délicieuse aux hostilités du «Grand-Singe…»

Quand ce fut terminé, j’ouvris l’armoire de mes jouets, pour clouer là, sur le devant d’une étagère, mes dix mois bien alignés, à commencer par ce sinistre octobre.

En clouant le mois d’avril, je regardais la petite liasse rose des vacances de Pâques, me disant avec un doute découragé: «Est-ce que vraiment il viendra jamais, ce temps qui est si loin de moi ?» Et, comme dans un rêve de chimérique avenir, je me voyais déchirant ces feuilles- là, sur la fin des journées plus longues et plus tièdes où le printemps serait dans l’air…

Le beau mois de mai eut son tour ensuite. Quand j’en arriverai là, me disais-je, l’heure de déchirer la feuille sera claire et charmante avec un ciel tout doré encore par les reflets du couchant, et j’entendrai dans la rue, sous des guirlandes accrochées aux fenêtres, les matelots, les jeunes filles, chanter, et danser les vieilles rondes de mai…

Et juin, quel charme de fleurs, de cerises et de soleil!… Et juillet: l’approche enfin des grandes vacances, l’approche de l’enivrant départ pour chez les cousins du Midi!…

Mais, au fond de quels lointains inaccessibles, ces temps- là m’apparaissent!…

Pierre Loti, Figures et choses qui passaient, Calmann-Lévy.

Vous pouvez lire et télécharger cet extrait :

Figures et choses qui passaient de Pierre Loti

L’extrait se trouve à la p.9-10